Aide médicale à mourir: une mystification de la médecine

On a vite oublié que ce sont les médecins spécialistes qui ont amené le débat de l’aide à mourir sur la place publique dans un contexte de médecine défensive (peur des poursuites au civil et au criminel). Ce sont d’ailleurs des médecins et des avocats qui ont élaboré la loi. Personne n’a noté que les patients n’ont rien à dire. Ce sont deux médecins qui vont faire une évaluation psychiatrique et qui vont décider si le patient a droit à la mort. Obliger la personne à subir une évaluation d’un médecin qu’elle ne connaît pas, comme déshumanisation des soins en fin de vie, on ne fait pas mieux !

Le prétexte, une souffrance que le médecin peut soulager dans la mort. Pour les spécialistes, mourir dans la dignité, c’est mourir sans souffrir, aseptisé. Depuis quand la souffrance rend-elle la mort et le mourant indignes ? Les médecins ont conditionné les gens à éviter la douleur et à prendre un médicament, ici le dernier. Les médecins font une publicité où ils disent que la dépression fait mal et ils demandent pourquoi souffrir. Prenez un antidépresseur. J’ai dit à des patients : si tu ne changes pas par toi-même, la souffrance va se charger de te faire changer.

Mourir dans l’indignité, c’est mourir dans un corridor d’urgence en attendant un spécialiste qui ne viendra pas. C’est mourir à l’hôpital qui n’est plus hospitalier. C’est devenu un lieu malsain et déshumanisé. L’approche de cette loi est une négation des avancées faites depuis 40 ans concernant le processus de la mort, notamment les travaux de Kubler-Ross sur les étapes de l’acceptation de la mort qui ont inspiré les soins palliatifs. Est-ce que les spécialistes et M. Barrette connaissent Kubler-Ross ? Il y a 40 ans, un patient en fin de vie m’a dit : si tu viens pour me convaincre de prendre des pilules (son oncologue le voulait), donne-les à ma famille. Ils ont plus peur que moi de ma souffrance. Moi, je m’en fous. Ma souffrance est temporaire. Je veux rester lucide jusqu’à la fin. Il m’a donné une leçon de vie et de mort. On meurt comme on a vécu, en vivant ce qu’on a à vivre ou en évitant avec les « soins » du médecin.

Les spécialistes ont amené le débat en brandissant un sondage où 75 % de la population les appuyait. Au Québec, c’est un sondage favorable qui fait foi du consensus et de la démocratie. Mercredi matin Mme Hivon parlait d’un consensus extrêmement fort et les Ex à Radio-Canada d’une unanimité tellement grande derrière la loi. Une unanimité peut-elle être petite ? C’est de la démagogie ou plutôt du délire qui témoigne de la dépendance extrême du Québec face à la médecine et face aux spécialistes qui nous vident la tête et les poches.

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8 commentaires
  • Michel Lapointe - Abonné 7 décembre 2015 08 h 55

    question...

    Je n'ai pas trouvé votre nom dans l'annuaire de l'Ordre des Psychologues du Québec. C'est relié à quel formation "maitre en psychologie" ??

    • André Martineau - Abonné 7 décembre 2015 09 h 52

      Il peut avoir fait une maîtrise en psycho sans être dans "l'Ordre"....Ceci dit, je le trouve plus philosophe que psychologue. Nous sommes conditionnés à éviter la douleur avec des pilules mais souvent, ça ne soigne pas le bobo.

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 7 décembre 2015 10 h 11

    La vie nous est confiée

    J'invite le ministère de la Santé et des Services sociaux à insister sur le développement des soins paliatifs et la formation des médecins et du personnel soignant en ce sens.

    D'autre part, il ne faut pas oublier que la sédation coupe la comminication entre la personne malade et son entourage affectif ou médical au moment où il en a sans doute le plus besoin.

    Le but de la dédation est de diminuer ou de faire disparaître la perception d'une situation vécue comme insupportable par le patient alors que tous les moyens disponibles et adaptés à cette situation ont pu lui être proposés et mis en oeuvre, sans permettre d'obtenir le soulagement escompté.

    L'homme est un passeur de vie; la femme la donne.

