Le droit de vote des femmes au Québec

On s’apprête à célébrer le 75e anniversaire du droit de vote des Québécoises au niveau provincial. On va rappeler à l’envi l’opposition des évêques à ce droit. Soit. Ce faisant, on se trouve à oblitérer le fait que l’ensemble du corps politique a été contre le vote des femmes durant de nombreuses décennies. Tous les votes pris à l’Assemblée législative, de 1922 à 1939, avaient rejeté le suffrage féminin ; on oublie que Wilfrid Laurier, Alexandre Taschereau, Maurice Duplessis étaient personnellement opposés au suffrage féminin ; on ignore qu’en 1918, au moment où le droit de vote avait été accordé aux Canadiennes pour les élections fédérales, pas moins de 19 sénateurs avaient voté pour un amendement qui aurait interdit le suffrage aux célibataires de moins de 30 ans.

L’amendement avait été proposé par L. O. David (l’arrière-grand-père de Françoise David). Il écrivait d’ailleurs en 1926, dans La jeunesse et l’avenir: « Que l’innovation de la femme dans la politique soit plus ou moins acceptable dans certains pays, c’est possible ; mais ici dans notre province, nos destinées nationales et sociales s’y opposent et exigent que rien ne la distraie des devoirs sacrés que la famille lui impose. Or, rien n’a l’effet comme la politique de détourner les esprits du travail ardu, des occupations qui demandent beaucoup de patience, du courage et une application constante de tous les instants. »

Ainsi, on constate que les élites politiques et nationales exigeaient que les femmes soient soumises à la nécessité nationale de leur subordination civile et politique. Le nationalisme a toujours eu du mal à digérer les revendications des femmes.

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