Dans une société ouverte et libre, le risque nul en matière de terrorisme n’existe pas

Depuis les tragiques événements survenus à Bruxelles, le 22 mars, j’ai ressenti une empathie et un soutien remarquables de la part des autorités du Canada et de sa population. Dans le livre de condoléances qui a été ouvert à l’ambassade de Belgique à Ottawa, le ministre des Affaires étrangères, M. Stéphane Dion a écrit : « dans les meilleurs comme dans les pires moments, dans la réjouissance comme dans l’adversité, l’amitié du peuple canadien pour le peuple belge ne faiblira jamais. » 

Cependant, alors que nous sommes toujours en deuil des victimes de ces attentats terroristes, certains experts n’ont pu s’abstenir d’émettre des opinions basées sur des faits incorrects, fortement biaisés et dépassés, insinuant presque que la Belgique avait récolté ce qu’elle avait semé, que ces attaques devaient arriver. Nous ne comprenons pas ce genre de joie malsaine devant le malheur d’autrui et nous regrettons profondément ce manque flagrant d’empathie.

D’aucuns ont dépeint certains quartiers de Bruxelles — voire la Belgique entière — en tant que berceau du djihadisme. Ces commentaires alarmistes et exagérés n’ont pas lieu d’être et sont tout simplement inexacts. Nous reconnaissons sans peine que, comme de nombreux autres pays, la Belgique a été le terrain d’un recrutement actif de la part d’État islamique. Néanmoins, une combinaison d’actions préventives et répressives a permis aux autorités belges de réduire considérablement (au tiers de ce qu’il était l’an dernier) le flux des combattants étrangers

Par conséquent, tant au bénéfice de la réalité que de la perception, il est utile de souligner ici les efforts et les actions déployés sans relâche par la Belgique qui se veut garante et responsable de la sécurité de ses citoyens, de ses nombreux résidents et expatriés ainsi que des visiteurs et touristes étrangers.

Permettez-moi d’abord de souligner que notre appareil de sécurité et de renseignement a travaillé sans relâche afin de prévenir des attaques et de démanteler les réseaux terroristes. La Belgique affiche d’ailleurs un bilan exceptionnel en ce qui a trait au nombre de terroristes présumés amenés devant les tribunaux : depuis 2010, environ 140 cas de terrorisme ont été traduits en justice. Plus de 85 personnes ont été condamnées et plusieurs cellules terroristes ont été démantelées. Nous sommes déterminés à poursuivre tout auteur et tout complice d’acte terroriste par tous les moyens à notre disposition.

Cependant, dans une société ouverte et libre, les raids terroristes sont les attaques les plus difficiles à prévenir. Le risque zéro n’existe tout simplement pas.

Le fléau du terrorisme est un phénomène complexe, planétaire et numérique qui exige une action continue, en collaboration avec tous nos partenaires européens et internationaux. Bien avant les attentats de Paris, la Belgique plaidait déjà avec ardeur pour une meilleure coopération, plus étendue, entre services de sécurité et de renseignement. Cela s’est d’abord matérialisé par la création d’une équipe d’enquête conjointe avec les autorités françaises, qui, déjà, a récolté quelques succès. Par ailleurs, la Belgique assume ses responsabilités en tant que partenaire actif dans la coalition anti-Daesh. Citons le Secrétaire d'État américain John Kerry qui, de passage en Belgique il y a quelques jours, déclarait : « … de mon point de vue, le gouvernement de la Belgique mis en place depuis environ un an a été extrêmement vigilant et extrêmement proactif ».

De toute évidence, les radicaux veulent déclencher une réaction brutale du gouvernement belge. Mais nous ne verrouillerons pas les portes du pays et nous ne nous y enfermerons pas. Nous continuerons à adapter notre réplique afin de préserver les valeurs que nous chérissons. Tous ceux qui ont assisté aux opérations de secours du 22 mars à Bruxelles ont souligné l’intervention rapide et professionnelle de la police, des services d’urgence et des pompiers.

En outre, en tant que pays hôte de plusieurs des institutions internationales parmi les plus importantes, nous prenons la responsabilité de sécuriser les délégations et les dignitaires étrangers et nous affichons une feuille de route impeccable à cet égard.

Compte tenu de ces événements tragiques, les Belges se sentent plus unis que jamais, et non divisés comme certains commentateurs le laissent entendre. Comme dans toute société démocratique, des investigations seront entreprises, en toute transparence, afin de tirer les leçons qui s’imposent et d’améliorer les politiques ou les structures existantes. D’ores et déjà, des investissements supplémentaires ont été liquidés aux services de sécurité et de renseignement et, le 29 mars, les législateurs (majorité et opposition) ont rapidement adopté une nouvelle série de lois visant à actualiser les instruments juridiques à notre disposition.

L’heure n’est pas aux doigts accusateurs ou au réveil de soi-disant divisions désuètes. Tintin et Milou ont versé quelques larmes, mais leur sourire reviendra. Les Belges affronteront et surmonteront ces temps difficiles et se relèveront grâce à leur incroyable résilience.

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