L’Église contre les femmes

En lisant l’article de ce matin sur le synode à Rome intitulé « Un revers à saveur de victoire », on peut croire à un certain avancement dans l’Église lorsqu’elle délibère enfin sur le divorce et les homosexuels. Mais pourquoi les évêques ne se penchent-ils pas sur une question beaucoup plus importante, soit le rôle de la femme dans l’Église ? C’est d’autant plus universel ou « catholique » puisqu’elles représentent plus de la moitié de l’humanité.

Or, les femmes ont subi une discrimination au sein de l’Église qui remonte à plusieurs siècles et qui les empêche de devenir prêtre, diacre, évêque. Pourquoi une telle discrimination encore de nos jours ? Il est même ridicule de voir autant que 200 évêques et cardinaux « mâles » réunis pour discuter des responsabilités de l’Église envers certains de ses fidèles, alors qu’il n’y a pas une seule femme présente.

Rien de théologique ne justifie une telle situation, si ce n’est que l’hom- me mâle contrôle l’Église, comme toujours, et cherche encore à exercer son pouvoir en tant que mâle. C’est de la misogynie pure et simple, et de haute voltige.

Le catholicisme malheureusement ne se distingue pas des autres religions à ce chapitre. Les religions musulmane, juive et bouddhiste véhiculent le même genre d’hypocrisie injustifiée, et injustifiable, comme si Dieu écoutait d’abord l’homme mâle avant d’écouter la femme. Pourtant, lorsqu’on remonte au début du christianisme, on se rend vite compte que plusieurs femmes entouraient Jésus. Par exemple, quoi penser de Marie, sa mère ? N’est-elle pas importante au sein de l’Église en tant que femme ?

Les évêques font penser à ces pharisiens que Jésus a critiqués abondamment dans le Nouveau Testament. Il leur reprochait d’être des hypocrites qui s’accrochaient à la lettre de la loi, plutôt que de manifester une certaine ouverture d’esprit et d’humanisme envers les gens.

C’est pourquoi Jésus les condamnait. Les pharisiens ne manifestaient aucun amour véritable pour leur prochain. Les évêques d’aujourd’hui exercent-ils la même hypocrisie et le même manque d’amour que les pharisiens, en s’accrochant à leurs petites règles théologiques, tout en ignorant délibérément le sort de pratiquement une moitié de l’humanité ? La discrimination contre la femme est peut-être le crime contre l’humanité le plus dramatique et le plus répandu.

L’Église serait certainement plus ouverte et dynamique si les femmes avaient les mêmes droits. Ce serait du moins un signe de renouveau important qui ferait rebondir la pratique religieuse qui aujourd’hui semble de plus en plus en déclin.

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19 commentaires
  • Beth Brown - Inscrite 22 octobre 2014 07 h 18

    Je suis une femme.

    Je ne me sens absolument pas discriminée dans cette Église qui est la mienne.

    La discrimination m'atteint plutôt par l'intermédiaire des philosophes féminisants qui croient que le seul moyen d'exister à l'intérieur d'une communauté chrétienne est d'accéder au pouvoir. Mais quel pouvoir? L'église, dans ses constitutions, est basée sur la notion de service.

    Pensez-vous vraiment que je sois tant et autant attirée vers la prêtrise au point de nier la place que je me suis taillés "au sein" dans ma communauté, de ma paroisse?
    Croyez-vous vraiment que l'influence que j'exerce, moi-même et un nombre incalculable d'autres femmes, n'est que de l'artifice bidon?

    Vous parlez comme si il fallait reprocher à Jésus-Christ d'avoir été (d'être) un homme et d'avoir nommé des hommes à sa suite. Et puisque vous parlez de la mère de Jésus, avait-elle besoin de prendre la place de son Fils pour être influente? Avait-elle besoin d'envier les décorations données à Saint-Pierre pour être comblée de l'Esprit-Saint? Non, il est clair dans les Évangiles que son rôle en est devenu un de contemplation. Irez-vous donc jusqu'à harranguer les évangélistes parce qu'ils étaient des hommes?

    Vous avez une vision romantique du service dans l'Église: Les prêtres et les évêques ont un statut très peu enviable de nos jours. Ils sont les faces à claques d'une société en mal de nivellement. Vous ne les avez vous-même pas manqués en les qualifiant de pharisiens, n'est-ce pas?

    Mais je n'aurai probablement pas à expliquer la théorie freudienne de la mort du père pour vous faire voir les raisons motivant cet assault inconsidéré, sous prétexte de vouloir "défendre les pauvres femmes" (et la maman) qui n'ont pas la place et le trophé qui leur revient...

    • Johanne St-Amour - Abonnée 22 octobre 2014 10 h 53

      Mme Brown,

      Vous minimisez le rôle politique des représentants de l'Église, leur vision des femmes, leur contrôle sur le corps des femmes, etc.

    • Beth Brown - Inscrite 22 octobre 2014 11 h 46

      @ Johanne St-Amour

      Quel rôle, quel contrôle? Si une femme décide de se faire avorter qui l'en empêchera? L'Église défendra toujours le foetus à naître comme étant un être humain à part entière.

