Main-d’oeuvre et réfugiés

À la suite de la proposition d’accepter 100 000 réfugiés syriens par année au Canada, il était particulièrement ahurissant d’entendre la présidente de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI), Martine Hébert, affirmer : « N’importe quelle politique permettant la venue de plus de travailleurs, dont les entreprises ont tant besoin, est une bonne politique. » Mme Hébert reprenait ainsi une rengaine répétée mille fois par les organisations patronales selon laquelle plus d’immigration est toujours souhaitable en raison d’une supposée pénurie de main-d’oeuvre.

Comment peut-on parler de pénurie de main-d’oeuvre alors que le taux de chômage s’établit à 7,7 % au Québec et 7 % au Canada ? Bien sûr, certaines pénuries sectorielles ou régionales ciblées peuvent survenir ici et là, mais peut-on réellement penser, comme le prétend Mme Hébert, que les réfugiés syriens vont venir pourvoir à ces postes ? Pour être honnête, la présidente de la FCEI aurait plutôt dû affirmer que ce qui manque cruellement aux entreprises, c’est une main-d’oeuvre à bon marché. Pensez-vous qu’un afflux massif de réfugiés et d’immigrants dans un marché de l’emploi loin de l’équilibre aura un effet à la hausse ou à la baisse sur les conditions de travail ?

Plusieurs raisons humanitaires et morales peuvent nous pousser à accueillir davantage de réfugiés, notamment syriens, au Canada. L’épouvantail de la pénurie de main-d’oeuvre brandi hypocritement par les organisations patronales n’en est pas une.