Dérogation assimilatrice

Jeudi soir à l’émission de Bazzo sur Télé-Québec, le maire de Montréal, Denis Coderre, a mentionné qu’il allait demander une dérogation à la loi 101, afin de permettre l’accueil des enfants réfugiés dans les écoles anglaises de Montréal.

Aucun journaliste présent à cette émission n’a commenté cette énormité. Le lendemain, vendredi, un article dans Le Devoir, intitulé «Réfugiés : Montréal se prépare», ne mentionnait même pas ce projet de dérogation. Je me pose de sérieuses questions sur la vigilance de notre collectivité francophone.

En Amérique du Nord, certaines personnes, plus ou moins nombreuses selon la région, hésitent devant la perspective d’accueillir des réfugiés syriens. Pour la majorité de ces gens, c’est en raison d’une menace perçue à leur sécurité physique.

Avec ce projet de M. Coderre, je ne peux que voir le début d’une menace à la sécurité culturelle et linguistique de Montréal, la métropole, qui, semble-t-il, devient de plus en plus Montréal.

D’une part, cette dérogation devrait être combattue avec la plus grande énergie. La loi 101 sur la langue est déjà amochée comme c’est là. Elle aurait plutôt besoin de s’affirmer haut et fort au lieu de se terrer dans le silence.

D’autre part, il faudrait investir et travailler à établir une structure d’accueil pour intégrer ces nouveaux citoyens dans notre société francophone, plutôt que d’accélérer notre processus d’assimilation en les dirigeant vers les écoles anglaises. Si on est capable de mettre des millions dans Bombardier, on pourrait bien investir des millions dans notre survie en même temps que d’accueillir des gens qui ont bien besoin de retrouver leur sécurité et leur survie.

Rappelons-nous que lorsque les autorités religieuses contrôlaient l’éducation au Québec, les immigrants non catholiques étaient systématiquement acheminés vers les écoles anglaises. Est-ce qu’on pourrait, SVP, tirer une leçon de notre histoire ?

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7 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 24 novembre 2015 08 h 21

    Idiotie de Coderre

    Ce n'est pas parce que la Commission scolaire English Montreal dit avoir des places que la CSM et la CSMB n'en ont pas !

  • Pierre Martin - Inscrit 24 novembre 2015 08 h 54

    Je partage entièrement votre avis monsieur Marcoux

    J'avoue avoir ressenti le même malaise que vous lorsque j'ai entendu la déclaration de Denis Coderre à propos de sa demande de dérogation à la loi 101. Mon inconfort est devenu intolérable lorsque la dicussion s'est poursuivie sans qu'aucun des invités à cette émission ne réagissent. Déplorable!! J'ai bien l'intention de manifester mon mécontentement à madame Bazzo qui n'a pas relevé l'effronterie du maire Coderre!

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 25 novembre 2015 07 h 10

      Lors de la transcription de ma lettre, ayant pour titre «Dérogation assimilatrice», une erreur s'est glissée.

      Dans le quatrième paragraphe de mon texte, on devrait lire : ... «Montréal, la métropole, qui, semble-t-il, devient de plus en plus Montreal.» (donc, un e sans accent aigu).

      La phrase devient alors compréhensible.

      Jean-Pierre Marcoux

  • Marc Bourdeau - Abonné 24 novembre 2015 09 h 01

    Se suicider

    Il y a dans les profondeurs du Québecois francophone un désir patent de mourir. De se suicider. Et voilà que ce leit-motiv latent de notre vie collective semble l'emporter, sur notre instinct de vie. Le maire Coderre, un fédéraliste, ex-roi nègre à Ottawa, et nul doute le premier ministre Couillard dans un instant, un autre fédéraliste sous-tapis, s'en font maintenant les porte-parole. Et pendant ce temps, le peuple dort, les journalistes regardent ailleurs. On se distrait à en mourir. On rit aux éclats.

    C'est peut-être là, dans ce sombre désir, l'explication du fait qu'il y a tant de suicides chez les jeunes, de parricides, d'abandon scolaire chez les garçons. Il n'y a plus de père, plus de iigne de vie.

    Ne pas faire tache, ne pas faire de bruit et de chicane, comme si la politique, c'est à dire la voix collective, n'était pas la gestion de la chicane mise au grand jour.

    Ne penser qu'à l'argent, celui qu'on n'a pas, qu'on aimerait avoir comme tous les autres en Amérique du Nord. L'argent, comme seule valeur, c'est la mort collective.

    Mourir sur la pointe de pieds, disparaître dans un souffle. En fait, en riant aux éclats.

  • Françoise Raymond - Abonnée 24 novembre 2015 10 h 07

    Avec ma fille hier, nous étions à North Bay dans un vestibule où se trouvaient déjà deux femmes qui discutaient en anglais. Ma fille et moi discutions en français. (Ma fille vit en Ontario depuis 5 ans). À ce moment rien ne pouvait nous faire penser que ces deux dames parlaient français et étaient, en outre, toutes deux originaires de régions du Québec avant que chacune d'entre elles, et alors que l'autre n'était pas présente, nous le dise. Comme je manifestais mon étonnement un peu plus tard, hors la présence des deux femmes, surtout du fait qu'elles se connaissaient et pourtant parlaient en anglais entre elles et que ce n'est pas leur langue maternelle, ma fille m'a expliqué que ces deux personnes ont probablement honte de parler français en public. Pour moi, cela indique ce qui nous attend si nous n'y prenons pas garde.

    Françoise Raymond

    • Christian Gagnon - Abonné 24 novembre 2015 16 h 01

      J'ai souvent constaté cette même attitude au Nouveau-Brunswick, en particulier dans la région de Campbellton. Dans cette ville, j'ai un jour constaté le prénom français qu'une toute jeune serveuse portait sur son uniforme. Je lui ai donc parlé français, une langue qu'elle parlait d'ailleurs bien. Mais elle a vite viré à l'anglais, comme pour ne pas que l'entourage immédiat la repère comme étant "one of those"...

  • Frédéric Jeanbart - Abonné 25 novembre 2015 18 h 20

    AUcune bonne raison

    Je me demande bien ce qui puisse pousser Coderre à cela, sinon que la volonté de piétiner la nation québécoise. Il ne fait que démontrer sa francophobie opportuniste.