UQAM 2.0

Depuis sa fondation, il y a plus de 40 ans, l’UQAM s’est fait remarquer pour sa démocratie participative, son sens de l’innovation, le développement d’une grande expertise de recherche en sciences humaines et d’une grande expertise, moins bien reconnue au Québec qu’à l’international, de recherche en sciences et en mathématiques. En ce court laps de temps, elle est devenue une université publique de premier plan, ouverte sur la société et préoccupée de mettre son expertise au service de celle-ci. Il y a vraiment de quoi se péter les célèbres bretelles québécoises.

Or, ces derniers temps, l’UQAM se fait plutôt remarquer pour son empressement à être la première université à mettre en oeuvre la douteuse recommandation ministérielle prônant l’expulsion quotidienne d’un « quota » d’étudiants récalcitrants, et ce, avant même l’annonce officielle de cette recommandation par le ministre. Il en a été amplement question dans les journaux ces derniers temps. Moins bien couvert par les médias est le fait que l’administration de cette UQAM 2.0 entend adopter une attitude tout aussi autoritaire (mais d’un autre ordre) envers ses professeurs. En effet, dans les négociations en cours pour le renouvellement de la convention collective de ceux-ci, l’administration souhaite fermement limiter cette démocratie participative qui a longtemps été sa marque de commerce et diminuer grandement la capacité d’initiative des professeurs.

Plutôt que de considérer les professeurs comme les principaux responsables de la mise en oeuvre de la mission de transmission et de développement des connaissances, elle s’acharne à vouloir n’en faire que de simples employés à qui l’on dicte la façon de faire leur travail. Pour certains, cela peut sembler aller de soi de la part d’une administration, mais dans le contexte universitaire, cela a pour effet de remplacer l’incroyable dynamisme et la diversité de l’imagination de 1200 chercheurs, créateurs, professeurs, par celle forcément plus étriquée d’une poignée de « grands » gestionnaires. Bref, l’UQAM 2.0 qu’on semble vouloir mettre en place, c’est plutôt l’université de l’austérité intellectuelle. Un humoriste mal intentionné pourrait presque y voir une certaine influence des propos récents du fameux maire saguenéen : Jean Tremblay.

4 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 8 avril 2015 10 h 11

    UQUAM (101 ?)

    Protéger et promouvoir la « liberté universitaire » ne constitue-t-il pas la principale responsabilité des organes directeurs et des hauts dirigeants de tout établissement universitaire ?

    Les recteurs des universités ne doivent-t-ils pas assumer un rôle de leadership en communiquant aux intervenants internes et externes les valeurs associées à la liberté universitaire au sein de l’établissement et les conditions retenues pour l’observation des standards proclamés ?

    Ces dirigeants, désignés dans le respect des "règles" ?, ne doivent-ils pas également veiller à ce que la notion de liberté universitaire ne soit pas interprétée de manière trop étroite, ou au contraire trop large, afin d’éviter les dérives que cela pourrait engendrer ?

    Les universités ne doivent-elles pas en outre veiller à ce que les droits et libertés de chacune des parties prenantes (professeurs et étudiants) soient respectés et que la « liberté universitaire » soit exercée de manière rationnelle et effective ?

    Dans ce cadre, les professeurs ne doivent-ils pas respecter les normes éthiques les plus élevées qui soient dans leurs activités aussi bien d’enseignement que de recherche ?

    Notamment, les professeurs, comme les dirigeants universitaires, doivent-ils être soucieux à ce que les « partenariats » conclus en matière de financement ou d’implications sociales, idéologiques ou religieuses n’imposent pas de pressions indues sur le travail intellectuel de l’université ?

    Dans cette perspective, professeurs et dirigeants universitaires ne doivent-ils pas s’assurer que, dans leurs relations avec les étudiants, les droits de la personne soient respectés, et inciter les étudiants à poursuivre leurs « études » dans le respect des principes de liberté universitaire ainsi comprise ?

    Bref, l’UQAM peut-elle, dans la durée, « se faire remarquer » aussi pour l’observance de ces standards minimaux, communs aux établissements universitaires justifiés de rayonner pour les bonnes raisons ?

  • Monique Bisson - Abonné 8 avril 2015 10 h 21

    Non à l'austérité intellectuelle!

    Monsieur Bergeron,

    La situation que vous décrivez à l'UQAM s'apparente dangereusement à ce que nous avons vécu, au début des années 2000, dans la fonction publique québécoise, à savoir la technicisation du travail des professionnelles et professionnels, et ce, dans des domaines variés.

    Il est vrai que pour certaines personnes, trop nombreuses dans le gouvernement actuel, il est extrêmement dangereux de laisser place à la collégialité, à la démocratie participative, à l'initiative, bref à la réflexion pure et simple avant de passer à l'action.

    Votre expression « austérité intellectuelle » est malheureusement criante de vérité et qualifie de manière on ne peut plus juste ce qui se passe actuellement au gouvernement, dans nos collèges et universités et, bien sûr, dans le milieu de la santé.

    Monique Bisson, Gatineau

    • Maurice Poulin - Abonné 8 avril 2015 10 h 53

      Parfaitement d'accord avec l'ensemble de vos commentaires, et pour M Bergeron et pour vous.
      À vous lire, cela me donne encore espoir. Merci.

  • Gilles Gagné - Abonné 8 avril 2015 10 h 33

    Ceux qui nous "dirigent" se sont rendus à l'évidence qu'il était rentable pour eux de former des idiots utiles comme le suppose M. Delorme dans une autre lettre ce matin. Il faut continuer de dénoncer cet acharnement néo-libérale, on ne peut que souhaiter d'autres interventions comme la vôtre dans tous les milieux essentielles à l'implication de la population en général.