Si j’étais militant péquiste

Jean-Martin Aussant, ancien chef d'Option nationale
Photo: Annik MH De Carufel Archives Le Devoir Jean-Martin Aussant, ancien chef d'Option nationale
Où que je sois, je garde un œil quotidien sur l’actualité québécoise. J’observe cette pré-course au PQ en me demandant si la suite des choses amènera un certain retour aux sources ou la disparition pure et simple de ce qui a déjà été quelque chose comme un grand parti.

Si j’étais militant péquiste, je chercherais minimalement les attributs suivants chez le prochain primus inter pares:

- Engagement de tenir un congrès de refondation auquel les souverainistes, tous partis confondus, seraient invités. Non pas un congrès du PQ ouvert à tous, mais bien un congrès de refondation duquel naîtrait un nouveau grand parti souverainiste avec des gens de tous les horizons et toutes les ressources regroupées en son sein. Parce que la majorité nécessaire au projet ne se trouvera jamais dans l’un ou l’autre des sous-groupes (gauche, droite, jeunes, vieux) mais seulement dans l’ensemble.

- Engagement de faire en sorte que le Québec perçoive tous les impôts payés sur son territoire, soit un rapport d’impôt unique. Parce que le Québec est le seul au Canada à en avoir deux, entrainant des dédoublements administratifs se chiffrant en centaines de millions de dollars chaque année. Souverainiste ou fédéraliste, la situation actuelle ne peut être souhaitée par qui que ce soit.

- Engagement d’utiliser les sommes annuelles ainsi épargnées pour instaurer, de la petite enfance au doctorat, la gratuité scolaire balisée. Parce qu’on peut expliquer aux romantiques que c’est la meilleure façon d’avoir une société plus responsable et équitable, et aux homo economicus que c’est la meilleure façon d’avoir une société plus riche et productive. La santé passe par l’éducation. Des finances publiques saines passent par l’éducation. La protection de l’environnement passe par l’éducation. La paix sociale passe par l’éducation. De bons élus aussi.

- Engagement de procéder à une réforme du mode de scrutin pour y ajouter une composante de proportionnalité. Parce le système actuel ne respecte pas le vote populaire dans l’allocation des sièges. Il faudra un jour se soucier de faire passer un principe démocratique de base comme la représentativité avant la volonté détestable de bénéficier d’une alternance qui a trop étouffé l’imagination, détourné la recherche de l’intérêt collectif et neutralisé le renouveau politique.

Si j’étais militant péquiste, je souhaiterais aussi qu’on ne redonne pas au même équipage le Costa Concordia. Les naufrageurs «entourageux» seront toujours bienvenus comme passagers, mais pas trop près de la cabine du capitaine.

Je m’inquiéterais certainement qu’on propose de repousser l’audace à un deuxième mandat alors qu’elle n’aura jamais autant de traction qu’en arrivant au pouvoir. Retarder l’audace, c’est ne pas en avoir. Reporter une urgence, c’est ne pas la reconnaitre. Je crois fermement que les convictions assumées peuvent encore faire gagner des élections.

Il y a certes un niveau de difficulté beaucoup plus élevé à vouloir convaincre qu’à simplement identifier ce que les gens veulent entendre a priori. Dans le premier cas, c’est du leadership. Dans le deuxième, c’est avouer tristement qu’un robot-sondeur pourrait être le plus grand des chefs.

Si j’étais militant péquiste, au fond, je voudrais simplement du vrai leadership. Y en aura-t-il?
74 commentaires
  • Michel Sénécal - Inscrit 10 septembre 2014 03 h 01

    Tout un défi !

    C'est vraiment tout un défi que vous proposez.

    Ca demande que tous les partis impliqués se sabordent et forment, ensemble un nouveau parti.

    Ça implique surtout que tout ce beau monde s'unissse totalement, dans
    un seul et même but: faire du Québec un pays.

    Malheureusement, et on l'a vu encore tres récemment, alors que la course n'est pas encore commencé, les Péquistes ne s'entendent même pas entre eux. Alors imaginez si le groupe s'agrandit encore.

    Il faudrait aussi bâilloner les belles-meres et toutes autres especes nuisibles ou du moins les enfermer dans un bungalow de Unité 9, mais sans télé, sans journaux, sans téléphone ou internet. Coupés du monde pendant toute cette opération kamikaze.

    Bonne chance tout de même.

    • Gilles Théberge - Abonné 10 septembre 2014 10 h 33

      Il faut l'admette il y a peu de choses qui soit plus puissant que la force d'inertie du grand nombre. Ce qui est une des caractéristiques d'un peuple à qui on ne demande rien, sinon d'avoir peur de son ombre. C'est le jeu des libéraux, des provincialistes, des rapetisseurs et autres apôtre du on est pas capable.

      En revanche, et au contraire du nombre, rien n'est plus puissant que la locomotion. Le poids de l'inertie est considérable c'est un fait. Mais la force est dans la locomotion.

      C'est ce que montre la fable des deux grenouilles tombées dans le pot de crème. Elle se débattent, puis la première renonce. Je n'y arriverai pas se dit-elle. Et elle sombre et se noie.

      La deuxième continue sans se décourager. Puis la crème devient beurre. Et la grenouille réussit et saute finalement en dehors de cette soi-disant fédération qui ne peut que l'engloutir...

  • Gilles Bousquet - Abonné 10 septembre 2014 03 h 38

    Exemple d'un chef fort à idées fortes

    Un futur chef, pas intéressé à gouverner une province mais décidé de foncer vers la souveraineté du Québec.

