Réconciliation?

En tant que descendant de Louis Hébert (comme le sont la majorité des Québécois), compagnon de Champlain, je veux bien qu’on fasse toute la vérité sur nos rapports avec les autochtones. Mais je refuse de parler de réconciliation, parce que nos rapports avec eux ont toujours été normaux. Je m’explique.

L’histoire, la vraie, nous dit que Champlain et les Français, nos ancêtres, se sont établis en Amérique avec le consentement des nations indiennes sans acheter leurs territoires. Et qu’ils ont vécu en bons termes avec eux, globalement. À preuve : la Grande Paix de Montréal, signée en 1701 avec 39 nations, et les nombreux mariages qui ont engendré la nation métisse. Seules trois ou quatre nations, dont les Iroquois de l’État de New York et les Sioux (Renards) de l’Ouest, sont devenues des ennemis.

Ce sont les Britanniques qui, après la Conquête, ont commencé à acheter à vil prix les territoires indiens par des traités de dupes. Ce sont eux qui les ont parqués dans des réserves. C’est le Canada anglais qui a adopté vers 1870 la maudite loi qui les a infantilisés. Et c’est la GRC qui est allée arracher les enfants à leurs parents pour les enfermer dans les fameux pensionnats.

Ces institutions, même si elles étaient très souvent tenues par des (ses) religieux venus du Québec, avaient pour premier but de soigner et d’instruire ces enfants. Mais si elles voulaient avoir le financement fédéral requis, elles devaient le faire en anglais et voir à ce que les enfants s’insèrent dans la société ambiante anglophone.

Alors, demander aux Québécois francophones de se réconcilier avec les autochtones, cela n’a aucun sens. Demander au pape François de s’excuser, c’est ridicule ! Il serait grand temps que les politiciens et les journalistes apprennent l’histoire du pays.

21 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 24 décembre 2015 01 h 00

    La vraie histoire

    M. Picard, chef des Premières Nations, n'a-t-il pas déclaré à la Commission sur les accomodements raisonnables, que les Métis du Manitoba et de l'ouest provenaient du Québec? M. Perrier, cette histoire et celle de ces Améridiens est à la fois la leur et la nôtre, et votre lettre contient tous les éléments pertinents sur lesquels il convient d'insister. Amérindiens et Francos de ce pays ont vu leurs droits bafoués à répétition et à plusieurs égards ces deux nations souvent métissées méritent toutes deux des excuses.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 24 décembre 2015 15 h 55

      Oui, tout le monde a le droit à des excuses... Mais nous devons aussi reconnaître si non nos torts mais au moins nos lâchetés à l'égard des nations autochtones!
      Je veux bien croire qu'au lendemain de la Conquête, après que la colonie soit passée de la tutelle du roi de France à celle du roi Britannique, que les colons francophones, destabilisés, n'aient pas été en mesure d'apporter une aide aux nations amérindiennes qui pour la première fois se faisaient menacer dans dans leurs droits de premiers occupants.
      Mais ensuite, au cours du 19e siècle, lorsque le clergé et les élites réclament des droits politiques, religieux et linguistiques pour les "descendants" de l'ancienne colonie française, se sont-ils souvenus des nations autochtones? Et lorsque le "Canada" prend naissance comme pays souverain avec la constitution de 1867, la province de Québec "devient" territoire canadien et dans la mémoire collective de ses habitants (un siècle après la fin de l'ancien régime) on a oublié que nous étions les convives d'un territoire qui n'appartenait ni aux français, ni aux anglais!
      Il y a longtemps que nous avons oublié nos origines. Nous nous souvenons que nous fûmes jadis les vassaux de la noblesse française.. et nous glorifions ceux qui nous ont abandonnés. Par contre, nous avons oublié que nous fûmes accueillis, hébergés et nourris du même gibier, que nous bu la même eau et nager dans les mêmes rivières que nos frères amérindiens. Non, lorsque la table a été mise en 1867, les nations autochtones n'ont pas été invités. Et si nos ancêtres canadiens français n'ignoraient pas leur existence, ils ont malheureusement fermé les yeux et trop souvent participé à la sale opération d'assimilation et de génocide culturel.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 décembre 2015 03 h 04

      Les Métis du Manitoba y sont arrivés neufs mois après les Québécois du temps.

      PL

  • Yves Côté - Abonné 24 décembre 2015 05 h 32

    Faits...

    Merci de rétablir ces faits, Monsieur Perrier.
    Toutefois, si vous me le permettez, à votre annonce que "Ces institutions, même si elles étaient très souvent tenues par des (ses) religieux venus du Québec...", j'ajouterais qu'un grand nombre des enseignants et des cadres qui s'y trouvaient, étaient des Européens venus de Belgique et de France.
    Mais cela, sans pour autant ne rien dédouaner des responsabilités de ceux du Québec qui s'y trouvaient.
    Bien entendu, puisque chacun se trouve en toutes circonstances face à sa propre conscience, moralité ou immoralité incluses...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 décembre 2015 06 h 13

    Si

    Je serais entièrement d'accord avec vous Si : Il n'y avait pas de Pensionnats sur notre territoire. Si : Aucun prêtres francophones n'y avait maltraités ces enfants et Si : Nous n'avions pas renié nos ententes avec nos amis de première heure sur ce territoire. Ça fait beaucoup de Si non couvert par un survol un peu trop élevé sur un gros problème de base. «Nous avons participé», lever le nez n'enlève pas la responsabilité.

