Élargir la consigne, c’est jeter nos efforts à la poubelle

Ces jours-ci, certains proposent de consigner les bouteilles de vin et de forcer les citoyens à se déplacer pour les rapporter plutôt que de simplement les mettre dans leur bac. Quelle mauvaise idée ! À titre de gestionnaires de centres de tri et d’entreprises de traitement des matières recyclables, nous nous opposons fermement à ce qu’on retire tout contenant du bac. La raison est simple : nous avons besoin de cette matière pour faire fonctionner nos entreprises et financer nos investissements. Nous avons consacré d’importants efforts et des sommes considérables afin de moderniser nos installations et de trouver des débouchés pour le verre et le plastique. Et nous avons réussi ! Élargir la consigne est une fausse solution à un problème en voie de se régler. Aujourd’hui, on peut microniser le verre pour remplacer une partie de ciment dans le béton, confectionner des dalles décoratives, l’utiliser pour les jets de sablage, s’en servir en filtration pour les piscines, etc. Des efforts semblables ont aussi permis des applications innovantes à partir de plastique recyclé.

Avant d’improviser un dédoublement de structures hasardeux qui compliquera la vie de millions de citoyens et coûtera les yeux de la tête, est-il trop demandé de prendre en considération nos efforts et ceux de nos employés ? Nous créons de bons emplois dans les régions du Québec. Nous investissons dans la recherche et l’innovation. Nous sommes de fiers représentants de l’économie verte et de la créativité des gens d’ici. Nous avons trouvé de nouveaux débouchés pour les matières que les citoyens mettent dans leur bac. Nous méritons mieux que de voir nos efforts jetés à la poubelle par des gens qui n’ont pas encore présenté une seule étude d’impact pour documenter leur proposition. Ils ont le fardeau de la preuve : où seront situés leurs nouveaux centres de dépôt ? Combien y en aura-t-il ? Qui gérera les nuisances ? À quel coût ? Qu’arrivera-t-il de nos investissements ? De nos emplois ? Il serait bien que le gouvernement exige des réponses à ces questions avant de s’aventurer à l’aveuglette en terrain inconnu. Et mieux encore, qu’il soutienne les efforts d’entreprises qui croient et investissent dans le développement d’une économie verte, en renforçant l’approvisionnement en matières recyclables.

11 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 11 avril 2015 06 h 21

    Consignes contre-productive

    J'ai toujours considéré que la consigne est contre-productive dans bien des cas. C'est le cas en particulier pour les contenants en verre, en plastique ou en métal.

    Maintenant, la récupération des matières se fait à peu près partout dans des bacs dont le contenu est concentré dans des centres de tri et les gens ont pris l'habitude d'y déposer leurs déchets recyclables. Par rapport à la consigne, tout ce tri se fait au même endroit de façon beaucoup plus efficace et économe en travail, transport et énergie que par la consigne.

    Quant au verre, il est fabriqué à partir du sable qui est une des matière première la plus répandue sur la surface de la terre. Il est beaucoup plus coûteux sur le plan environnemental de récupérer le verre par la consigne des bouteilles de vin dans le but de les réutiliser telles quelles, plutôt que les pulvériser pour en disposer autrement.

    Avec les systèmes de collecte de déchet actuel, on devrait éliminer la consigne non seulement sur les contenants en verre, mais également sur les contenants en plastique et en métal qu'on déposerait directement dans les bacs de récupération, chose qu'un grand nombre de gens font déjà de toute façon.

  • Pierre Bernier - Abonné 11 avril 2015 08 h 20

    Difficile de regarder l'avenir ?

    Chose certaine, élargir la consigne est "totalement" une fausse solution.

  • Hélène Paulette - Abonnée 11 avril 2015 08 h 53

    Je suis perplexe...

    Je croyais que les récupérateurs se plaignaient du verre brisé qui pollue les autres matières récupérables...

    • Bernard Terreault - Abonné 11 avril 2015 09 h 58

      Moi aussi, perplexe. L'entreprise qui recyclait le verre à un km de chez moi à Longueuil a fermé et on dit par ailleurs que le verre s'empile dans les centres de recyclage sans trouver preneur. QUI DIT VRAI?

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 12 avril 2015 18 h 38

      Merci , je l'ai lue mais cela ne fait comme réaction que de ne plus savoir qui croire....

    • Raymond Labelle - Abonné 12 avril 2015 22 h 34

      On pourrait l'utiliser massivement pour faire du ciment. Le ciment produit à partir du verre est meilleur, coûte moins cher, et il s'agit donc d'une entreprise rentable. Mais l'État préfère subventionner à grands frais Port-Daniel...

      En produisant ce ciment en plus grande quantité, on utiliserait davantage de ce verre.

      Mais là, avec tout l'argent que les gouvernements (aussi bien péquiste que libéral) ont investi dans Port-Daniel, peut-être ne voudront-ils pas trop concurrencer cet éléphant blanc (projet futile) et noir (très polluant).

      Ce qui ne peut être recyclé pour faire des bouteilles destinées à la consommation peut peut-être l'être pour faire du ciment. Je ne suis pas un expert, mais la vie doit être dure pour les bactéries dans le processus.

  • Gilles Gagné - Abonné 11 avril 2015 14 h 40

    Ce que j'en comprends

    c'est que les protagonistes ont un pont à établir entre eux mais nous sommes à l'ère désagréable des dogmes. La population est devant ses bacs et ne sait plus trop: recyclage, bac brun ou poubelle? Quand les discours divergent parmi les spécialistes où loge donc la raison.