Prostitution: l’illusion du consentement

Je suis outrée devant mon journal en ce jeudi matin. Comment Le Devoir a-t-il pu faire une série sur le consentement sexuel dans la foulée de la vague de dénonciations des agressions sexuelles et trouver le tour de positionner la prostitution comme un simple choix ? Les « travailleuses du sexe, des professionnelles du consentement » (« Vendre son “oui”», Le Devoir, 5 mars) ! J’ai la berlue ou quoi ? Et je pense aux femmes avec qui je travaille au quotidien et qui sont piégées dans cette industrie et vivent avec le stigma de « c’est toi qui l’as choisi, ma grande ». La majorité, oui la majorité, des femmes dans la prostitution souhaitent en sortir. Cela en dit long sur le « pouvoir » qu’elles ont. Vous participez à la banalisation de la violence sexuelle. Je n’étais déjà pas convaincue du bien-fondé de votre série en voyant l’article de mercredi… Mais là, je vois que le consentement semble se limiter à la responsabilité des femmes de savoir « négocier ». Y aura-t-il une réflexion sur l’autre partie du consentement, c’est-à-dire le devoir de respecter le droit de dire non des femmes, puisque c’est bien plus souvent de cela que les femmes se plaignent ? Pour la prostitution et ses joies… vous pouvez nous contacter.

Diane Matte, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle
Le 5 mars 2015

Réponse de la journaliste Catherine Lalonde

Si l’on a beaucoup entendu et lu, dans nos pages comme ailleurs, qu’il fallait respecter indéniablement le droit des femmes de dire non (la présentation des articles rappelait d’ailleurs ce fait), peu a été dit sur pourquoi, en 2015, il semble encore si difficile d’appliquer ce concept. La série sur le consentement cherche à démontrer la complexité du sujet et à réfléchir sur l’intégration des stéréotypes, des positions de pouvoir historique, de l’aliénation et des « modèles » féminins et masculins. L’entrevue d’Anna-Aude Caouette nourrit la réflexion. Le fait qu’elle considère la prostitution comme un choix n’empêche pas d’autres d’y être prises au piège. Et le fait que des prostituées veuillent se sortir du marché du sexe n’empêche pas Mme Caouette d’avoir droit de cité.

À voir en vidéo