Lettre au ministre Barrette

Cher Dr Barrette,

Le débat sur les heures travaillées des médecins me fait bien rire. Je travaille en moyenne de 45 à 50 heures par semaine, sans compter la garde assumée une semaine sur quatre, et sans compter la recherche (je fais aussi de la recherche). Mais vous voulez que je travaille plus ? Avec grand plaisir ! Voyez-vous, j’adore mon travail. Contrairement aux médecins qui se lancent dans une carrière administrative ou politique, j’entends pratiquer la médecine et offrir des soins aux patients jusqu’à la retraite, et ainsi maximiser l’investissement que l’État m’a accordé en soutenant mon entraînement.

Donc, vous voulez que j’augmente ma cadence ? D’accord, j’en serais ravi… Et ça tomberait bien, car j’ai de plus en plus de patients sur ma liste d’attente… Donc, vous allez améliorer mon accès au bloc opératoire avec tout ce que cela implique, j’imagine ? En tant que chirurgien, il m’est bien difficile, sans cet accès, de faire mon travail. Vous allez faciliter l’accès de mes patients aux examens pré-opératoires ? Vous allez aussi faciliter la mise en place de plateaux techniques spécialisés, pour que je puisse offrir des soins de calibre à mes patients ? Le seul indicateur de performance considéré dans votre discours semble être le volume de patients pris en charge… donc la quantité. Mais la qualité, elle ? Nos plateaux techniques sont désuets et sous-équipés. L’accès à ces lieux est de plus en plus problématique. La politique du « saupoudrage » prévaut au nom de l’accès à proximité des patients, pendant que la désorganisation mine l’enseignement et la recherche médicale, avec pour résultat qu’on nivelle tout vers le bas. Il faut créer des équipes et des centres d’excellence, sur des thèmes ciblés, et ainsi permettre à ces équipes de rayonner de par le monde. Il faut diriger les patients vers ces centres d’excellence en fonction de leurs problèmes de santé dans un flux clair et concis. Des indicateurs multiples doivent être considérés dans un effort de réorganisation du système en tenant compte, non seulement du volume de patients traités, mais aussi de la qualité des actes posés. Cessons de débattre dans le vide et mettons fin à cette farce… Une mentalité de chaîne de montage ne peut s’appliquer à la pratique médicale.

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15 commentaires
  • Jacques Beaudry - Inscrit 17 janvier 2015 08 h 00

    Et v'lan en plein dans la face

    J'ai aimé lire votre commentaire

  • Raymond Turgeon - Inscrit 17 janvier 2015 10 h 13

    Et toc!

    Bravo! J'invite vos pairs à immiter votre intervention; il n'y a tout de même plus de trois médecins au Québec.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 17 janvier 2015 12 h 49

      Correction: Il y a...

      RT

  • Pierre Bernier - Abonné 17 janvier 2015 10 h 34

    Mais la "qualité", elle ?

    La "qualité" n'est-t-elle pas d'abord la résultante des ressources intellectuelles, matérielles et techniques disponibles, mobilisées en temps opportun ?

    Reste qu'à l'échelle d'une société, la "qualité" de tout service public ne comporte-t-elle pas une composante quantitative indéniable ?

    Ce facteur "qualitatif" n'est-il pas d'abord fonction du volume de la demande exercée par les citoyens dotés de droits et dont la situation le justifie ?

    Et non pas que tributaire des choix personnels, pratiques ou habitudes adoptées dans un contexte différent, des agents jugés compétents pour en assurer l'offre et la fourniture ?

    • Gaetane Derome - Abonnée 18 janvier 2015 15 h 50

      M.Bernier,

      En medecine cela depend ou vous travaillez.Bien sur qu'a l'urgence ou dans une clinique sans rendez-vous,la quantite devient importante.Mais si vous voyez un patient au bureau le temps accorde a celui-ci devient important car le temps peut etre therapeutique et souvent bien plus qu'une prescription.
      Tant qu'a l'auteur ci-haut il est chirurgien,il est assez evident que sans salles de chirurgie ou plateaux techniques disponibles il ne peut operer.Donc,sa liste d'attente s'allonge et ce bien malgre lui.