    Cette vie nous a été confiée; nous ne pouvons en disposer.

  • Michel Lebel - Abonné 7 décembre 2015 10 h 16

    L'état de la société


    L'Assemblé nationale a voté à la majorité en faveur de l'aide médicale à mourir. Savait-elle vraiment ce qu'elle faisait, puisqu'elle niait une évidente réalité: l'euthanasie relève du code criminel, de compétence fédérale? Les bonnes intentions ne font pas nécessaiement des lois valides!

    Je crois cependant que ce vote de l'Assemblée nationale reflète assez bien l'état de notre société: une société fortement sécularisée où la notion de trancendance est disparue, une mort très médicalisée, une grande peur devant la souffrance et la mort, la valeur vie n'est pas considérée comme un absolu, mais est plutôt considérée comme un absolu l'autonomie de la personne: c'est seule cette dernière qui devrait décider du moment et du comment de sa mort, avec l'aide, si nécesaire, du personnel médical.

    Les lois de la Cité sont généralement les reflets de l'état d'une société. Mais l'objection de conscience et la loi naturelle demeurent.


    Michel Lebel

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 décembre 2015 12 h 00

      « une société fortement sécularisée où la notion de trancendance est disparue »

      Nul ne sera contraint de réclamer l'aide médicale à mourir contre ses convictions du seul fait qu'on reconnaisse la liberté de le faire.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 7 décembre 2015 11 h 00

    Choix personnel

    Tout comme l'avortement, les soins de fin de vie doivent rester un choix personnel. Ils se doivent d'être encadrés par la Loi.

    Certaines vies se termine bien, d'autres se voient infliger des souffrances inhumaines. Libre à chacun de vivre la souffrance, mais le principe de vie spirituelle ne peut pas s'imposer. Le respect des libertés incluent que d'autres vont avoir une spiritualité divergente à la nôtre.

    Le service existe, il se doit d'y avoir une législation. Ne pas permettre que l'aide médicale à mourrir existe est tout aussi en contradiction au droit que le fait qu'il soit obligatoire comme soin.

  • Yvon Bureau - Abonné 7 décembre 2015 11 h 24

    Oui, «d’un consensus extrêmement fort»

    «On a vite oublié que ce sont les médecins spécialistes qui ont amené le débat de l’aide à mourir sur la place publique... » Inexact. Ça fait plus de 30 années que moi et bien d'autres avons parlé de droits, responsabilités et libertés de la personne en fin de vie.

    Inexact aussi ceci : «Personne n’a noté que les patients n’ont rien à dire. » Lisez et relisez le Rapport Mourir dans la dignité/mars 2012. Lors de la Commission et du débat sur le projet de loi 52, lisez sur les interventions du Comité provincial des malades, OPHQ, Comité provincial des comités des usagers et autres organismes ...

    Inexact : «C’est mourir à l’hôpital qui n’est plus hospitalier. C’est devenu un lieu malsain et déshumanisé». Le personnel qui y travaille font un excellent travail; plusieurs oeuvrent aussi à l'améliorer.

    Exact : «Mercredi matin Mme Hivon parlait d’un consensus extrêmement fort et les Ex à Radio-Canada d’une unanimité tellement grande derrière la loi. ». Sondage après sondage, année après année, la population du Québec s'est dite en faveur d'une aide médicale à mourir, et cela à plus de 80%. Les 24 recommandations du Rapport Mourir dans la dignité sont unanimes. Lors de la Commission, la très grande majorité des corporations professionnelles et des organismes concernés par la fin de la vie se sont dits très majoritairement en faveur du développement des soins de fin de vie, incluant l'aide médicale à mourir. Enfin, lors du vote le 5 juin 2014 sur la Loi concernant les soins de fin de vie, 94 députés ont voté en faveur, seulement ont voté 22 contre.

    L'expression Aide médicale à mourir vient de la population. «Docteur, aidez-moi pour ça finisse. Docteur, aidez-moi à terminer mon agonie irréversible et sans sens à mes yeux. Docteur, aidez-moi à mourir.»

    Recevez mes salutations pleines de vie, monsieur Courcy.