La langue et la radio

Madame David, la ministre de la Culture, souhaite que le CRTC maintienne les quotas obligatoires de musique francophones sur les ondes (Le Devoir, 17 septembre). Le souhait est tout à fait logique, mais il faut aller plus loin. Les quotas radiophoniques et leur respect sont insuffisants.

D’autres règles devraient être édictées, car la chanson en anglais ou la musique américaine chassent facilement la québécoise grâce au dumping. Ses auteurs, ses productions inondent les ondes dès les premières heures de la journée et bien des endroits publics ou semi-publics, les écoles et les établissements d’enseignement, les centres commerciaux, les gymnases (à croire que la musique musculaire est américaine !), églises, patinoires, etc. En somme, les artisans de la chanson d’ici sont privés de revenus, eux qui pourtant payent leurs impôts à l’État québécois et consomment les produits locaux. […]

Par ailleurs, la lourde présence de la musique anglophone constitue un mur culturel quasi infranchissable. La musique du monde, des pays latino-américains, d’Afrique ou d’Asie est, en pratique, absente des ondes. Il y aurait lieu de réserver une frange minimum de 10 ou 20 % aux musiques autres que francophones et anglophones. Ce serait une première fenêtre percée dans le mur ou le rideau anglo-saxon.

Les citoyens québécois qui voyagent partout dans le monde, qui sont censés parler une langue commune, qui ont des chansonniers, des paroliers et des interprètes de qualité, qui sont désireux de se frotter aux cultures de nombreux pays, doivent avoir des ondes qui favorisent l’ouverture et l’expression de leur perception du monde contemporain. De là l’appui à madame la ministre et le souhait qu’elle aille au-delà des quotas en vigueur, car « la chanson québécoise, expression d’une culture minoritaire dans un environnement américain, doit compter sur la volonté des pouvoirs publics pour vivre et prospérer » (Robert Giroux).

À voir en vidéo