  • Colette Pagé - Inscrite 17 janvier 2015 11 h 00

    Attention danger : un Ministre qui sait tout et qui ne veut rien lâcher !

    Rien de tel pour comprendre une problématique que du concret livré par des praticiens qui démontrent à l'évidence qu'au delà du changement des structures si cher au Ministre de la santé de nombreux problémes demeurent, problémes concrets affectant directement le patient laissé pour compte dans les projets de Loi du Ministre de la santé. Pendant que le Ministre évoque la paresse des médecins et qu'ils les indisposent par son discours polémiste les urgences sont débordées et la grogne s'installe dans le réseau.

  • Chantal Bédard - Inscrite 17 janvier 2015 11 h 21

    La boîte de Pandore

    Lisez ceci Dr. Fortin. http://www.csssvc.qc.ca/telechargement.php?id=907

    Vous verrez que les moyennes ne livrent pas toutes leurs secrets. En voici un très gros. Cette analyse a été faite en 2011 à partir des résultats d'un sondage mené directement auprès des médecins de la Capitale nationale; ses données ne souffrent donc d'aucune déviance ministérielle. Vous y verrez que vos collègues les plus âgés travaillent très fort - comme vous, de toute évidence - et que vos collègues les moins âgés travaillent beaucoup moins fort. Vous y découvrirez qu'en termes d'heures travaillées, deux (2) jeunes médecins seront nécessaires pour remplacer chaque médecin (1) qui partira à la retraite prochainement. Vous y découvrirez aussi qu'en termes de nombres de patients suivis, trois (3) jeunes médecins seront nécessaires pour remplacer chaque médecin (1) qui partira à la retraite prochainement. Vos collègues moins âgés font beaucoup d'ombre à votre engagement auprès du ministre. Vous devriez leur parler de la nature particulière de votre profession. Cela semble manquer à leur formation.

    C'est cette boîte de Pandore qu'a ouverte le Dr. Barrette. Il était grand temps.

    Chantal Bédard
    Québec

    • Gaetane Derome - Abonnée 17 janvier 2015 16 h 38

      Mme Bedard,

      Le lien que vous nous offrez est un rapport concernant les medecins de famille de la Capitale Nationale.Les jeunes omnipraticiens se doivent de faire des AMP(activites medicales particulieres) en etablissement et donc consacrent moins d'heures a leurs bureaux que les plus ages.Les AMP et PREM sont obligatoires pour les jeunes medecins depuis les annees quatre vingt dix.
      Il est assez etrange de constater qu'il y a moins de patients orphelins et plus d'accessibilite en Ontario,la ou il n'y a pas d'AMP obligatoires...

    • Gérard Pitre - Inscrit 17 janvier 2015 19 h 13

      Chantal Bédard. Est-ce avec des sondages et des statistiques que l'on règle le problème de la surcharge de travail dans les hôpitaux, ainsi que dans l'éducation. À un sondage et aux statistiques ont peut leur faire dire n'importe quoi. Ce qui compte ce n'est pas le nombre de patients vus et traités, ce qui compte c'est la qualité des soins dont le patient a besoin. J'ai travaille pendant 15 ans comme préposé de 68 à 83 et je sais très bien comment ça se passe actuellement, alors qu'à ce moment-là, malgré les problèmes auxquels on était confrontés, ça allait relativement bien. Si vous ne le savez pas, sachez qu'un département de neuro-chirurgie de 30 patients est beaucoup plus difficile et demande plus de soins qu'un département d'orthopédie, de chirurgie ou de médecine de 65 patients comme j'ai connus lorsque j'étais dans le réseau. Allez y voir et vous verrez que s'il arrive que certain donne l'impression de se ronger les pouces, il y a loin de la couple aux lèvres entre la réalité et l'immagination. Travailler aujourd'hui dans le réseau de la santé est devenu un enfer, jamais de ma vie je n'y retournerais même pas pour deux fois le salaire. Gérard Pitre