Langue française: regardons la réalité en face

Dans une lettre publiée dans Le Devoir du 23 mars 2016, Martine Lacroix se demandait si elle était « la seule Montréalaise à en avoir ras le pompon qu’on [l]’accueille un peu partout avec un “Bonjour ! Hi !” ».

Pour ma part, je constate que, chez certaines personnes, l’articulation d’une salutation en français est tellement douloureuse qu’elles ne peuvent s’empêcher d’émettre un cri de douleur : aïe !

Selon une étude de l’Office québécois de la langue française, de 2010 à 2012, l’accueil bilingue — du type « bonjour ! hi ! » — est passé de 1 % à 14 % dans les commerces de la rue Sainte-Catherine, entre les rues Papineau et Atwater.

Selon la même étude, l’accueil en français y est passé de 89 % à 73 % pendant la même période.

Dans le résumé que l’Office a publié, on ne cite que le chiffre de 2012. Ce qui permet de ne pas mentionner cette chute importante. Alors, que faire quand même l’Office se voile le visage ?

On ne peut pas tout laisser à l’initiative individuelle, on a vu ce que cela a donné dans le passé, et c’est pourquoi on croyait avoir compris qu’il fallait une loi linguistique et des agents pour la faire appliquer.

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5 commentaires
  • Monique Bisson - Abonné 29 mars 2016 08 h 37

    Très juste!

    En effet, si une image vaut mille mots, l'exemple de M. Maurais dévoile en quelques lignes le manque de courage de l'Office lorsque que ses études illustrent de façon non équivoque le recul de la place du français, notamment à Montréal et en Outaouais où l'anglais est déifié à outrance, et ce, au détriment de notre langue officielle, de notre langue commune d'usage public, le français.

    Monique Bisson, Gatineau

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 29 mars 2016 09 h 12

    Recul du français à Laval.

    Dans les années 1980, les locuteurs français de Laval oscillaient autour de 90%.

    En 2016, le français est parlé par environ 60% des Lavalois...

    Avec le régime fédéral-libéral à Québec et Ottawa...voilà où nous nous en sommes...

    C'est pour quand le RÉVEIL?

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 mars 2016 10 h 32

    La loi....

    La loi ne traite même pas du problème important de la langue de service. On en a fait un droit fondamental, en préambule, mais rien dans la loi elle-même ne permet d'obliger un commerçant à servir sa clientèle en français.

    Va-t-il falloir qu'un organisme privé fasse la promotion de ce droit pourtant fondamental?

  • Jean Richard - Abonné 29 mars 2016 13 h 22

    Une question de valorisation

    Ce qu'il faut au français pour survivre, c'est la valorisation.

    Valoriser le français, ça ne signifie pas qu'il faille dire que c'est la plus belle langue du monde ou autre chose du genre. Une valorisation mythique ne réussira pas à redonner du souffle à une langue qui agonise. Il faut autre chose.

    La valorisation de la langue passe plutôt par la reconnaissance du fait qu'elle est complète, autonome, dynamique, capable de créer des mots nouveaux plutôt que d'emprunter à outrance, ce qui lui permettra de survivre dans un environnement très changeant.

    Autonome ? Oui, autonome et capable de se tenir debout... Mais hélas, le français a tendance à s'agenouiller face à l'envahisseur et pire, il sent le besoin de marcher avec des béquilles, des béquilles lexicales du genre « Je suis allé au marché (market) où j'ai acheté des pommes rouges (red apples) ».

    Et locomotive... Il y a quelques années, le français québécois donnait des signes d'espoir. Face à une France qui souffrait d'un amour passionné pour le franglais, les Québécois francophones se sont montrés créatifs, en informatique surtout. Des mots comme courriel, logiciel, progiciel, didacticiel, clavardage, boudés par la France, viennent du Québec. Et le Québec aurait pu à ce moment s'imposer comme locomotive de la francophonie, comme le Brésil l'a fait avec le portugais et jusqu'à un certain point le Mexique avec l'espagnol. Mais le Québec a démissionné trop vite et a raté l'occasion de valoriser sa langue. Partie remise ? Qui sait ?

    On pourrait doubler, tripler le nombre d'articles de loi destinés à protéger le français, rien n'y fera. Ces règles ne seront ni respectées, ni sanctionnées. Par contre, un français revalorisé pourrait faire toute la différence.

  • Michel Blondin - Abonné 29 mars 2016 18 h 25

    Office de la langue francaise du Québec : eunuque toute politicienne.

    L'office de la langue pendue est bien française.

    Elle nous pend à ne pas prendre les assasins du mot maître
    pour paraître bon gendarme.
    Les politiciens en ont fait organisme bigleux
    pour confondre les bonnes gens.
    Elle donne l'impression de faire quelque chose
    sans trop en faire.

    Par sa mollesse, elle laisse à la traîne
    le Québec bashing et ce franglais qui
    batârdisent d'ironie le charme et la grandeur
    de la subtilité et de l'intelligence
    d'une langue qu'ils veulent morte.

    Au bon vouloir des autres et à notre détriment,
    elle est édentée par le pouvoir politique.

    Eunuque, elle fait le bonheur des contrevenants et des francophobes
    qui promeuvent les vertus du fédéralisme anglophile.

    Or, appliquer la loi sans le sens de cette dernière,
    vouloir ne pas l'appliquer tout en l'appliquant,
    mettre à sa tête des gens de tête sans arme
    sont des subtilités que tout le monde a compris
    surtout quand le but est de permettre
    aux anglophones grognards de ne pas respecter
    de ne pas parler en français, de ne pas écouter en français,
    de ne pas travailler et de ne pas s'afficher en français
    dans le seul État dont la langue officielle n'est pas celle qu'ils respectent.

    Il n'y a pas de fierté à oeuvrer pour un organisme qui prend l'apparence de

    "... bossus, borgnes, berlous, autrement dit gognats ou bigles, aveugles, manchots, bancals, bancroches, boiteux, tortus, cagneux, culs-de-jatte, […]. — (Charles Deulin, Les Trentes-Six Rencontres de Jean du Gogué)".

    Cs pauvres gens qui y travaillent, à force compromis font comme si de rien n'était de ces compromissions politiques eunuques.

    Baigné dans 330 millions d'anglo qui débordent dans notre cour, ce n'est pas un radeau d'office qu'il faut mais une digue maîtresse de ces eaux qui arrête "fret net" les" vagueux".