Se faire entendre

Hier, j’ai écrit à Justin Trudeau pour lui parler de lutte contre les changements climatiques et du pipeline Énergie Est. À ma grande surprise, quelqu’un (un dénommé Jon) m’a répondu dans un courriel personnalisé qu’il allait transmettre ma lettre (qu’il avait visiblement lue) au bureau parlementaire de M. Trudeau. Peut-être M. Trudeau lira-t-il ma lettre, ou pas. Une chose semble néanmoins certaine, au moins deux personnes attachées de près ou de loin au Parti libéral auront lu cette lettre. C’est deux personnes de plus.

Aujourd’hui, nous apprenons que l’acceptabilité sociale du projet de pipeline pourrait peser lourd dans la balance décisionnelle. Toute personne concernée devrait donc prendre quelques minutes de son temps pour signifier son désaccord au sujet du projet Énergie Est à l’un de ses élus. Nos voix doivent être entendues.

Je conclurais par cette citation de Dominique Pestre, historien des sciences, tirée de son ouvrage À contre-science. Politiques et savoirs des sociétés contemporaines (2013) : « […] L’immense majorité des avancées — que ce soit en 1800 ou aujourd’hui — sont advenues à la suite de mobilisations extérieures aux systèmes officiels de régulation. Contrairement à ce que manageurs, ingénieurs, politiciens et experts du risque voudraient nous faire croire, c’est la contestation massive qui conduit les départements ministériels, les industriels, les comités de sécurité et les cours de justice à modifier leurs attitudes. […] Pour qu’un progrès émerge, pour que la précaution advienne, il est préférable qu’existe une contestation extérieure à l’ordre expert, industriel et régulateur. »

La balle est dans notre camp.

4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 janvier 2016 07 h 35

    Bonne chance...

    La Démocratie, c'est le droit des minorités de se faire entendre, mais également le droit de la majorité à agir et dépit de l'opposition de cette minorité.

    Le Québec ne compte que pour 23% de la population canadienne. Notre mobilisation 'massive' ne peut faire obstacle aux intérêts de la majorité. Autrement, cela ne serait plus une démocratie, mais la dictature de cette minorité.

    De la même manière que le Canada anglais s'est ligué pour adopter une constitution à la suite d'une séance ultime de négociation à laquelle le Québec n'était même pas invité, le Canada anglais fera passer son pipeline par le Québec, qu'on le veuille ou non.

    C'est le prix du fédéralisme. Toute cette question ne se poserait même pas si le Québec était indépendant.

    Ceci étant dit, j'aime votre optimisme et j'espère que votre souci du dialogue aura raison de tout.

    • Jean Richard - Abonné 29 janvier 2016 11 h 11

      « La Démocratie, c'est le droit des minorités de se faire entendre, mais également le droit de la majorité à agir et dépit de l'opposition de cette minorité. »

      On pourrait dire, en simplifiant votre définition pertinente, que la démocratie, c'est la dictature de la majorité.

      Pire, la démocratie, c'est une loterie, et quiconque participe à une loterie cherche avant tout à viser le numéro gagnant.

  • Denis Paquette - Abonné 29 janvier 2016 09 h 48

    un terrain de jeux pour prédateurs

    Peut être faudrait-il changer le Canada avant que cela ne vienne le détruire, faut-il accepter que des ex-réfugiés avec leur pipeline envahissent la province fondatrice de ce pays. seulement a y penser j'en ai le frisson, dans ces conditions que vaut ce pays, sinon de devenir un terrain de jeux pour prédateurs au service de la haute finance, est-ce la vision que nous nous avons de ce pays

  • Roxane Bertrand - Abonnée 29 janvier 2016 14 h 07

    Émergence du progrès!

    Ce n'est pas de l'intérieur ou à l'extérieur du cadre que le progrès émerge, mais d'individus aux pensés divergentes. Accueillons ces gens différents, ne soyons pas trop conformistes, ni trop rigide, la société progressera.

    Ce gouvernement fédéral semble très différent du précédent pour ce qui attrait à son ouverture....en tout cas, ça fait plus jeune et plus dynamique!