Le scandale est ailleurs

Je suis étonné de l’ampleur de la réaction publique et politique à l’annonce selon laquelle, pendant certains travaux de réfection à un collecteur, une portion des égouts de Montréal sera déversée directement dans le fleuve. Ces eaux usées sont des rejets sanitaires avec leur charge de pathogènes et divers nutriments qui contribuent à l’eutrophisation. On doit aussi considérer les concentrations de nombreux contaminants d’usage domestique (détergents, plastifiants, agents de conservation, produits ignifuges ou antiadhésifs, etc.) combinés aux médicaments (tout ce qui se vend en pharmacie risque de s’y retrouver — selon le volume des ventes et la persistance relative des différentes molécules).

La station d’épuration des eaux usées de Montréal a été conçue et fonctionne bien pour réduire les charges en matières organiques et en phosphore rejetées dans le fleuve — le procédé utilisé enlèvera aussi une portion plus ou moins modeste de certains autres contaminants. Mais le traitement n’inclut aucune désinfection des pathogènes et a un impact négligeable sur la majorité des contaminants émergents comme des détergents ou des médicaments qui sont donc rejetés directement dans le fleuve.

De mon point de vue, la totalité des eaux d’égouts de Montréal est rejetée dans le fleuve sans désinfection pour diminuer la charge en pathogènes et sans traitement pour enlever les contaminants qui contribuent à la perturbation endocrinienne, à la résistance aux antibiotiques ainsi qu’une multitude d’effets toxiques plus ou moins bien répertoriés. Donc, qu’une portion des égouts de Montréal soit rejetée directement dans le fleuve pendant quelques jours ne me semble que marginalement pire que la situation qui prévaut pour la totalité des eaux des égouts, 100 % du temps.

Le scandale est justement le peu d’efficacité du traitement actuel. Il est urgent de mettre en place un système de désinfection et de traitement des contaminants. Utiliser un traitement à base d’ozone est une option technologiquement lourde, énergivore et coûteuse, mais serait une grande amélioration à la situation actuelle. Il faudra aussi s’assurer que le procédé soit bien optimisé — pour ne pas générer de sous-produits et augmenter la toxicité des effluents — et qu’il soit en fonction 365 jours par an.

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4 commentaires
  • Diane Leclerc - Inscrite 5 octobre 2015 10 h 14

    Je suis sidérée

    Merci, Monsieur, d'attacher le grelot face à cette situation des plus inquiétante pour la santé du fleuve et d'une grande partie des Québécois.

    Qu'attendent donc vos confrères pour sonner l'alarme avec vous afin que les journalistes s'emparent de cette affaire pour réveiller nos décideurs politiques ?

  • Yves Corbeil - Inscrit 5 octobre 2015 13 h 55

    Non mais

    Est-ce qu'on est devenu une société sous développer au nom du profit. Le moins pire comme le maire Coderre et le ministre de l'environnement Heurtel nous disent c'est totalement inacceptable au Québec. On est pas une république de bananes et si je comprends ce que vous dites, on a sûrement pas les moyens d'assumer les coûts en santé d'une telle manoeuvre politique quand ce système mal gérer nous coûte déjà la peau des os.

    Quand est-ce qu'on va arrêté de faire des économies de bout de chandelles dans le présent pour se retrouvé avec des dépenses énormes dans le future, tout cela pour demeurer au pouvoir d'un mandat à l'autre. La politique est vraiment devenue indécente, irresponsable et sans vision à long terme des actions prises aujourd'hui.

    Assommant, tout simplement assommant comme dirigeants. Avant de bâtir des stades faudrait peut-être regarder nos fondations.

  • Yves Corbeil - Inscrit 5 octobre 2015 14 h 01

    Et tout cela...

    Après nous avoir fait miroité un super plan maritime. On a de la suite dans les idées dans cette province de sous développé. Si vous ne pensez pas à vos citoyens, alors pensez donc que ça va peut-être accélérer la corosion de vos pipelines et vous allez perdre de l'argent de votre chère richesse fossile dans le fleuve.

  • Jean Lacoursière - Abonné 5 octobre 2015 15 h 30

    Quelques chiffres

    Débit du fleuve Saint-Laurent à Sorel = 9 500 m3/s = 820 800 000 m3/jour.

    À Montréal:

    8 000 000 000 litres d'eau aucunement traitée / 7 jours en octobre
    = 8 000 000 m3 / 7 jours
    = 1 142 857 m3 d'eau aucunement traitée / jour
    = 1/700 du débit journalier du fleuve à Sorel.

    La station d’épuration des eaux usées de Montréal, située à la pointe est de l’île, a un débit de 2 700 000 m3/jour. Cependant, il ne s'agit que d'un traitement primaire (filtration de la matière solide, pas de désinfection):

    - dégrillage, qui retient les déchets solides de plus de 2,5 cm;
    - dessablage, où sont enlevées en moyenne 14 tonnes de sable par jour (plus ou moins élevé selon la pluie et la fonte de neige);
    - addition d’un coagulant pour faciliter la décantation (déposition des solides) et pour réduire le phosphore dans l’eau.

    Les eaux usées ainsi "traitées" sont retournées au fleuve au point de rejet, en face de l’île aux Vaches (pointe est de l'île de Montréal), tandis que les déchets solides récupérés sont incinérés.

    La désinfection de l'eau à l'usine de Montréal sera apparemment faite à partir de 2018.

    Source: http://eausecours.org/esdossiers/recherche_eaux_us