Les médecins en nouveaux aristocrates

L’excellente chronique de Stéphane Baillargeon, « Désordre des médecins », parue le 28 décembre 2105, a traduit parfaitement le malaise ressenti par la population à la suite des campagnes de récupération de l’opinion publique orchestrées par les corps médicaux, avec la totale complaisance de certains journaux ou médias près du pouvoir. Même les médecins outrés de ce qui se passe paraissent suspects lorsqu’ils se mouillent dans les journaux. La population assiste éberluée et impuissante à l’embourgeoisement du corps médical et à l’installation d’une d’aristocratie vampirisant, comme aux temps féodaux, l’ensemble de ses concitoyens. Il semble bien que le sorcier du village a finalement pris le contrôle politique de la tribu !

Il est plus que temps que la société civile reprenne ses droits et remette tout ce beau monde à sa place et à salaire, S.V.P. Serions-nous tous des cons, nous qui travaillons à salaire ? La tuberculose n’a-t-elle pas été d’abord contrôlée puis vaincue par des établissements ayant engagé à salaire des centaines de médecins généralistes et spécialistes ? À voir l’absence de jugement de certains médecins s’exprimant dans les médias en tentant de justifier l’injustifiable, et ce, sans aucune gêne, alors que le corps médical ne livre pas la marchandise à la population et que chaque nouveau geste se traduit par une nouvelle facturation pour la RAMQ, on comprend que pour devenir des professionnels, peu importe la profession, ce que ça prend, d’abord et avant tout, c’est de la mémoire… pour passer les examens ! Ce que la population doit comprendre est que la mémoire est une faculté qui, dans tous les secteurs de la vie, fait bien paraître son lot d’imbéciles. Qu’est-ce qui justifie que nous payions si chèrement des personnes dont une très petite minorité seulement apportent des avancements à la science médicale ? Quand on voit les salaires payés, par exemple, aux médecins en France, dont l’accessibilité au système est nettement supérieure à la nôtre, on constate qu’on paye bien cher au Canada pour des personnes qui, somme toute, n’ont qu’un peu plus de mémoire que les autres… pour passer leurs examens de corporation.

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 30 décembre 2015 02 h 45

    À salaire fixe

    Le formule de rémunération des médecins doit être revue: payer ceux-ci à l'acte conduit à des excès et à des dérapages. La formule du salaire fixe me semble la meilleure voie, amenant vraisemblablement un changement de mentalité, celle du libre entrepreneur où l'argent prend une trop grande place. Le médecin prendrait ainsi plus de temps pour traiter ses patients. Le système de santé serait sans doute aussi moins coûteux. Je ne m'attendrais cependant pas à ce que pareil changement se fasse sans opposition...
    Le débat sur ce sujet me semble bien nécessaire, voire urgent, à tous les plans, dont celui de l'éthique. La médecine est un sujet qui concerne toute la société et pas uniquement les médecins! Une médecine est toujours sociale.


    Michel Lebel

    • François Séguin - Abonné 30 décembre 2015 10 h 11

      Monsieur Lebel,

      Vous avez tellement raison.

      François Séguin
      SainteAgathe

    • Christian Labrie - Abonné 30 décembre 2015 23 h 27

      Sans vouloir trancher sur le meilleur moyen de rémunération, le paiement à salaire ne permettrait pas de consacrer plus de temps à un patient. À moins de laisser encore plus de personnes sans médecin. C'est l'importance des besoins, ou de la demande en termes économiques, et l'essouflement des professionnels qui déterminent le débit. La plupart des médecins que je connais ne cherchent pas plus de patients pour faire plus d'argent, mais du temps pour respirer.
      Je crois personnellement qu'un système à capitation rendreit de meilleurs services. Le médecins n'est pas alors payé en fonction du nombre d'actes, ou du nombre de temps comme à salaire, mais pour la responsabilité du suivi d'un patient.
      Mettre tois les médecins à salaires causerait aussi un gros problème au gouvernement en ce qu'il devra acheter toutes les cliniques et le matériel qui y est utilisé, engager les secrétaires et autres profesionnels payés actuellement à même des honoraires des médecins, s'assurer de la maintenance des cliniques. Je ne suis pas certain qu'il y serait gagnant.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 30 décembre 2015 07 h 48

    Une profession ancestrale

    Si l'on retourne dans le temps et il n'y a pas si longtemps, dans les paroisses canadiennes-françaises, se réunissaient: notaires, médecins, le curé de la paroisse, pour discuter du bon temps et de l'effet, au printemps, des inondations des terres agricoles sur l'humeur des agriculteurs.

