Territoire québécois: la braderie comme mode de vie

Les débats qui entourent présentement la traversée du territoire québécois par l’oléoduc d’Énergie Est ne font que reprendre les scènes d’un film maintes fois jouées : forêts, mines, rivières, fleuve, villages, terres agricoles, tout est vendable, tout est achetable. C’est combien ?

Combien de fois a-t-on évoqué, depuis des décennies, l’argument repris par l’Union des producteurs agricoles, il y a quelques jours, selon lequel il est impossible de s’opposer à la puissance financière de l’industrie pétrolière, d’empêcher l’accaparement des terres de producteurs agricoles pour faciliter l’installation du pipeline de TransCanada ? Certains d’entre eux ont d’ailleurs déjà négocié le prix de vente de leur propriété.

Le scénario est pourtant connu. Nous persistons à nous penser comme habitants d’un territoire immense, aux ressources naturelles presque inépuisables, bradées dans l’insouciance. Un territoire volontiers déserté une fois les ressources taries ou devenues moins rentables. Les sites miniers abandonnés se sont multipliés par centaines au fil des décennies. On ferme ou déplace des villes, petites ou plus grandes, pour démarrer de nouveaux sites. On délocalise les usines de transformation des ressources forestières après dévastation de vastes secteurs forestiers. On rachète les kilowatts d’électricité d’une multinationale dont nous avons collectivement aidé à financer le départ des opérations en harnachant rivières et chutes. Ceci sans compter les mises à pied d’ouvriers dont on se soucie si peu. Nous nous réfugions volontiers dans le « y a pas le choix » ou le « c’est pas grave ». Se soumettre au lieu de se responsabiliser.

Actuellement, c’est le fleuve Saint-Laurent qui est au coeur des enjeux. Et c’est toujours le même discours. Le territoire québécois est couvert de lacs, de rivières et d’un fleuve que nous sommes en mesure d’utiliser avec la même prodigalité que les autres ressources. Et, comme par le passé et jusqu’à maintenant, malgré les risques et les aléas que ce transport de pétrole en énorme quantité générera, la seule question qui semble préoccuper, c’est de savoir quelles miettes (argent, emplois) nous parviendrons à récolter d’une telle entreprise. Nous nous satisferons, une fois encore, de demander : « C’est combien ? »

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

1 commentaire
  • Emile Depauw - Abonné 18 mars 2016 11 h 54

    emile depauw

    Un texte qui fait réfléchir. Quqnd nous aurons tout bouzillé il nous restera toujours de l'argent a bouffer. Bon appétit...