Le mythe des devoirs à la maison

Pendant toute la durée de ma carrière de 32 ans dans le monde de l’éducation, la pertinence des devoirs à la maison a soulevé des interrogations autant des parents que des enseignants. À cet effet, une récente étude menée par Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, soulève l’argument que « le bon sens fait en sorte que quand on travaille, on ne fait que s’améliorer ».

À mes yeux, quoique le mode de vie ait passablement changé au cours des dernières décennies, l’allégation des parents qui arguent qu’ils n’ont plus le temps de superviser les devoirs à la maison relève d’un abandon injustifiable de la part de ceux-ci, qui ont le « devoir » de suivre l’évolution pédagogique de leurs enfants.

En 2003, lorsque je me suis retiré de l’enseignement au secondaire, je faisais valoir aux parents que leurs enfants avaient suivi quatre cours de 75 minutes durant la journée et que leur premier « devoir » consistait en une lecture des notes de cours qu’ils avaient prises au cours de ces 300 minutes pour assimiler les données qu’ils avaient notées.

À mon sens, il est essentiel qu’un suivi soit établi entre l’école et la maison pour assurer une participation de tous les intervenants, y compris les parents, et cela, dans l’esprit d’une école coéducative, la seule solution valable aux succès scolaires des élèves.

3 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 6 mai 2015 10 h 52

    Devoirs de français pour enfants d'immigrants

    L'Europe, constituée d'états souverains ayant de multiples langues maternelles, a recommandé à ses membres de considérer la langue maternelle des enfants dans l'enseignement au primaire tout en tenant compte de la langue commune. Des études appuyaient cette prise de position.

    Au Québec, on a opté pour la solution inverse (à l'exception des anglophones qui eux, peuvent jouir de l'enseignement dans leur langue). En croyant favoriser l'intégration plus rapide au français, on a préféré ignorer la langue maternelle de l'enfant, et pour nombre d'entre eux, ça signifie être mis en état d'infériorité, avec l'inévitable résultat que ces enfants sont perçus comme ayant des difficultés d'apprentissage. La réalité, c'est qu'on a sacrifié cinq ou six ans d'apprentissage de la base de la communication chez l'enfant et pour celui qui est issu de l'immigration récente, c'est comme le placer dans une situation où il part avec six ans de retard sur les autres. Seuls les plus doués et les mieux encadrés réussiront à rattraper ce retard à la fin du primaire.

    Pour ces enfants placés en situation d'échec par la langue (que les parents ne maîtrisent pas assez bien pour les aider), les devoirs de français pourraient s'avérer utiles, en particulier là où ces enfants participent à des programmes d'aide aux devoirs, et en autant du moins que les devoirs soient choisis en fonction de cette réalité (minimisée par certains) : les enfants doivent apprendre à communiquer en français, une langue nouvelle pour eux. À Montréal, des enfants qui ne parlent que rarement français en dehors de la salle de cours, ce n'est pas si rare, en particulier s'ils ont plusieurs frères et sœurs ne parlant pas français.

    Les devoirs peuvent permettre de faire le lien entre l'école et l'après-école. Si ce lien n'est pas fait, c'est le français qui sera le grand perdant – et l'enfant la principale victime.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 mai 2015 13 h 21

      Il n'y a pas que les anglophones qui jouissent de l'enseignement dans leur langue au Québec; il y a aussi les francophones.

      Et que penser des pauvres immigrants du RoC, oblligés d'apprendre l'anglais?

  • Gilbert Turp - Abonné 6 mai 2015 11 h 17

    S'entraîner à la performance

    Mes enfants ayant été au primaire à une école alternative où ils travaillaient toute la journée, il n'y avait jamais besoin de ramener de devoirs à la maison. Et une fois au Secondaire, puis au Cegep et à l'Université, cela ne leur a aucunement nuit, au contraire.
    Ma femme et moi étions bien contents de nous éviter la corvéee des devoirs qui causaient des tensions familiales considérables chez nombre de nos amis.

    Je n'ai pas de certitude à dce sujet, mais je ne suis pas certain que ramener des Devoirs à la maison soit une bonne chose. Je me demande si ce n'est pas une façon d'entraîner nos enfants à naturaliser la performance, pour le jour où ils devront ramener du travail à la maison quand ils seront sur le marché...