Le français: qualité ou quantité?

Entre Noël et le jour de l’An, Victor-Lévy Beaulieu s’en est pris au « désastre qu’est devenue notre langue » dans Facebook. Le délabrement de l’orthographe et le laisser-aller arrogant dans la manière d’écrire, l’écrivain n’en peut plus. Aussi a-t-il décidé de bannir de sa page Facebook tous ceux qui écrivent « comme on défèque », « assassins de notre langue, donc du pays à faire ».

Comme d’habitude quand on entrouvre cette vanne, les commentaires se précipitent et gonflent en un flot de surenchères compensatoires contre l’abâtardissement du français québécois et l’indignité de ses locuteurs. L’exagération est telle et si répétitive qu’elle répond sûrement à un besoin profond. Si on se fait tant aller le clapet sur la qualité, c’est en effet pour mieux se dissimuler le gros problème de quantité qu’on a.

Soigner sa langue écrite est bien sûr nécessaire, mais de là à inverser les priorités ! Au Québec, ce n’est pas le français qu’on assassine, mais ses usagers : ce n’est pas surtout la qualité de l’usage qui fait problème, c’est carrément sa quantité (nombre de locuteurs et fréquence d’utilisation).

Pourquoi faire diversion en montant au créneau contre les massacreurs de l’orthographe ? Pourquoi s’attarder au négligé des uniformes pendant qu’on décime les troupes ? L’indignation est ici mal placée. Et elle cache un défaitisme foncier.

Son message : tant qu’à mourir, mourons tirés à quatre épingles et montrons au vainqueur historique le beau parti qu’il est en train d’assassiner.

À voir en vidéo