    Bonne journée.

    PL

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 24 décembre 2015 12 h 10

      Avez-vous oublié ?

      …le général Jeffery Amherst fit parvenir au colonel d'origine suisse Henri Bouquet (1719-1766), qui servait dans l'armée anglaise, le message suivant : « Vous feriez bien d'infecter les Indiens au moyen de couvertures ayant servi à des vérolés ou de vous servir de tout autre moyen qui pourrait contribuer à exterminer cette race maudite. »

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 décembre 2015 03 h 38

      Je n'ai rien oublié du tout. Je n'enlève pas la responsabilité de ces actes aux responsables «qui qu'ils soient», même les nôtres. Amherst était mort depuis belle lurette en «1996» quand ces Pensionnats, tenus par le clergé «francophone», ont fini par fermer «au Québec». Le «rêve de Champlain» était mort il y a beaucoup plus longtemps.

      Et que proposons-nous aujourd'hui ? Les «insérer» dans notre système d'éducation. Autrement dit : Faire de ces Amérindiens des Canadiens semblables aux autres. La même chose que ces Pensionnats voulaient faire (à la base), mais plus «doucement». Ils vont finir comme ces Québécois «fédéralisés» ne possédant qu'un vague souvenir antique d'avoir déjà été «autre chose» ne laissant qu'une «particularité locale». La «différence» au Canada est bien acceptée, tant qu'elle ne «dérange pas».

      PL

    • Jean-François Trottier - Abonné 25 décembre 2015 11 h 20

      M. Lefebvre, tout d'abord le texte de M. Perrier se rapporte à un temps où les francophones avaient du pouvoir ici, i.e. avaient vraqiment la possibilité de gérer leurs relations avec les autres.

      Ensuite, vous ne faites que démontrer commenht l'Angleterre a su diviser pour régner au Canada.

      Pour renchérir, notre "Guerre de 7 ans" est appelée par les américains la "guerre des indiens", ce qui dit bien comment eux avaient constaté que les Français et autochtones formaient une toute nouvelle nation, métissée et pacifique. Jamais les Français avec leur si petit nombre auraient pu occuper 75% du territoire d'Amérique du Nord sans y être invité, eh oui! Les échanges franco-autochtones se basaient et soldaient sur une entente extrêmement amicale, en fait complice.

      C'est après la conquête et le remisage des autochtones dans des réserves, alors que les Français se réfugieaient dans leurs fermes, que la distance s'est créée, puis l'incompréhension. Mais il faut aussi tenir compte de la pauvreté endémique ches les québécois francophones, qui a brisé bien des liens carrément familiaux.

      Alors, certainement, je me considère responsable des traitements réservés aux autochtones, mais certainement pas coupable, et je refuse qu'on m'associe aux saloperies auxquelles a pu se livrer notre Sainte Mère l'Église de concert avec la Couronne.

    • Michel Blondin - Abonné 25 décembre 2015 12 h 46

      Deux éléments me viennent en réflexion de vos "Si".
      Le premier, nous (Canadien-français, colonisé)) avons et sommes en porte à faux avec les lois coloniales. Obtenir considérations et parfois survie ont été objet de soumission au point de faire le contraire de nos propres intérêts. C'est le prix de la servilité. Nos religieux ont été les premiers à se soumettre aux autorités britanniques après 1774. Les collaborationnistes nous ont fait honte et plus de tort qu'autre chose. Encore aujourd'hui.

      En deuxième, éclairez-moi! Les Britanniques en 1760 nous ont coupés de nos liens fraternels.
      C'est le gouvernement fédéral qui s'est emparé et nous ont écartés des liens avec les nations indiennes en 1867. Diviser pour régner. Ce n'est qu'avec la baie James que nous sommes intervenus en 1970 et la crise d'Oka en 1990. Ils en ont fait des mineurs, des incapables en besoin de tuteur. Tuer lentement sa langue, son identité et préparer le génocide culturel bien clairement exprimé par la juge en chef de la Cour suprême. Ils en ont la pleine responsabilité ces anglais et ces assimilés.
      Ce ne sera pas la première fois que des nôtres retournent leurs vestes de bord pour frapper nos amis indiens. Le colonialisme c'est ça! Il ne faut peut-être pas oublier notre statut juridique de colonisé en 2015.
      La situation de fond, même aujourd'hui, n'a pas changé. il n'y a que des "if" et des "will" qui nous scient les jambes.

  • Gaston Bourdages - Abonné 24 décembre 2015 06 h 38

    Faut croire que mes pendules...

    ...n'étaient et ne sont pas à l'heure moi qui croyais appartenir à cette «nation» ayant exploité, dans tous les sens du mot, les autochtones.
    Mercis.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 24 décembre 2015 17 h 13

      À votre place Monsieur Bourdages, je continuerais de faire confiance aux pendules qui marquaient l'heure juste!
      Et vous avez raison de vous méfier des approches ethnocentriques! Un peu sous le modèle de la montre électronique, elle semble donner l'heure juste alors qu'elle n'indique que le temps présent sous forme d'un chiffre!

  • Gilles Théberge - Abonné 24 décembre 2015 12 h 22

    Oui mais...

    C'est une vérité qui dérange!