Une moitié de dignité

Après avoir fait une démonstration lamentable de ce qu’est un jugement éclairé lors des funérailles nationales de Jacques Parizeau, la Fraternité des policiers Montréal vient de « consentir » à porter l’uniforme réglementaire lors des funérailles de Jean Doré, comme si, à titre de faveur, elle consentait à faire son devoir dans les règles de l’art.

La Fraternité des policiers ne semble pas avoir compris que la dignité n’est pas un concept qui se sépare en parties ; on ne peut être à moitié digne ou presque digne. On est digne ou on ne l’est pas.

Le port de la casquette rouge est indigne de la part de représentants de l’autorité lors de funérailles officielles.

Lors des funérailles nationales de Jacques Parizeau, le monde entier a pu voir que les policiers de Montréal étaient avant tout des syndiqués et non des policiers.

Une telle confusion ne saurait être tolérée dans une société démocratique. Les policiers déguisés auraient dû avoir honte, des remords ou des regrets ; pourtant, et c’est anormal, c’est nous qui avons eu honte.

Le combat syndical des policiers est valable ; il faut cependant prendre garde à ne pas confondre le rôle d’agent de la paix, avec la dignité et le décorum que cela implique lors de funérailles d’État, et le combat syndical, tout légitime soit-il.

Ce que la honte suffisait à régler jadis, il faut désormais la loi, les tribunaux et la force publique qui la fait appliquer. Le problème survient lorsque ce sont les représentants de la force publique qui nous font honte.

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 18 juin 2015 07 h 03

    Questions?

    Ce qui est surtout en cause ici, c'est le bon jugement des policiers. Question normale: ce manque de jugement peut-il se révéler dans d'autre situations vécues par les policiers? Autre question: quelle formation en éthique reçoivent les policiers? Voilà des questions troublantes qu'il faut hélas maintenant se poser.


    Michel Lebel

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 18 juin 2015 11 h 19

    Absurde

    Les policiers vargent sur des manifestants, souvent mineurs, et ce de façon particulièrement arrogantes et brutales depuis le printemps 2012. Il arrive qu'ils fassent usage de force abusive lors d'intervention, qu'ils insultent, qu'ils usent de profilage systématique. On en parle un peu, puis, le bon souci de l'ordre nous rappelle que dans le fond, la populace aime bien le statu quo.

    Et voilà qu'on s'offusque parce qu'ils se déguisent en clown pour des funérailles! Qui est vraiment étonné? Le concept de "servir le public" est donc réellement cru, comme l'immaculée conception ou le désintérêt policitien?