Le désenchantement

Il y a plus d’un siècle, le sociologue allemand Max Weber proposait l’utilisation du mot « désenchantement » pour dépeindre le monde qui semblait s’esquisser ou se dessiner à l’horizon. Un monde de moins en moins religieux (« Dieu est mort »). Un univers de moins en moins « féerique », de moins en moins édénique, de moins en moins sublime, de moins en moins enchanté. Les humains sont donc condamnés à la recherche, personnelle et collective, d’un sens et d’une signification.

Actuellement, de nombreux jeunes reçoivent l’appel du djihad. Ils reçoivent aussi l’appel des sectes de toutes sortes, l’appel des « gangs de rue », l’appel du suicide (parfois), l’appel d’une pléthore de drogues qui permettent supposément d’oublier la misère, réelle ou présumée, qui permettent aussi de vivre, éventuellement, dans un univers intérieur plus enchanté, plus radieux. Il y a aussi, occasionnellement, des appels à la violence, une violence parfois présentée comme libératrice et essentielle. C’est ce que semblait penser Jean-Paul Sartre, dans les années 60.

Aujourd’hui, avec les médias sociaux, de nombreux appels deviennent viraux et sont susceptibles de recruter des désespérés ou des individus ravis par le fanatisme et la « certitude » blindée.

Pendant au moins vingt ans, j’ai étudié les sectes et j’ai donné beaucoup de cours sur le sujet. Le djihadisme rappelle, en partie du moins, les sempiternels appels au sectarisme et à la violence possible pour défendre la « tribu ».

Il faut réenchanter le monde. Qui le fera ?

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3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 15 décembre 2014 09 h 02

    La raison et la foi

    Une certaine raison scientifique a «tué» Dieu et ridiculisé les religions. Elle a d'autre part permis à l'individu de s'affranchir, en partie, de la souffrance physique et d'augmenter son espérance de vie. Mais elle ne l'a pas rendu éternel ni empêché de vieillir.

    L'agitation, le divertissement ou les drogues ne répondent pas aux questions: pourquoi je vis, pourquoi je mourrai un jour.

    La science a permis à l'individu de se séparer de la société. Cette rupture est la cause du désenchantement que ressent l'individu après les plaisirs passagers procurés par les libertés individuelles.

    Or la véritable identité de l'Homme est aussi sociale qu'individuelle. Le réenchantement est donc possible par le mariage de l'individu à la société. Ce qui est la fonction essentielle d'une religion de l'avenir. Un mariage d'amour et de raison.

    Un peu de raison nous a séparé. La raison et la foi nous réuniront.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 décembre 2014 10 h 26

      La raison demande «pourquoi ?» et la foi répond «parce que je le dis !» Ouais, mais ça ne me suffit pas. Je dois donc trouver d'autres réponses ailleurs que dans une autre foi qui ne me répètera «Parce que je le dis !»

      La foi, c'est quand on ne sais pas et qu'on écoute d'autres qui ne savent pas plus.

      PL

  • Jean Bertrand - Abonné 15 décembre 2014 09 h 48

    Très beau texte M. Beaulé

    Et mon accord total avec ce point de vue pertinent. Mais avec une précision: foi dans la société des hommes et plus particulièrement dans la famille et les amis. Hors de toute croyance religieuse. L'hypothèse Dieu n'est plus nécessaire pour l'atteinte du bonheur.