Une canne de sirop d’érable?

La petite leçon de physique que donne David Desjardins dans sa dernière chronique du Devoir est sympathique et sert bien son propos. Il répond à sa fille de 10 ans qui lui pose la question suivante : « Pourquoi faut-il percer un second trou sur la canne pour que le sirop coule mieux ? »

Même s’il cite les mots de son enfant, il n’était pas tenu d’employer le mot anglais can, de surcroît avec la graphie francisée canne, pour décrire cette expérimentation. Le terme français correspondant boîte (de conserve) est bien connu. Le chroniqueur nous répondra peut-être qu’il est libre de ses choix lexicaux et qu’il peut bien s’autoriser cette petite délinquance relevée fréquemment dans la langue familière.

Nous savons que l’acquisition du langage se fait d’abord au sein de la famille. Pour un enfant, la langue des parents est exemplaire, et ce, d’autant plus que le père en question a pour profession d’écrire et que ses chroniques font l’objet d’une large diffusion. Si ce locuteur prestigieux emploie le mot canne pour nommer une boîte de conserve, c’est que ce terme est juste certainement, pensera sa fille.

À l’école, les enseignants ont notamment pour mission de permettre à leurs élèves d’accéder aux registres élevés de la langue. Facilitons-leur la tâche et donnons à nos enfants une longueur d’avance en veillant à la précision et à l’exactitude de notre vocabulaire. Paraphrasant Magritte au sujet de cette chronique, on pourrait écrire : « Ceci n’est pas une canne ».

5 commentaires
  • Jean Delisle - Abonné 23 octobre 2014 09 h 13

    Une "can de bines"

    J'aime beaucoup les chroniques de David Desjardins, dont j'apprécie l'esprit et la langue. Il a aussi une belle plume que je lui envie. Par déformation professionnelle (j'ai été pendant plus de 30 ans professeur de traduction), j'avais aussi remarqué sa "canne de sirop" dans son texte par ailleurs fort bien écrit. C'était sans doute voulu. Foglia fait de même fréquemment. La "canne de sirop" de Desjardins m'a rappelé une anecdote que j'ai vécu dans un cours d'initiation à la traduction générale que je donnais à l'université d'Ottawa. Cette anecdote confirme ce que dit Marie-Eva de Villers. Un étudiant avait traduit dans un texte "a can of beans" par "une can de bines", convaincu que c'était l'équivalent de l'expression anglaise. Je lui fis alors remarquer qu'en français standard, normalisé, on dit plutôt "une boîte de fèves au lard", équivalence qu'exigeait le texte à traduire. Il tomba des nues. Depuis son enfance, il n'avait entendu et dit que "can de bines". Pour lui, "can de bines" c'était du français. Tout cela, quand on y pense, est sans conséquence et même amusant, mais on touche ici du doigt l'effet corrosif que peut avoir l'anglais. Le Québécois est condamné à une vigilance constante. Mis à part ces considérations linguistiques, y a-t-il plus québécois qu'une can de bines au sirop d'érable que l'on mange avec du bon pain de fesse?

  • Alexie Doucet - Inscrit 23 octobre 2014 09 h 54

    Et vous proposez que l'enfant s'adresse à l'acériculteur en ces termes: Puis-je avoir une boite de conserve de sirop d'érable?

    • Jean Delisle - Abonné 23 octobre 2014 15 h 19

      Une boîte de sirop d'érable est suffisant. Ne dit-on pas une boîte de sardines, une boîte à lunch, une boîte de thon, de céréales, de biscuits, etc. Pourquoi pas alors une boîte de sirop d'érable?

  • Yves Capuano - Inscrit 23 octobre 2014 18 h 10

    Si ce n'était que cela...

    Je ne sais pas si vous écoutez la radio et la télévision populaires montréalaises. Le nombre d'anglicismes utilisé par les journalistes et les annonceurs est effarant. C'est probablement pire à la radio. Cela est très grave et ne devrait pas être socialement permis. Certains linguistes affirment que la langue d'un peuple est celle de ses médias. Si tel est le cas, le français québécois dérive dangereusement vers un patois incompréhensible au reste de la francophonie. À quand des prix citrons remis publiquement aux annonceurs pour la pauvreté de leur langue parlée ? À quand des prix citrons pour la qualité du français dans les chansons québécoises ? Comprendrons-nous un jour que la qualité de la langue française parlée au Québec est primordiale pour assurer la survie de celle-ci ? Quel immigrant voudra parler un "joual franglisé" qui n'existera dans aucune grammaire ? La langue de Nelligan et de Miron mérite beaucoup mieux...

  • Michel Thériault - Abonné 25 octobre 2014 09 h 10

    Vous n'avez rien d'autre à faire...

    que de critiquer la qualité de la langue de M. Desjardins ? Il me semble plutôt qu'il est un exemple à suivre et qu'il a une plume exceptionnelle. Votre lettre est assez, comment dire, surprenante...