    Si un problème se présentait dans la paroisse, ce petit triumvirat se transformait en conseil supérieur de paroisse et décidait de ce qu'il se ferait pour résoudre le problème. Vous pouvez réaliser l'importance que pouvaient se donner les membres de ce conseil et la grosseur du torse qui finissait par les enrober.

    Dans certains cas médicaux, comme la naissance d'un enfant, si le médecin décelait une possible complication lors de l'accouchement, ce conseil supérieur se réunissait et invitait l'évêque du diocèse pour débattre de qui, entre la mère ou l'enfant, devait être priorisé au cas d'un décès éventuel. Ils décidaient de: qui allait vivre ou pas et des conséquences sur les autres membres de la famille. La responsabilité retombait sur les épaules de l'évêque.

    Aujourd'hui les notaires ont perdu en notoriété, les curés et évêques ont disparu avec les paroisses et qu'advient-il des médecins ? Ils ont de la difficulté a diagnostiquer les symptômes d'une femme ménopausée, ils prescrivent des pilules, recommandent des vaccins. Cependant personne ne parle des maladies iatrogènes, ont les étouffe.

    Ils commandent des salaires hors proportion et il leur faut de temps pour dépenser tout cet argent et doivent donc prendre des vacances.

    Voyons-nous d'où vient cette condescendance égocentrique, elle est historique.

  • Claude Bariteau - Abonné 30 décembre 2015 08 h 33

    L'embourgeoisement

    Dans plusieurs pays socialistes, des dirigeants d'entreprises publiques et des spécialistes dans plusieurs domaines (médecines, recherches, sports et j'en passe) ont cherché à tirer profit de leurs spécialités.

    Au Québec, alors branché sur un projet collectif, des dirigeants d'entreprises, publiques ou subventionnées, ont parti le bal dans les années post-1980.

    Firent de même des politiciens ayant développés des contacts avec diverses entreprises et bureaux d'avocats. Idem pour des spécialistes en placement et des professeurs d'université formés dans des institutions publiques.

    Des médecins spécialistes et certains médecins de famille suivirent, tirant profit des frais peu élevés de leur formation et d'une pénurie de médecins dont leurs associations contrôlent l'entrée.

    Pour que ça se déroule, il faut un contexte de déconstruction du devoir collectif et des services publics associé à une valorisation d'activités parallèles en hausse dans le privé, du laxisme accentué par des règles le permettant et des pratiques de retention d'entreprises publiques ou collectives ou de services de l'État basées sur des comparables dans le privé.

    Cette dernière pratique est devenue une règle appliquée aux dirigeants de Desjardins, de la Caisse de Dépôt et de Placement, des universités, même des hôpitaux.

    Corriger cela est possible, mais compliqué. Une analyse de ce que font certains pays, dont la France, la Suède, la Finlande ou d'autres actifs en ce domaine, serait utile. Le serait aussi une distinction claire entre services publics et services privés en santé, en éducation, dans les services sociaux et dans les activités relevant de l'État, notamment les travaux publics.

    Pourquoi ? Parce que cette dérive, qui n'est pas propre à la médecine, s'inscrit dans un univers où la vision collective et sociale derrière les grands changements des années 1960-1980 s'est permutée en une tolérance exagérée envers une vision individualiste et monétaire.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 30 décembre 2015 10 h 59

      A-1 comme commentaire monsieur Bariteau !

  • Colette Pagé - Inscrite 30 décembre 2015 11 h 24

    Et si Claude Castonguay avait raison !

    Père de l'assurance-maladie, cet actuaire de renom a émis l'opinion qu'un médecin ne devrait jamais occuper le poste de Ministre de la santé en raison notamment des risques de conflits d'intérêts.

    Car, le médecin Ministre de la santé ne peut faire autrement que de garder en mémoire qu'un jour il retournera dans la pratique privée. Dès lors, il pourra éventuellement profiter de toutes les concessions faites aux représentants des médecins dont notamment les primes reçues par l'ex-Ministre de l'Éducatin demeurent un bel exemple.

