J’enseigne dans un Wal-Mart

La semaine dernière, j’apprenais qu’un Tim Hortons venait d’ouvrir un comptoir express au coeur de la cafétéria du collège Montmorency à Laval. Qui plus est, un Subway ouvrira ses portes aussi dans cette même institution d’enseignement, et ce, dès l’automne 2015, avec la bénédiction de la direction générale. Plusieurs autres cégeps de la province sont dans la même situation.

Quel est le problème ? Nous sommes pourtant dans une société de consommation qui promeut la libre entreprise. Ne devrions-nous pas être heureux de voir des entreprises nord-américaines fleurir chez nous ? Le problème, le voici, en trois volets.

D’abord, un cégep est une institution d’enseignement supérieur, pas d’un centre commercial ni une foire alimentaire. Le but est d’enseigner, pas de vendre des produits. Ce n’est pas comme s’il manquait de magasins à Laval, sur la Rive-Nord ou encore dans notre civilisation occidentale en général, où le nombre de Wal-Mart par habitantdépasse l’entendement.

Ensuite, depuis des années, les médecins, nutritionnistes et politiciens clament haut et fort qu’il y a un problème de surpoids chez les jeunes générations et que les principales causes sont la sédentarité et la malbouffe. A-t-on oublié le bon vieux dicton vantant « un esprit sain dans un corps sain » ?

Enfin, l’envahissement croissant des grandes marques commerciales en milieu scolaire a de quoi laisser songeur quant à la stratégie marketing de la direction du collège Montmorency. Quand est-ce que ça s’arrêtera ? Serai-je obligé d’introduire chacune de mes leçons par la présentation d’un commanditaire, comme à la radio ou à la télévision ? Devrai-je porter des chandails avec des logos de grandes marques ou des publicités ?

Même en tant qu’athée, je peux parfaitement comprendre le mouvement de colère de Jésus contre les marchands du temple. Tim Hortons et Subway vont très bien survivre s’ils ne sont pas sous-traités par la multinationale Chartwells dans notre collège qui doit rester, avant tout, un lieu d’enseignement.

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7 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 11 mai 2015 05 h 52

    Merci monsieur Ménard pour ce courage à dénoncer...

    ..ce que je considère comme totalement ridicule. Je m'imagine étudiant à cet endroit où seront offerts en vente des beignets «excellents pour la santé». Aliments dont j'aimerais voir la liste des ingrédients.
    Pour avoir été amateur-consommateur de malbouffe, j'en connais des résultats. J'ai été malade et j'ai coûté un «bras» aux payeurs de textes et d'impôts du temps. Je porte ma part, non qualifiée et non quantifiée, de responsabilités quant aux faits de ne pas avoir pris «bons soins » de ma santé de l'époque. Je me répète: la malbouffe en a fait partie. Porteur de 71 grisonnants printemps, je suis privilégié d'être en meilleure forme que je ne l'étais à 45. J'y ai reçu aussi beaucoup d'aides et moult mercis j'ai à y formuler. Les établissements que vous citez...je les évite encore que je reçois, à l'occasion , la visite de vieux fantômes de mauvaises habitudes alimentaires.
    Face aux membres du C.A. du collège, je fais la moue et j'en glisse un mot au grand patron de la médecine: le Dr. Barrette à qui je demande ce qu'il en pense ? Puis, pourquoi ne pas en transmettre un «c.c.» au ministre de l'éducation ?
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Eric Lessard - Abonné 11 mai 2015 08 h 27

    Et la nourriture dans ces institutions?

    Moi, j'ai fréquenté un établissement d'enseignement supérieur qui était fréquenté par des milliers d'étudiants et je peux vous dire que la qualité de la nourriture à la seule cafétéria de l'établissement était épouvantable.

    Les hamburgers étaient faits avec de la viande de porc, cuit sur un feu tellement chaud et tellement peu de temps que la boulette était un mélange de viande calcinée et de viande pas cuite. Aucun fast food, à ma connaissance, ne présente une nourriture aussi terrible.

    À cette cafétéria, on y vendait aussi des croissants dont la croute était dure, à un prix qui était trois fois celui de l'épicerie, sans compter qu'il fallait aussi payer les garnitures qui vont avec (beurre, beurre d'arachide, confiture) dans des contenants tellement petits qu'ils doublaient le prix du croissant.

    Je ne suis pas un fan des fast foods, mais la qualité de l'alimentation dans bien des établissements est d'une qualité désastreuse. Sans compter que les étudiants n'ont souvent que 15 minutes entre deux cours, pour aller «dîner», ce qui les oblige à manger sur place et à toute vitesse.

    Alors avant de penser à manger sain et équilibré, il y aurait bien des choses à changer, à commencer par l'horraire des cours, et ensuite offrir une offre un peu plus intéressante de repas.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 mai 2015 12 h 08

      On peut marcher et mâcher de la gomme en même temps m. Lessard.

      Donc on peut s'inquiéter du "fast food" dans les écoles ou cegep et en parallèle, penser faire autrement pour les repas dans les cantines d'écoles et de cegep.

      Les parents devraient s'impliquer dans les suggestions de repas...après tout ce sont leurs enfants qui y mangent.
      Les comités de parents ça n'existent plus?

      Voici une idée en l'air mais au moins je me suis "touillée"...les méninges:
      "Un camion de rue" pour les étudiants ...initié par les parents.
      Ces derniers seraient à même de voir ce que leurs enfants mangent et
      où ils mettent leurs deniers-repas...et il y a aussi les grands-parents qui pourraient être mis à profit...

      Je crois que M. Olivier Ménard a tout à fait raison de s'inquiéter.

  • Louise Melançon - Abonnée 11 mai 2015 10 h 22

    merci, Monsieur Ménard...

    Oui, il faut chasser les vendeurs du temple qui nous envahissent... L'éducation elle-même, les cegeps et les universités sont à l'aune des "affaires" et de l'argent...

  • Yves Corbeil - Inscrit 11 mai 2015 10 h 50

    Pas de frontière à la prospérité économique

    Monsieur le ministre de l'éducation, votre opinion sur le sujet svp. Est-ce qu'on sanctionnent aussi ces chialeux pour refroidire leurs ardeurs sur les progrès créatifs des grands penseurs économique au service du petit peuple qui en redemande en tendant sans cesse l'autre joue.

  • Colette Pagé - Inscrite 11 mai 2015 10 h 59

    Une pente dangereuse !

    De mes yeux vus j'ai constaté que certaines bibliothèques muncipales des États-Unis autorisent l'installation dans leurs locaux de comptoir de fast-food. Se pourrait-il que le Québec souhaite poursuivre dans cette voie sans égard à la vocation de ces maisons d'enseignements et sans égard à la qualité des aliments offerts.

    Mais face à ces initiatives connaît-on l'opinion des Ministres de l'Éducation et de la santé qui pour s'en laver les mains s'en remettront rapidement aux CA de ces institutions.