De nation à nations

Bernard Drainville, dans un texte publié le 15 avril dans Le Devoir, nous fait connaître sa vision des relations à entretenir avec les Premières Nations. Ce texte s’intitule : Autochtones : de nation à nations. Il rappelle que l’Assemblée nationale avait adopté le 20 mars 1985 une motion reconnaissant les nations autochtones. Or, selon cette même assemblée, tout comme pour les indépendantistes, les Québécois forment une nation, et tous ceux qui habitent le Québec font partie de cette nation. Un problème de logique surgit ici. Comment le Québec peut-il à la fois former une nation et en contenir plusieurs autres ? S’il en contient plusieurs, les Québécois forment non pas une nation, mais plusieurs nations. Cette situation, qui peut sembler à première vue n’avoir de conséquences que sur la logique des définitions, a en réalité des répercussions politiques que les indépendantistes n’ont jamais cherché à clarifier.

En effet, le droit des Québécois de proclamer leur indépendance viendrait de notre appartenance à une nation. Par contre, qu’en est-il du droit dont disposeraient les nations autochtones de proclamer leur indépendance du reste du Québec advenant une déclaration d’indépendance de la nation « québécoise » ? Lors du référendum de 1995, avant sa tenue, un groupe autochtone avait lui-même tenu un référendum dont le résultat, à plus de 90 %, était qu’advenant que les Québécois déclarent leur indépendance, ils voudraient demeurer au sein du Canada. S’ils sont eux aussi des nations, n’auraient-ils pas le droit de choisir leur destin ? Voilà des questions auxquelles conduit l’existence des nations autochtones au sein de la nation québécoise.

3 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 20 avril 2015 09 h 12

    Question académique ?

    Toute question académique n'a-t-elle pas une solution pratique ?

  • - Inscrit 20 avril 2015 09 h 16

    Un faux problème il me semble.

    Le problème que vous posez semble en effet difficile à résoudre. Mais le droit international, il me semble, exige que la souveraineté d’un État ait un territoire sur lequel habite la nation puisse exercer cette souveraineté.

    Comme le Québec est clairement délimité par des frontière, les peuples qui y résident en font partie de jure et ses frontières seraient évidement celles du nouveau pays. Pour ce qui est des autochtones, le refus d’adhérer à un État qui a son territoire bien délimité ne poserait pas de problème territorial. Les dites population n’auraient qu’à se déplacer dans cet autre État (le Canada), qui lui aussi possède des frontières clairement délimitées..
    Le droit international prévoit le droit de libre déplacement et de choisir son État. La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 (articles 13 et 15) sur la liberté de déplacement et le droit de choisir son pays est aussi affirmé.

  • Sylvain Auclair - Abonné 20 avril 2015 09 h 28

    En effet

    Vous abordez là une importante question de philosophie politique, qui mériterait un un colloque. J'ai abordé la question des Premières Nations dans mon blogue, mais c'était davantage sur le plan stratégique.

    «Avant le prochain référendum, je crois que le mouvement souverainiste a devant lui deux missions importantes et trop longtemps négligées. Premièrement, on doit reprendre le travail de Stéphane Gobeil et documenter, année après année, en remontant aussi loin que possible, l'interfinancement fiscal entre le Québec et le reste du Canada. Trop souvent, l'argument de la péréquation ou de l'assurance-emploi fait taire tout discours souverainiste sur le plan économique, et l'Institut de la statistique du Québec a tourné il y a quelques années les coins très rond en imputant les dépenses fédérales au Québec selon une simple règle de trois. Si l'on arrive à prouver que le Québec perd à rester dans le Canada, il suffira en campagne de répéter inlassablement LE chiffre pour gagner des points.

    Il faudrait d'ailleurs accomplir ce travail avant la prochaine élection fédérale, alors que le Bloc québécois a encore un pied dans la place. Pas besoin d'être au pouvoir pour colliger et analyser des données financières.

    Ensuite, il faut négocier avec les Premières Nations. Il faut certainement discuter aussi avec les communautés culturelles, y compris les anglophones, mais seules les Premières Nations ont le pouvoir juridique, politique et, comment dire, publicitaire de tout faire déraper. Il faut s'entendre avec elles, pour qu'elles restent au moins neutres dans le débat. Et il faut le faire AVANT le référendum. Vu la manière dont ces peuples sont traités dans le RoC, une entente devrait être possible.»