Gêné par mes ancêtres de Sainte-Adèle

Pauvre Claude-Henri Grignon ! Combien de fois, par lundi soir, doit-il se retourner dans sa tombe devant la triste adaptation de son magnifique roman Un homme et son péché ? Le péché n’est pas là où l’on pense : une gênante défiguration d’un chef-d’oeuvre.

Tous les lundis, on nous propose des personnages d’une vulgarité inouïe, à l’exception de Donalda et de Séraphin, curieusement. La goutte d’eau à faire déborder le vase, elle nous vient du frère de Donalda qui lui dit, dans son mécontentement d’imbécile : « Si tu n’m’donnes pas les 50 $, m’â t’péter la yeule. [sic] » On est à des années-lumière de Downton Abbey ! Pas de saison 2, de grâce.

Un summum de honte et de gêne à endurer une telle addition d’une langue écorchée, d’un vocabulaire de « gars de chantier », de femmes aux airs de putain ou de menteuse ou de voleuse, d’une fausse représentation de l’argent, d’un déluge de consommation de boisson, d’une violence de gars d’arène au moindre problème.

On pourrait mettre quelques bémols : la prestation des acteurs, la qualité des costumes, la beauté de rares paysages, la musique, fort bien. Mais il n’était pas nécessaire de vouloir concurrencer la conduite « du coureur des bois canadien-français » méthode Hollywood, tant décriée récemment. Le petit train du Nord aura mille fois raison de perdre le Nord et de crier « chou »…

À l’âge de « Siffleux », j’ai connu le curé Simon Bluteau dans son beau presbytère de Saint-Félicien ; il ferait rougir de honte le grotesque curé Labelle, presque un voyou ! Quand on entrait au presbytère de Mgr Bluteau, on n’y voyait que beauté, calme, culture, silence, échanges polis…

Comment Radio-Canada a-t-elle pu accepter une telle relecture d’une oeuvre légendaire ? Cette déplorable version mériterait une mise à l’index si c’était encore possible !

S’il vous plaît et de grâce, n’allez pas tenter d’exporter un tel ouvrage. À remettre sur le métier de M. et Mme Poudrier pour sauver une parcelle de leur honneur !

6 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 3 mars 2016 10 h 50

    Tout à fait d'accord avec vous, M. Girard!

    Je n'ai regardé que la première de ces émissions, celle où le curé donne un bon coup de poing sur la gueule à je ne sais trop qui, et qui dans le même épisode paie des "shooters" à l'hôtel à son interlocuteur! C'en était terminé pour moi! Les navets se succèdent à Radio-Canada à une vitesse affolante, entre quiz et humour de niveau sec.III.

  • Armand Morissette - Inscrit 3 mars 2016 11 h 31

    Les belles histoires...

    Si ce sont les belles histoires des pays d'en haut, nous n'avons surtout pas envie d'en connaître les mauvaises. Notre classique, déjà amplement remâché a été noyé dans la nouvelle sauce.
    Pendant que nous radotons les mêmes histoires, nos voisins en profitent pour réécrirent la nôtre.
    Nous ne sommes plus de grands explorateurs, seulement de Bas-Canadiens, francophones de
    surcroît.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 3 mars 2016 13 h 48

    100 % d'accord

    J'ai écouté les deux premiers épisodes, puis j'ai arrêté, dégoûté. Radio-Canada se fout de la vérité historique comme de l'an quarante. Je vous gage qu'il y aura une nouvelle saison, peut-être deux, peut-être trois, peut-être quatre. Quand ça pogne, c'est que c'est bon. Nous faisons durs.

    Comment les héritiers de Grignon ont-ils pu voir cette nouvelle mouture sans protester?

  • André Roux - Inscrit 3 mars 2016 16 h 43

    Ce n’est qu’un téléroman et de la fiction

    Ce n’est qu’un téléroman qui a débuté en 1956 remis à la sauce du jour et qui fonctionne très bien. Avec les cotes d’écoutes actuelles il est certain qu’il y aura plusieurs autres saisons. Il ne faut absolument pas faire une comparaison entre les vieilles interprétations et les nouvelles car étant un roman il laisse beaucoup de place à son déroulement. Ça ne ressemble en rien à ce qui a déjà été fait et c’est pour cette raison que c’est très populaire. J’ai l’impression que plusieurs sont nostalgiques de leurs passés lointains et associe les belles histoires des années 50 a une réalité qui n’existe pas. Personnellement, j’aime autant la série l’original que la nouvelle qui n’arrête pas de me surprendre surtout que Séraphin est drôlement plus solide et beaucoup moins innocent qu’Alexis.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 4 mars 2016 07 h 59

      Je trouve que le rôle de Séraphin est superbement bien écrit et joué.
      Je trouve cependant que le voyage entre St-Jérome et les USA se fait beaucoup trop rapidement.
      J'aime bien ce Western-Poutine.

  • Richard Morrissette - Abonné 4 mars 2016 09 h 04

    Le voyage aux USA

    D'après le chroniqueur Hugo Dumas de La Presse, l’auteur des Pays d’en haut, Gilles Desjardins, a précisé qu’un aller-retour Montréal-Lowell en 1886 s’effectuait en moins de 12 heures de train et qu’il coûtait 20 $. La liaison était assurée par la Passumpsic Railroad.
    Voilà ce qui expliquerais la rapidité du déplacement.

    Je suis d'acord avec M. Roux même à cette époque les gens des Laurentides n'étaient pas tous des saints.