    La procrastination n'a pas fonctionné au PQ, le fonçage a presque réussi en 1995. M. Aussant semble avoir raison...maintenant...ici. Est-ce qu'il serait prêt à sauter dans la course à la cheffererie et serait-t-il accepté par les actuels députés dont il écorche certains, sans les nommer ?

    Le retour de M. Aussant, un effort et une suggestion de PKPéladeau, Kapitaine Kébec qui lui céderait la place à la chefferie ou le combattrait ?

    • Jean Jacques Roy - Abonné 10 septembre 2014 12 h 50

      Une proposition inopérante dans sa démarche. Je m'explique.
      La lettre de Monsieur Aussant est peut-être un baume pour les souverainistes du PQ et de ON qui souhaitent l'indépendance du Québec et qui ne se reconnaissent pas dans la course à la chefferie telle qu'engagée pour remplacer Madame Marois. La lettre de Aussant demande aux candidats de présenter des idées et se situe ainsi aux antipodes des directives du PQ qui demandent comme pré-requis aux candidats de débourser 35,000S. Une lecture simplifiée conduit à penser que Monsieur Aussant propose la refondation radicale du PQ grâce à un Congrès où seraient convoqués les souverainistes de toutes allégeances.
      Si simple en apparence, cette proposition soulève des difficultés majeures.
      1- Tout d'abord qui serait le candidat qui reprendrait ce projet de refondation pour se faire élire chef: Aussant lui-même ou son ami Péladeau?
      2- Ensuite, advenant l'élection de ce chef... par quelle procédure et dans quels délais la direction du pourrait dissoudre le PQ pour le refondre dans un parti plus large, inclusif et démocratique? Or cette dernière opération de sabordage ne serait jamais accepté ou acceptable par le noyau dur des militants du PQ.
      3- Enfin, si on s'en tient à ce qui est avancé quels serait le résultats probables? Une scission plus ou moins profonde au sein du membership du PQ. Et en fin de compte, ce serait ON, sous le leadership de Aussant ou de PKP qui prendrait la relève du PQ sous un autre nom

  • Daniel Déry - Abonné 10 septembre 2014 05 h 10

    Enseignant et entrepreneur

    Wow! Enfin! Bravo!
    De l'air frais, de l'intelligence et de la vision. Et du pragmatisme.
    Merci Aussant! Reviens à la maison.

    • Gilles Bousquet - Abonné 10 septembre 2014 09 h 05

      Comme M. Parizeau, il a quitté parce que son chef était trop mou de la constitution souverainiste, pour y revenir en force mais, il lui manque l'insulte du rejet de Meech et il devrait composer avec le trou dans les finances provinciales, laissé par le PLQ Charest que tente d'arrêter de creuser le PLQ Couillard mais, il semble commencer à reculer devant les syndiqués.

  • François Ricard - Inscrit 10 septembre 2014 05 h 34

    Péladeau et Aussant

    Le rôle des leaders souverainistes n’est pas de dire « parlons d’autre chose » quand la souveraineté n’est pas en tête dans les sondages, c’est plutôt de tout faire pour convaincre la population du bien-fondé de l’idée pour qu’elle remonte dans le sondage qui suivra. Et sur ce plan, force est de constater que le PQ n’est pas très vigoureux. Un leader qui doute de sa propre cause n’enthousiasmera jamais les indécis.
    Péladeau et Aussant, des gens du domaine des affaires, semblent être des gens de cette trempe.

    • Gilles Bousquet - Abonné 10 septembre 2014 09 h 35

      Oui, l'enthousiasme génère de l'enthousiasme.

      Ça donne quoi au PQ et au Bloc de tenter d'améliorer les affaires du Québec...dans le Canada quand ils veulent en sortir ? Du temps perdu ou contre-productif.

      Si le but du PQ n'est pas de sortir le Québec rapidement du Canada, qu'il change son option constitutionnelle numéro 1.

  • Robert Bernier - Abonné 10 septembre 2014 06 h 18

    gratuité scolaire balisée

    Qu'est-ce donc? Balisée, comment?, par quoi?, par quels paramètres? et pourquoi? On voudrait savoir.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Gilles Bousquet - Abonné 10 septembre 2014 09 h 32

      Si M. Aussant se présente comme chef du PQ, il va nous expliquer ça, j'imagine.

    • Jean-Marc Plante - Abonné 10 septembre 2014 12 h 02

      Cette question vous intéresse et tant mieux, mais M" Aussant n'est pas dans le détail ici. C'est un principe de base qu'il vous appartient de préciser en participant à sa définition s'il vous tient à coeur. Mais peut-être que, comme moi, vous n'êtes pas intéressé à participer tant que les "naufrageurs" ne seront pas devenus de simples passagers.

    • Bernard Plante - Abonné 10 septembre 2014 12 h 56

      L'intention des balises vise principalement à:

      1- Assurer la gratuité scolaire aux personnes qui suivent un cheminement régulier jusqu'à l'obtention de leur diplôme;

      2- Éviter que certains en profitent pour prolonger indûment leur parcours scolaire.

      En résumé, gratuité oui, bar ouvert non.

    • Robert Bernier - Abonné 10 septembre 2014 14 h 19

      De fait, il faut aller sur le site d'Option Nationale et y lire que

      "Dans le cas des études collégiales et universitaires, des balises seront mises en place afin de s’assurer que ceux qui bénéficient de la gratuité scolaire contribueront ensuite à la société qui leur a permis d’acquérir leur formation et leurs compétences."

      On sait donc d'où vient l'expression. Reste en effet, comme s'imagine M. Bousquet, à définir lesdites balises. Mais le diable se cache souvent dans ces détails.

      Robert Bernier
      Mirabel