Un drapeau lourd

En ouvrant le placard, je tombe sur mon vieux sac à dos. Défraîchi et usé, il a parcouru avec moi tant de pays où j’ai rencontré tant de gens. Je me souviens qu’on m’abordait librement en pointant ce gros drapeau rouge qui en ornait le revers. Mon drapeau canadien était mon meilleur passeport. J’étais un citoyen du monde. Aujourd’hui, c’est par mon travail que je continue à parcourir la planète, mais la fierté d’antan laisse maintenant place à une certaine déception, voire une gêne. Comment expliquer à mes collègues les dérives idéologiques de mon gouvernement ? Comment justifier le rejet de Kyoto, l’environnement, les sables bitumineux, le bâillon des scientifiques ou son comportement va-t-en-guerre ? Jadis une référence à l’ONU, aujourd’hui le Canada est exclu du Conseil de sécurité ; une gifle diplomatique sans précédent.

Pour moi, l’heure de la retraite approche et j’entends bien reprendre la route avec un sac à dos tout neuf. Mais je doute que son gros drapeau rouge soit accueilli avec les mêmes sourires bienveillants d’antan.

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