Une action qui refuse sans appel l’intolérable

J’ai annoncé ma démission du CSSS Jeanne-Mance et mon départ de la région de Montréal, en vigueur le 1er juin 2015, pour des raisons familiales — que je réserverai pour mes proches — et pour retourner vivre dans ma région natale, raisons les plus louables qui soient et qui se placent au sommet de toutes mes priorités et valeurs.

Du même coup, j’ai résolu de me créer d’autres horizons que le chemin brumeux, ténébreux et parsemé de « check points » bureaucratiques dans lequel le ministre de la Santé, Monsieur Gaétan Barrette, force les médecins de famille et autres professionnels de la santé à s’engager sous le bâton, la menace, la manipulation et le mépris, au sein du régime d’assurance maladie du Québec.

Aller au-delà de la RAMQ peut sembler une action radicale, j’en conviens, mais c’est une action qui s’inscrit après l’échec de la nuance et des tentatives de dialogue avec cet inébranlable ministre, face aux projets de loi et aux manières extrêmes, unilatérales de ce gouvernement. Mon échelle de valeurs ne tolère aucunement la dictature, le mépris, la dévalorisation, la manipulation, ni l’atteinte à la dignité professionnelle et personnelle venant d’instances qui détiennent les plus hautes fonctions d’autorité et qui représentent la population. Je ne souhaite pas que l’on tolère un tel manque de savoir être dans notre société, ni n’en cautionnerai jamais les manières par quelque collaboration ou travail que ce soit au sein d’un tel régime. J’exige le dialogue, la collaboration, la confiance et le respect pour travailler dans toute organisation et avec toute personne. Ce sont des conditions fondamentales et des principes d’intégrité que je défends avant toute chose et avant tout engagement, dans la société entière.

C’est par sentiment du devoir élémentaire, du respect de ces valeurs fondamentales que je m’éloigne de ce régime, une action qui refuse absolument et sans appel les manières de ce gouvernement. Actions speak louder then words, dit-on en anglais. Je suis de ceux qui écrivent à voix haute, mais qui agissent en silence. Cette lettre sera ma seule intervention médiatique, je réserverai le détail de mes explications à mes patients et à mes proches collaborateurs.

Entendons-nous bien, toutefois. Je continuerai à travailler pour le bien commun de la société, qui dépasse largement les frontières de la RAMQ ou d’un ministère et la courte vision imposée par un seul homme. J’ai la ferme conviction qu’il est possible d’innover et d’être socialement responsable sans être soumis à la RAMQ, et sans être l’instrument politique d’un sophiste. Les préoccupations que j’ai pour les démunis, la santé mentale et l’itinérance n’ont pas de frontières, certainement pas celles — toujours plus bureaucratiquement innovatrices — établies par le ministère de la Santé et son potentat.

« Si vous n’êtes pas heureux en CLSC, allez ailleurs et libérez-vous », écrivait sur Twitter, au lieu d’offrir son aide, le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec qu’a élu la population et qu’a nommé notre premier ministre, tout juste après avoir répondu « BS » à un médecin de famille, le méprisant d’un coup de sa sale rhétorique. Seul un congédiement immédiat de ce grossier ministre pourrait désormais rendre les médecins de CLSC un peu plus heureux et les laisser retrouver l’espoir de recevoir le soutien de l’État pour rendre des soins plus accessibles, humains et de qualité aux patients.

En me recentrant vers ma famille, en retournant vivre dans ma région natale, de même que par ma dissidence face à cet intolérable régime, je n’abandonnerai pas mes patients montréalais. Je les confierai à d’autres médecins plus extraordinaires que moi, à ceux qui auront le courage de continuer à exercer sous ce régime qui les dénigre quotidiennement depuis l’élection de ce gouvernement. Je souhaite le meilleur pour mes collègues, pour mes patients et pour les autres professionnels de la santé du système public. Je continuerai à les soutenir de tout mon coeur, autrement.

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2 commentaires
  • Daniel Lemieux - Inscrit 28 janvier 2015 15 h 29

    Se désengager de la RAMQ, un geste égoïste

    Si je vous comprends bien, Dr Demers, vous vous libérez du carcan de la RAMQ pour pratiquer la médecine à votre guise, selon votre vision du monde, comme tout travailleur autonome qui décide de ses choix de carrière.

    Ce faisant, vous n'aidez pas la cause de la caste des médecins, que la population considère « privilégiée » et en situation d'autorité abusive. Le beurre et l'argent du beurre, quoi.

    Vous êtes jeune (diplômé en 2004) et déja, vous optez pour la médecine « à deux vitesses » ? Sans doute par pudeur, vous ne dites pas clairement que vos patients devront débourser de leur poche pour vous consulter, que vous pratiquerez dorénavant la médecine au privé.

    Faudra-t-il plus tard tenter de vous faire revenir vers le public en vous proposant de généreuses allocations pour constituer un GMF en région ?

    À votre place, je comprends que vous vous gardiez une p'tite gêne ...

    • Gaetane Derome - Abonnée 29 janvier 2015 00 h 47

      Remerciez plutot notre diplomate ministre de la sante qui invite les medecins a " allez ailleurs"...au lieu de negocier a propos du PL20.