Le vernis de la civilisation

2001, Afghanistan : les talibans font exploser les bouddhas de Bamiyan. 2012, Mali : les djihadistes d’al-Qaïda brûlent des milliers de manuscrits anciens à Tombouctou. 2015, Irak : le groupe armé État islamique détruit la cité antique de Nimrud et le musée de Mossoul. Avec raison, politiciens et médias occidentaux dénoncent la barbarie et l’ignorance dont ces actes témoignent.

Cependant la barbarie est présente aussi en Occident. C’est ainsi que Le Devoir du 16 mai (« Une copie de l’ex-Palais d’été de Pékin est inaugurée », page D3) nous rappelle (ou nous apprend) qu’en 1860, James Bruce, 8e comte d’Elgin, haut-commissaire britannique en Chine, ordonne la destruction du palais d’été et des jardins impériaux, près de Pékin ; à cette occasion, des milliers d’objets précieux sont pillés et dispersés dans le monde. Nous l’avons échappé belle : avant de sévir en Chine, Lord Elgin avait été gouverneur général du Canada-Uni de 1847 à 1854 ; il est vrai qu’il n’y avait pas beaucoup de choses à piller ici à l’époque. Quoi qu’il en soit, sa statue orne encore la façade de l’Assemblée nationale, à Québec.

Le 8e comte d’Elgin avait de qui tenir : son père Thomas Bruce, 7e comte d’Elgin, alors ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, avait vers 1800 pillé l’Acropole d’Athènes et subtilisé 200 caisses de statues et d’éléments architecturaux. Plusieurs de ces pièces se trouvent aujourd’hui au British Museum de Londres, d’où la Grèce espère toujours les rapatrier. Membres de l’aristocratie anglaise, tous deux avaient fréquenté les meilleures institutions britanniques. Comme quoi le vernis de civilisation qui recouvre la barbarie n’est pas très épais.

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