Donner du pouvoir au français!

Au Québec, il faut s’en désoler, on donne de plus en plus de pouvoir à l’anglais, prétextant qu’elle est la langue dominante dans le monde. On lui attribue un pouvoir d’attraction, voire de séduction. Par exemple, sur le plan de la chanson, on constate, depuis une quinzaine d’années, un nombre incessant d’auteurs-compositeurs de langue française qui créent des albums en anglais.

Et, pour des albums francophones, on choisit même parfois des titres en anglais pour des chansons écrites en français. Un titre en anglais, ça accroche plus qu’en français ? Sur le plan sportif, de nombreuses compétitions se déroulant au Québec portent des noms en anglais.

Pourtant, le français est la cinquième langue parlée dans le monde avec ses quelque 274 millions de locuteurs. Ce n’est pas rien ! Le français serait même en progression sur tous les continents. Mais force est de constater qu’au Québec cette langue tend à régresser. On le constate de visu à Montréal, mais aussi une tendance se dessine dans les régions également.

Il s’agirait peut-être de donner plus de pouvoir de séduction au français sur notre territoire, question de montrer à la face du monde que nous sommes fiers d’être des francophones d’Amérique. Faudrait peut-être mettre l’accent là-dessus !

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 6 janvier 2015 12 h 42

    Culture d'abord, langue ensuite

    L'identité linguistique peut-elle exister sans identité culturelle ?

    Le français québécois, sans être aussi catastrophique que certains le prétendent, s'apparente davantage à de l'anglo-américain traduit qu'à une langue porteuse d'une identité bien définie. Au Québec, parle-t-on français ou simplement Google Translation ?

    Avant de répondre à une telle question, il faut plutôt s'en poser une autre : avons-nous une identité qui nous soit réellement propre ou sommes-nous aux mamelles de la culture anglo-américaine, une culture dont les acteurs ont su prendre le contrôle des médias qui en assurent la diffusion afin de tenter de dominer le reste du monde.

    Admis le fait que la langue est le support d'une culture, le pouvoir de séduction de notre langue pourra-t-il exister sans le pouvoir de séduction de notre culture ? Or, nous avons un problème avec notre identité culturelle.

    Posons-nous la question : comment les États-Uniens en sont-ils arrivés à dominer ainsi une partie du monde ? Une hypothèse nous envahit l'esprit : la culture américaine ne serait-elle pas autre chose qu'une grosse éponge non stérilisée ?

    Prenons la musique (populaire) et remontons aux années 50, à la naissance du rock, un monde musical mélangeant une musique noire et une autre folklorique. Le rock 'n' roll a séduit, alors que les styles dont il s'est inspiré ne sortait pas aussi bien des frontières. Arrivent les années 60 et là, c'est l'explosion. Sauf que la dynamite n'est pas américaine : elle est anglaise (Rolling Stones, Led Zeppelin et bien sûr, le rock guimauve des Beatles car on peut aussi séduire les matantes). Les frontières ont sauté et le rock a conquis toute une jeunesse – qui allait vieillir par la suite sans renoncer à sa jeunesse. Et malgré la dominante anglophone, le rock n'était pas qu'unilingue. Il est resté éponge, absorbant ci et là tout ce qui pouvait contribuer à enrichir la grosse machine qu'il était devenu.

  • Jean Richard - Abonné 6 janvier 2015 13 h 06

    Culture d'abord, langue ensuite (2)

    Le rock a probablement absorbé puis métissé des dizaines de cultures musicales pour en restituer quelque chose capable de conquérir le monde. Le rock n'a pas fermé la porte à d'autres langues.

    Quelques questions en parallèle

    Le rock n'a jamais exclu la diversité linguistique. Or, pourquoi au Québec, ce qu'on a presque réussi dans les années 70, semble-t-il aujourd'hui devenu impossible ? Pourquoi les jeunes issus des bandes de garage se sentent-ils obligés de passer à l'anglais ? Serait-ce qu'ils ne comprennent rien au rock et qu'ils croient que leur langue maternelle est devenue une barrière ?

    Le rock pourrait tenir sa vitalité du grand métissage culturel dont il est issu. Or, Montréal, ville cosmopolite s'il en est une, aurait pu devenir un lieu privilégié pour un métissage culturel favorable au français. Mais ce ne fut pas le cas. Bien des anglophones ont compris là où trop de francophones se sont laissé emporter par leurs phobies (incluant la xénophobie).

    Puisqu'il est question de rendre notre culture séduisante pour que par ricochet, notre langue le devienne, force est d'avouer que ces dernières années, nous avons été fort peu séduisants pour tous ces gens venus d'ailleurs et avec on pourrait pourtant construire un Québec francophone non exclusif, mais fier.

    Et ce n'est pas tout. Un Québec francophone a besoin pour survivre de se brancher sur le reste du monde, en particulier de la francophonie. Ici aussi on fait fausse route, quand la francophobie nous pousse à déboîter notre langue afin de la rendre incompréhensible aux autres nations francophones dans le monde – et même à ceux qui pour diverses raisons apprennent le français et qui ne voudront jamais d'un charabia volontairement créolisé.