      Qui est LEUR (vision de la femme). Les hommes dans l'épiscopat sont d'ores et déjà condammné à être jugés et condamnés en bloc.
      Puisque la mode est à la généralisation -spécialité des média-, LEUR vision de la femme n'est pas pire que celle de ceux qui nous voient toutes comme de pauvres victimes.

      Par ailleurs, rôle politique ou pas, quelle différence dans le travail colossal et l'accomplissement de toute sa vie, Mère Thérésa aurait-elle pu ajouter de plus si elle avait été évêque. Le "pouvoir" lui aurait enlevé la capacité d'agir.

    • Sandra - Inscrite 22 octobre 2014 12 h 24

      Pourquoi une femme qui chante lors des divers services de messes est moins bien payée qu'un homme qui remplit la même fonction, si ce n'est que le fondement de l'Eglise est sexiste?

    • Beth Brown - Inscrite 22 octobre 2014 12 h 50

      @ Sandra Deslandres

      Pour suivre la logique de votre raisonnement, je dirais:

      Pourquoi le poste le plus prestigieux du Collège dominicain d'Ottawa, là où on forme les prêtres de cette région, à été confié à une femme, si ce n'est que le fondement de l'Église n'est pas sexiste?

      http://www.archivesvirtuelles-cnd.org/node/294

    • Francis Catellier-Poulin - Inscrit 22 octobre 2014 13 h 09

      Bonjour Mme. Brown,

      La question n'est pas de savoir si VOUS occupez le rôle qui vous sied ou si d'autres femmes particulières ont occupé le rôle qui leur convenait, et ce n'est ni une question de reproches ou de remise en question du passé. La question est de savoir si aujourd'hui, des femmes peuvent effectivement avoir des choses importantes ou intéressantes à affirmer sur la religion catholique, et si par conséquent, pour être entendues au même titre que les hommes, elles devraient avoir accès aux mêmes postes.

      Si on considère que les femmes sont moins éclairées en ces matières alors le débat est terminé et n'en parlons plus. Si par contre nous voulons bien admettre que les femmes ont des choses à dire et à apporter à la religion alors il faut considérer l'idée de M. Marchand.

      Mais vous ne pouvez pas esquiver la question en y allant de considérations sur l'Esprit Saint ou je ne sais quoi d'autre. Ou alors, ayez au moins l'honnêté d'admettre que vous vous en remettez à un argument d'autorité: "ça doit être ainsi parce que la religion est ainsi faite depuis les débuts..."

      Au plaisir,

    • Beth Brown - Inscrite 22 octobre 2014 13 h 29

      @ Francis Catellier-Poulin

      Je n'apprécie pas du tout la condescendance que vous affichez à mon égard dans votre dernier paragraphe. Vous me traitez de malhonnête et réduisez mon propos à une sottise.

      Les femmes ont certainement quelque chose à dire. Étudiantes comme professeures, elles sont en très grand nombre dans toutes les universités prestigieuses du monde.

      Mais n'allez pas me faire croire qu'il faille absolument être ordonné pour être au service de la Parole, comme membre du corps du Christ (puisque c'est absolument de ça dont il s'agit).

      En matière de vie en Église, je suis assez déconnectée des "droits" revendiqués par les féministes. Ma mission est ailleurs.

  • michel lebel - Inscrit 22 octobre 2014 07 h 42

    Une réforme qui viendra

    Je suis d'accord avec vous. En Occident du moins, la femme devrait pouvoir avoir accès aux mêmes fonctions que l'homme dans l'Église. Nous ne sommes plus au premier temps du christianisme! Cette réforme majeure se fera bien un jour, malgré tous les "cadenas" mis en place par le bien regretté Jean-Paul II. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la pratique religieuse rebondirait nécesairement en raison de ce changement. J'en douterais.


    Michel Lebel

  • Johanne St-Amour - Abonnée 22 octobre 2014 08 h 04

    Exactement!

    Merci M. Marchand pour ce texte. Malgré l'avancement des femmes dans la société, on ne semble plus se préoccuper de cette manifestation patriarcale flagrante, comme si le "sacré" transcendait l'équité.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 22 octobre 2014 08 h 33

    A lire !

    Je vous suggère de lire l'ouvrage du R.P. Sertillanges, LE MIRACLE DE L'ÉGLISE.

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 22 octobre 2014 09 h 11

    Difficile de changer quand son fondateur était mâle...

    L'Église catholique ne fera pas grand chose à mon avis concernant sa façon millénaire de considérer le femmes. Elle ne semble pas ne rien voir d'injuste dfans sa position d'autant plus qu'elle peut se référer au fait que Jésus était un mâle, que ses 12 apôtres aussi étaitent des mâle. ... Dans notre société la primauté de l'homme n'est plus garantie comme autrefois. Malheureusement dans d'autres sociétés et dans des institutions comme l'Église catholique ce n'est pas le cas. Certaines églises protestantes ont franchi de grands pas concernant les femmes et les homosexuels, sans que le ciel ne s'écroule et sans que la fureur de dieu ne punissent les humains !