Femmes et médecine

Je suis en troisième année de résidence en médecine interne, donc ma huitième année d’étude universitaire. Jusqu’à présent, j’adore mon métier dans tout ce qu’il comporte. Ce que je préfère, c’est le contact privilégié avec les personnes que je rencontre au quotidien.

Au premier abord, je suis souvent prise pour l’infirmière, la nutritionniste, ou la physiothérapeute, mais les choses sont rapidement mises au clair. Parfois, je reçois des commentaires sur mes yeux ou mes cheveux, sur mon âge, par des hommes comme par des femmes. J’imagine que mes collègues hommes aussi. En tant que femme médecin, je me sens traitée avec respect par mes patients.

Pendant ma formation médicale, on écoutait les idées des étudiantes autant que celles des étudiants. Au cours de nombreux stages, j’ai rencontré des patronnes qui géraient des services d’hommes et des patrons qui géraient des services de femmes. J’ai vu des services entièrement constitués de femmes et d’autres, uniquement constitués d’hommes. Un chirurgien cardiaque m’a dit que la chirurgie n’était pas une profession de femmes et une chirurgienne pédiatrique m’a dit que la chirurgie était une profession pour tout le monde. Des médecins hommes se sont dépêchés de partir pour aller chercher leurs enfants, et des médecins femmes ont remplacé leurs collègues en congé de maternité.

Bref, pour une femme, la profession médicale est loin d’être ce qu’elle était il y a quelques décennies, lorsque les premières pionnières frayaient le chemin aux centaines de femmes qui deviendraient plus tard étudiantes en médecine. Ces femmes à qui l’on pinçait les fesses, ces femmes que l’on insultait. Ces femmes qui devaient crier plus fort que tous les hommes afin d’être entendues. Ces femmes que l’on méprisait parce qu’elles étaient des femmes qui osaient vouloir devenir médecins.

Ce vendredi 27 février, j'ai été profondément indignée par les propos de Mme Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme, à l’égard des femmes médecins.

Avec la féminisation de la profession médicale, ce « petit groupe de femmes à revenu élevé » constituera dans les prochaines années l’essentiel du système de santé. Petit groupe de femmes qui se donnent corps et âme à leurs patientes et patients vulnérables, parfois même au détriment de leur santé et de leurs proches.

Merci donc au Conseil du statut de la femme pour sa misogynie ouverte à l’égard de toutes ces femmes médecins qui, par leur profession même, participent au mouvement progressiste d’égalité entre les sexes.

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