J’ai honte de mon carré rouge

Je me souviens encore du printemps 2012 que nous avons mieux connu sous le nom de printemps érable. J’étais alors étudiant en interprétation théâtrale au cégep de Saint-Hyacinthe. Malgré tous les risques que cela comportait, j’étais allé manifester de bon coeur, car je croyais en notre cause. Et je pense que nous avons su prouver que la grève étudiante n’est pas inutile, mais bel et bien un moyen de pression efficace.

Cette année, la cause a peut-être changé, mais les valeurs sont les mêmes : le gouvernement ne peut pas détruire des acquis que nous avons pris des années à obtenir. Toutefois, à force de se faire matraquer par les policiers et bafouer par certains médias, la colère des étudiants grandit, comme un voile rouge qui nous rend aveugles. Un voile rouge qui ressemble à celui du toréro qui défie sa proie pour mieux l’achever.

Et c’est de cette colère que j’ai honte. Cette colère qui nous pousse à l’acharnement à un point tel que nous violons des principes que nous étions les premiers à réprimander. Les carrés rouges ont toujours dénoncé les étudiants qui ont recours à des injonctions pour retourner en classe. Mais comment se fait-il qu’on empêche d’autres facultés qui ont voté contre la grève d’accéder à leurs cours ? À cela, je réponds : la démocratie doit être la même pour tous, c’est la majorité qui l’emporte.

Or cette majorité, j’ai l’impression que personne ne fait l’effort de l’obtenir. Les carrés verts et les carrés rouges ressemblent à deux pays en guerre qui ne cherchent pas de terrain d’entente. Il ne s’agit pourtant pas ici d’un combat, mais d’un débat sur l’austérité. Nous devons tous accepter des compromis et convaincre les autres de rallier notre cause plutôt que d’utiliser la force pour le faire.

Car lorsque les grévistes refusent d’agir de la sorte, le public donne raison au gouvernement et souvent par le fait même à l’austérité. J’admire l’authenticité dont ils font preuve, mais il faut savoir se battre à armes égales et nuancer ses propos pour rallier la masse. Nous devons faire attention à ce que notre lutte ne se retourne pas contre nous.

Cette année, je n’ai pas ressorti mon carré rouge. Il est malheureusement devenu trop stigmatisé. Pourtant, j’irai avec joie manifester. Je crois simplement qu’il y a autant de carrés différents qu’il y a d’individus.

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6 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 13 avril 2015 06 h 52

    La démocratie ? Mettre le point sur le i et la barre sur le t

    Un cégep ou une université, au Québec, n'est pas une entreprise privée. Ce sont, au contraire, des institutions publiques fortement ou complètement dépendantes des crédits de l'État. Sur de nombreux enjeux, les associations étudiantes n'ont pas la légitimité d'agir contre la démocratie de l'ensemble des citoyens, celle que représente et défend l'État, québécois ou canadien.

    Les étudiants qui participent, le plus souvent en minorité, à des assemblées ont le droit de discuter de tous les sujets qui les intéressent. Et ils peuvent tenter d'infléchir les décisions de l'administration ou du gouvernement en manifestant ou en séchant leurs cours. Mais la «majorité» du sous-ensemble des étudiants réunis en assemblée n'a pas la légitimité de bloquer la tenue des cours ni de contrainde les étudiants qui choisissent d'assister à leurs cours. La dite majorité des étudiants n'a pas la légitimité de s'opposer à la majorité des citoyens du Québec.

    La dite «démocratie étudiante» n'est pas souveraine. Elle est dépendante de la véritable démocratie, celle de l'État, canadien et québécois. Le laxisme, la trop grande tolérance et le manque de rigueur qui caractérisent parfois les Québécois ont permis aux étudiants de croire qu'ils avaient le droit de faire la grève, c'est-à-dire de contraindre l'ensemble des professeurs et étudiants. Il n'en est rien et il est temps de rétablir l'ordre sur les campus.

    • Marc Davignon - Abonné 13 avril 2015 10 h 59

      C'est le peuple qui est souverain, dans une démocratie! Alors! Peu importe si vous êtes mécanicien, médecin ou étudiant ou même sans-emploi, vous êtes de ce peuple.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 avril 2015 12 h 06

      J'imagine que vous êtes aussi contre les grèves ouvrières, alors.

  • Cyr Guillaume - Inscrit 13 avril 2015 07 h 32

    Vous avez bien raison M.Rondeau

    D'autant plus que je doute de ces encagoulés aussi! Ils ne sont surement pas tous étudiants.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 avril 2015 11 h 22

      Vous pensez que ce sont des policiers?

  • Pierre Bernier - Abonné 13 avril 2015 11 h 14

    L'épaisseur du réel !

    Génération après génération les individus n'ont-ils pas à reconnaître les composantes de l'épaisseur de la réalité ?

    Y compris, ici, que l'action collective structurante a ses conditions ?

    L’agitation ne pouvant tenir lieu de raison dans la durée, la valeur première d’une société démocratique mature confie, pour une période donnée, la définition de l'intérêt général à la puissance collective établie dans le respect de règles.

    De même est toujours réservé qu'à celle-ci le pouvoir ultime de contraindre.

    Encadré par la règle de droit, le fait de ces prérogatives ne met-t-il plus surement l'ensemble d'une société à l’abri des caprices inhérents à tout pouvoir autoproclamé ?