À la défense de Claude Jutra

La déferlante médiatique s’est emballée à bride abattue sur une malheureuse condamnation énoncée par le dernier biographe de Claude Jutra (1930-1986), qui a cru bon jouer au psychiatre en donnant son verdict alors qu’il n’est pas de son ressort, encore moins de sa compétence, de diagnostiquer son sujet à l’étude.

En effet, nul ne peut s’aventurer sur le terrain de la sexualité de quelqu’un sans connaître le dossier à fond, dans ce cas-ci médical, au risque de perdre toute crédibilité. En fait, il ne relève pas du travail de l’historien du cinéma d’entrer dans les replis de la vie privée de quelqu’un, à moins que certains traits ou pratiques viennent éclairer son oeuvre ou ses activités, qui doivent nécessairement se mesurer à l’aune de l’objectivité. Il est malheureux de voir la presse se laisser déchaîner par une affirmation allusive qui ne repose sur aucune preuve.

D’emblée, on doit reconnaître que le procédé est douteux et que, dans ce contexte, il ne faudrait pas céder aux abois de la rumeur alors qu’il est question d’une accusation grave — le terme « pédophile »n’est pas innocent — et qu’à ce jour, personne n’a témoigné de ce fait malgré les efforts répétés du biographe et auteur, en quelque sorte, de ce lynchage public.

Une réputation, c’est comme du linge blanc, c’est facile à salir pour qui va jouer dans la boue. Quand il s’agit de détruire la réputation d’un homme qui n’est plus là pour se défendre, c’est totalement insupportable, surtout lorsqu’il est question d’une figure tutélaire du cinéma d’ici. Ne cédons pas à la tentation de joindre les mauvaises harangues de la foule à condamner quelqu’un sans l’ombre d’un procès. Nous sommes toujours dans une société civile fondée sur le droit qui édicte la part des responsabilités de chacun.

5 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 février 2016 04 h 37

    6 ans

    On peut palabrer pendant des heures et flotter sur le sujet jusqu'au moment où «6 ans» est énoncé; à ce moment-là, tout s'éteint. Y a plus d’ambigüité : 6 ans.

    PL

    • Luc Deneault - Abonné 18 février 2016 11 h 12

      M. Lefèbvre,

      Vous commettez la même erreur que le distingué directeur du Devoir dans son édito, mais avec plus d'élégance que lui, à savoir réagir à cette lettre avec des informations dont son auteur ne disposait pas au moment de l'écrire, lundi le 15 février dernier.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 février 2016 07 h 25

      Vous pensez vraiment que l'auteur de la biographie ne savait pas ce qu'il écrivait «avant de l'écrire» ? Étrange procédé.

      PL

  • Claude Paradis - Abonné 18 février 2016 12 h 56

    Ce n'est pas le biographe qui est coupable

    Il ne sert à rien de chercher à culpabiliser le biographe, qui semble être demeuré plutôt discret dans la divulgation du secret de polichinelle qu'était la tendance pédophile de Claude Jutra. Les tenants de la culture devront œuvrer à protéger l'œuvre de Claude Jutra de l'ombre que jette sur celle-ci l'homme qu'il était.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 février 2016 10 h 16

      Boréal d'abord, et son biographe, font commerce et on ne doit pas oublier ce côté de l'affaire. Peut-être a-t-on mal évalué l'impact de cette bombe médiatique de « quatre pages seulement », mais il est inconcevable qu'on en ait pas espéré un coup de publicité.

      En dehors de toute autre considération, on ne doit pas oublier que le commerce fait loi et qu'on en fait son pain et son beurre.

      Il n'y a pas que Claude Jutra qu'on promène au bout d'une pique et sa jeune victime qui peut maintenant espérer respirer à l'air libre, il y a aussi Boréal et ses choix éditoriaux.