Lettre au ministre Barrette

Cher Dr Barrette,

Le débat sur les heures travaillées des médecins me fait bien rire. Je travaille en moyenne de 45 à 50 heures par semaine, sans compter la garde assumée une semaine sur quatre, et sans compter la recherche (je fais aussi de la recherche). Mais vous voulez que je travaille plus ? Avec grand plaisir ! Voyez-vous, j’adore mon travail. Contrairement aux médecins qui se lancent dans une carrière administrative ou politique, j’entends pratiquer la médecine et offrir des soins aux patients jusqu’à la retraite, et ainsi maximiser l’investissement que l’État m’a accordé en soutenant mon entraînement.

Donc, vous voulez que j’augmente ma cadence ? D’accord, j’en serais ravi… Et ça tomberait bien, car j’ai de plus en plus de patients sur ma liste d’attente… Donc, vous allez améliorer mon accès au bloc opératoire avec tout ce que cela implique, j’imagine ? En tant que chirurgien, il m’est bien difficile, sans cet accès, de faire mon travail. Vous allez faciliter l’accès de mes patients aux examens pré-opératoires ? Vous allez aussi faciliter la mise en place de plateaux techniques spécialisés, pour que je puisse offrir des soins de calibre à mes patients ? Le seul indicateur de performance considéré dans votre discours semble être le volume de patients pris en charge… donc la quantité. Mais la qualité, elle ? Nos plateaux techniques sont désuets et sous-équipés. L’accès à ces lieux est de plus en plus problématique. La politique du « saupoudrage » prévaut au nom de l’accès à proximité des patients, pendant que la désorganisation mine l’enseignement et la recherche médicale, avec pour résultat qu’on nivelle tout vers le bas. Il faut créer des équipes et des centres d’excellence, sur des thèmes ciblés, et ainsi permettre à ces équipes de rayonner de par le monde. Il faut diriger les patients vers ces centres d’excellence en fonction de leurs problèmes de santé dans un flux clair et concis. Des indicateurs multiples doivent être considérés dans un effort de réorganisation du système en tenant compte, non seulement du volume de patients traités, mais aussi de la qualité des actes posés. Cessons de débattre dans le vide et mettons fin à cette farce… Une mentalité de chaîne de montage ne peut s’appliquer à la pratique médicale.

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