Des mesures d’austérité qui vont coûter cher

Nous sommes nombreux à décrier les coupes sauvages imposées à nos écoles et, par voie de conséquence, à nos enfants. Nous sommes tout aussi nombreux à rappeler que les plus touchés seront les élèves à besoins particuliers.

Quand on a, comme moi, un enfant « différent », on mesure toute la tragédie et l’effet dévastateur de ces compressions iniques sur nos enfants. Le gouvernement nous demande d’attendre ; il nous dit que le Québec doit d’abord résorber son déficit et, qu’ensuite, nos enfants retrouveront les services auxquels ils ont droit. Il semble aberrant que des ministres a priori instruits ne comprennent pas que quelques mois seulement d’interruption de service risquent de compromettre tout le travail de fond effectué auprès de nos enfants pour leur permettre d’aspirer à une vie à peu près « normale ». Quelques mois sans orthophonie, et un enfant peut perdre les acquis de plusieurs années. Quelques mois sans psychoéducation, et un élève autiste peut retomber dans des épisodes d’anxiété dont il gardera longtemps des séquelles.

Mais, puisque le gouvernement ne semble comprendre que le langage purement comptable, laissons de côté l’aspect humain de cette tragédie pour nous concentrer sur les questions d’argent : un enfant qui perd des services va nous coûter plus cher collectivement à terme. Il ne développera pas toute l’autonomie à laquelle il aurait pu parvenir, aura potentiellement plus de mal à terminer ses études et à trouver du travail ; il paiera donc moins d’impôts que s’il avait été correctement soutenu dans son enfance. Le manque à gagner généré par les compressions budgétaires va forcément finir par nous rattraper. L’élève qui va développer de l’anxiété et des problèmes de comportement en raison d’un manque de soutien risque également de prendre plus de médicaments ; cela aussi va nous coûter plus cher collectivement. Ses parents seront plus à risque d’épuisement et pourraient devoir s’absenter plus souvent du travail ; là encore, des coûts à prévoir pour la collectivité.

Bref, d’un point de vue humain comme d’un point de vue comptable, les coupes en éducation sont un mauvais calcul.

6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 26 septembre 2015 08 h 24

    La logique des comptables

    La survie d'une nation est une notion étrangère à la logique comptable. Pour eux, l'éducation de qualité est réservée à la classe dirigeante dont ils font partie, évidemment. Le monde ordinaire n'a droit qu'à l'éducation ordinaire: c'est logique, ne trouvez-vous pas?

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 septembre 2015 10 h 37

      En fait, c'est même plus simple: il s'agit de faire balancer les comptes de cette année. Ce qui se passera dans deux ou vingt ans sera réglé dans deux ou vingt ans.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 26 septembre 2015 08 h 34

    Leçon d'humanité

    Vous avez du courage et de l'aplomb, Madame. Mes hommages. Vous venez de donner une leçon d'humanité à nos comptables et affairistes sans âmes. Puissent les Québécois vous entendre et ne pas se comporter en troupeau de moutons bêlants la prochaine fois qu'ils iront aux urnes.

  • Francois Cossette - Inscrit 26 septembre 2015 10 h 15

    On nous aime petit, nous faisons tout pour le devenir !!!!

    Que voulez vous on est gouverné par des comptables,en plus ce sont de petits comptables sans vision, sans genie.Que voulez-vous le peuple a décider, lui aussi il est sans genie.Comme dirait l'autre ils vont bien ensemble.

  • Denis Paquette - Abonné 26 septembre 2015 19 h 10

    C'est le monde qui ne va plus

    Que l'on le veille ou pas tout va s'effrondrer en meme temps car c'est le monde qui ne va pas, seul les aveugles ne le voient pas

  • François Laflamme - Abonné 27 septembre 2015 07 h 53

    La logique des comptables

    Ces comptables se foutent complètement du fait que ça nous «coûter[a] plus cher collectivement à terme», ils ne seront plus là lorsque ça arrivera! Les plus cyniques diront même que ça fait partie du plan, ça permettra de justifier les prochaines coupures, on n'aura plus les moyens de se payer ces services qui coûtent de plus en plus cher.