    Dans la même veine, se pourrait-il que lorsque le négociateur des médecins spécialites obtient la plus haute rémunération pour les radiologistes qu'il ait fait abstraction qu'il exerçait cette spécialité ? Et qu'aujourd'hui ce spécialiste devenu Ministe de la santé souhaite exclure les médecins des hôpitaux pour favoriser les médecins spécialistes tout en refusant l'augmentation pour les soins à domicile en affirment, un leurre et une tromperie, que les services ne seront pas affectés.

    Tout cela pour dire que lorsqu'un Ministre de la santé reçoit un chèque en blanc du PM les risques de dérives sont élevés. Pas de contre pouvoir pour limiter les dégâts !

    • Jean-Yves Arès - Abonné 30 décembre 2015 13 h 41

      Père de l'assurance-maladie, vraiment ?

      Sur ce sujet je suis, pour une fois, tout a fait d'accord avec Léo-Paul Lauzon,

      «Le véritable instigateur du système de santé publique au Canada fut le premier ministre du Nouveau Parti démocratique (NPD) de la Saskatchewan, monsieur Tommy Douglas, qui a eu le mérite et le courage de l’implanter le premier dans cette province. Ensuite, les autres provinces, de la Colombie-Britannique à l’Ontario, en passant par le Québec, n’ont fait que suivre et copier le modèle de santé publique de la Saskatchewan. Au Québec, on doit l’instauration de l’assurance-maladie au gouvernement de l’Union Nationale et non au Parti libéral du Québec, et encore moins à Claude Castonguay.»

      http://archives.lautjournal.info/autjourarchives.a

      http://collections.banq.qc.ca:81/lapresse/src/page

      --

      «le négociateur des médecins spécialites obtient la plus haute rémunération pour les radiologistes»

      Ils n'ont pas besoin qu'on se porte a leur défense mais, si je ne me trompe, leurs ''rénumérations'' incluent la fourniture et l'entretient des équipements, d'où le montant global nettement plus élevé.

    • Hélène Paulette - Abonnée 30 décembre 2015 14 h 56

      Monsieur Arès voici des dates: Assurance-hospitalisation, 1961, gouvernement Lesage. Assurance-maladie, 1971, gouvernement Bourassa. Assurance-médicament, 1997, gouvernement Bouchard. Castonguay était à la tête de la commission chargée de mettre en place l'assurance-maladie qui avait recommandé que les médecins soient salariés, au grand dam de ces derniers qui ont menacé de ne pas participer...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 31 décembre 2015 13 h 38

      Mme. Paulette, le principe de régime de couverture publique des soins de santé est une évolution qui concerne plein de société dans le monde (ex: le Costa Rica a débuté en 1941). Le terme ''paternité'' fait référence a conception de la chose, hors cette évolution sociale d'accès universel aux de soins de santé est le travail d'une multitude de personnes un peu partout dans le monde, c'est un effort et une évolution collective. Mais ceci n'enlève rien à la reconnaissance du travail de monsieur Castonguay, il s'agit juste de pas en faire un pape dont on doit boire le discours intégralement.

      Et je ne sais pas où vous prenez cette recommandation qu'il aurait fait de faire des médecins des salariés mais ce que je trouve indique plutôt un fort penchant pour une augmentation de la particapation du privé.

      Voyez:
      «« 2008 Dépôt du rapport Castonguay :

      Les principales recommandations du rapport :
      • Accélérer le développement des cliniques privées de santé;
      • Financer de manière universelle les soins médicaux et infirmiers à domicile mais accorder des services à domicile seulement aux plus pauvres;
      • Confier au secteur privé la gestion des hôpitaux;
      • Inciter les agences régionales et les CSSS à acheter de plus en plus de services dans le privé et dans les groupes communautaires.
      • Permettre aux cliniques médicales privées d’imposer une cotisation annuelle de 100 $ pour avoir accès à un médecin de famille.
      • Permettre aux médecins de pratiques dans le public et le privé en même temps.
      • Autoriser le recours à l’assurance privée pour plusieurs chirurgies déjà offertes dans le public (ce qu’on appelle l’assurance duplicative);
      • Augmenter la taxe de vente d’un demi-point pour financer la santé;
      • Imposer à tous les patients, sauf les plus démunis, une franchise annuelle à payer en fonction du nombre de visites faites durant l’année précédente (une taxe à la consultation médicale).»»