Rona: une transaction bénéfique pour le Québec?

Quelle ne fut pas ma stupéfaction d’apprendre que pour la ministre de l’Économie du Québec, Dominique Anglade, la perte de contrôle québécois de Rona au profit d’une société américaine peut être bénéfique pour le Québec.

Pour avoir été contrôleur comptable d’un Rona affilié situé en région éloignée, je peux vous assurer que ce scénario donnait, lorsque j’étais en fonction en 2012, des sueurs froides aux propriétaires. Et pour cause, les marchands propriétaires sont bien conscients de la philosophie de Lowe’s, qui est basée sur les grandes ou très grandes surfaces.

Or, ces marchands affiliés exploitent des commerces de proximité adaptés aux différentes réalités régionales. Il est aussi important de noter que Lowe’s ne possède aucune expérience en la matière. Qu’adviendra-t-il de ces marchands ? Ceux-ci représentent des milliers d’emplois au Québec.

Nous savons aussi que Rona a adopté, et ce, depuis sa création en 1939, un nationalisme économique. Ainsi, présentement, près de 50 % des achats de l’entreprise sont faits au Québec, et si nous ajoutons les 35 % achetés dans le « Rest of Canada », nous arrivons à près de 85 % des achats totaux effectués au Canada.

Est-ce que Lowe’s continuera à appliquer la recette de Rona ? Poser la question, c’est y répondre. Si une compagnie américaine a l’occasion de faire des économies d’échelle, pourquoi continuerait-elle d’acheter des produits québécois, ou canadiens, si elle a la possibilité d’acheter à moindres coûts ailleurs ? Dans ce cas-ci, ce sont les secteurs manufacturiers québécois et canadien qui écoperont.

Ce que Mme Anglade qualifie de bénéfique pour le Québec pourrait bien s’avérer une catastrophe économique pour plusieurs fournisseurs. Ce dossier mérite une attention particulière, autant chez les indépendantistes que chez les fédéralistes.

À ce sujet, qu’attend Justin Trudeau pour réagir ? Selon la Loi sur Investissement Canada, le ministre de l’Industrie peut refuser la transaction, ou y poser des conditions. Ce sont les intérêts du Québec mais aussi ceux du Canada qui sont présentement en jeu.

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 5 février 2016 08 h 33

    Pas de panique!

    Il ne faut pas dramatiser: il existe bien des BMR, Patrick Morin et autres au Québec. Et Lowe's n'a donc pas intérêt à se mettre les consommateurs québécois à dos!

    M.L.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 5 février 2016 12 h 19

      Target non plus. Ils y ont gouté à la médecine du «client absent». Effectivement, y en a d'autres. Et c'est d'ailleurs là où je vais aller. Les «américains» vont se rendre compte qu'on n'entre pas ici comme dans une grange.

      PL