Le partage de la route

Il était décevant de lire la lettre intitulée « Les cyclistes montréalais sont-ils gérables » publiée dans Le Devoir du lundi 20 juillet. Cette lettre, truffée d’affirmations gratuites et de généralisations, ne fait qu’attiser le paternalisme de certains automobilistes et leur haine envers les cyclistes dans ce monde où l’automobile est reine. Affirmer, en ne basant ses propos sur aucun fait vérifiable, mais probablement plutôt sur son expérience personnelle, que « c’est pourtant le cas d’une grande partie des cyclistes montréalais » de ne pas respecter le Code de la route relève d’un manque de rigueur flagrant. D’encourager finalement comme condition au partage de la route de l’auteur avec les cyclistes la « répression » envers ceux-ci est de plus certes déconcertant.

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3 commentaires
  • Claude Paré - Abonné 22 juillet 2015 05 h 57

    Un espace dédié pour les cyclistes

    Si on insiste tant sur le partage de la route, c'est précisément pour faire l'économie de cette question : quel est l'espace dédié à la circulation des véhicules mus par l'énergie humaine sur la route. La réponse est simple = 0. Tant que par règlement on ne stipulera pas que pour chaque rue et route, un espace dédié pour la circulation des vélos, planche à roulettes, etc. doit être créé, on parlera dans le vide. On insistera en attendant sur le civisme. Le civisme est important, mais tant que cette question ne sera pas réglée, son impact sera marginal.

    Par espace dédié, on entend un espace sécuritaire, libre à droite d'ouverture de portières intempestives, avec un espace suffisant à gauche pour éviter tout frôlement de rétroviseurs et permettre le dépassement sécuritaire des vélos.

    Présentement à Montréal, très peu de «voies cyclables» correspondent à cette définition.

    En attendant, on devrait permettre dans beaucoup de rues à sens unique une circulation en pleine emprise des cyclistes. Cette mesure dégagerait les pistes cyclables et rendrait la circulation à vélo plus fluide et sécuritaire.

    Les vélos sont des véhicules de transport comme les autres, et du point de vue de la gestion du climat, ils sont infiniment supérieurs à tout véhicule motorisé à essence.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 juillet 2015 08 h 28

    Simple équité fiscale

    Les cyclistes payent des impôts provinciaux, avec lesquels on construit des routes, et des taxes municipales, avec lesquels on pave les rues. Les cyclistes devraient donc avoir un droit égal d'accès aux rues et routes. Les automobilistes, dont je suis d'ailleurs, ne semblent pas réaliser quel cadeau on leur fait avec des rues et routes payés par l'ensemble des contribuables, y compris des personnes qui ne peuvent pas se payer une voiture.

  • Jean Richard - Abonné 22 juillet 2015 10 h 20

    Partage de l'espace urbain

    Il vaudrait peut-être mieux parler de partage de l'espace urbain – ce qui comprendrait l'espace requis par chaque individu selon son mode de déplacement.

    Commençons par les transports en commun. Un autobus urbain à simple caisse fait 12 mètres de longueur sur 2,6 mètres de largeur. Je vous laisse faire les calculs, mais pour simplifier, mentionnons qu'aux heures de pointe, plus de 70 passagers y sont entassés, ce qui signifie plus de deux personnes par mètre carré de chaussée (et non de plancher).

    Le vélo ? 1,8 mètre de longueur sur 0,6 mètre de largeur, ça finit aux alentours d'une personne par mètre carré de chaussée.

    L'automobile ? 4,5 mètres de longueur en moyenne sur 2 mètres de largeur, ce qui nous amène à près de 9 mètres carrés de chaussée, soit neuf fois plus que le vélo et presque vingt fois plus que l'usager des TEC.

    Il s'agit de l'aire occupée à l'arrêt. En mouvement, l'aire requise augmente avec la vitesse, ce qui signifie que l'écart s'accroit. Une voiture roulant à 50 km/h a besoin de 3 mètres de largeur et de 25 mètres de longueur. On est rendu à 75 mètres carrés, et ce n'est pas tout.

    L'automobile et le vélo individuel sont des véhicules qu'il faut garer. Au minimum, l'auto réclame 7 mètres sur 3 par espace de stationnement et plus d'un stationnement (Montréal compte environ 5 espace de stationnement par voiture, ce que bien des gens ignorent). Avec les vélos, qu'on peut imbriquer l'un dans l'autre, on peut facilement garer deux vélos par mètre carré.

    Lorsque les gens auront pris conscience de la voracité en espace urbain de l'automobile, on commencera peut-être à accepter le fait qu'il faut en arriver à un nouveau partage de cet espace. La viabilité des villes en dépend. La dépendance à l'automobile a coûté cher à certaines villes américaines, mais une fois le mal fait, il faut du temps et de l'énergie pour ranimer les villes et changer les mentalités.