Nécessaire introspection

Mme Pauline Marois, en tirant sa révérence, a estimé que la province qu’elle a gouvernée n’était pas à l’abri de l’extrême droite. Rien de choquant à première vue puisque les dernières élections des députés européens au Parlement européen montrent que ce courant existe hélas et qu’il connaît un succès grandissant. L’Amérique du Nord peut tout à fait connaître le même phénomène. Et on le voit à certains égards aux États-Unis, avec les idées du Tea Party ou certains courants conservateurs au sein des deux partis dominants.

 

Mais cette mise en garde de l’ex-dirigeante du parti ayant subi une lourde défaite le 7 avril dernier et dont l’étendard électoral était une charte de la laïcité frisant le populisme et dont la promotion reposait sur une détestable cabale, étonne.

 

Ce que les jeunes militants doivent retenir, et peu importe à quel parti ils adhèrent, c’est qu’aucune formation politique n’est à l’abri des dérives nationalistes et que le PQ s’en est peut-être approché. René Lévesque, s’il avait été témoin de ce qui se tramait dans le parti qu’il a fondé, n’aurait certainement pas autorisé cette avenue.

 

C’est dans les moments de grave crise économique et de troubles sociaux que les droits fondamentaux sont remis en question alors qu’il faudrait plus que tout les protéger. La recherche du bouc émissaire est une issue facile que certains partis en Europe, qu’ils aient été de droite ou de gauche, ont déjà empruntée. C’est de cet extrême qu’il faut se méfier.

 

Le Parti québécois doit faire son travail d’introspection sur les raisons qui ont mené à sa défaite et en tirer des conclusions, aussi douloureuses soient-elles.

2 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 11 juin 2014 09 h 41

    Et l'autocritique?

    Il faut bien reconnaître que Mme Marois en quittant son parti n'a pas manifesté une grande introspection, c'est le moins qu'on puisse dire! Bref, pour elle, c'est la faute des autres et surtout des méchants libéraux! Pas fort comme analyse!

    M.L.

  • M. Félix Houde - Inscrit 11 juin 2014 16 h 24

    Introspection de part et d'autre...

    Mme Marois fait une mise en garde fort simple : la mise en avant de droits individuels au détriment d'aspirations collectives est susceptible de créer une frustration telle que cette dernière devienne un terreau fertile à l’apparition d’un courant xénophobe.

    Le gouvernement Marois avait proposé que l'État présente un visage laïc, exempt de signes religieux ostentatoires car ses signes ne sont pas neutres.

    N’est-il pas possible de penser que la minorité de personnes ayant refusé d’adhérer à ce principe aient pu engendrer la frustration de plusieurs? Frustration qui par la suite peut alimenter les associations malheureuses entre immigration et menace identitaire?

    Ce que Marois dit, c’est que des institutions qui trop ignorent les vœux de la majorité peuvent créer des frustrations dont les manifestations – discrimination en emploi et autres - sont susceptibles d’être plus néfastes pour les minorités que la privation de certaines pratiques – ports de signes religieux en emploi, écoles confessionnelles, etc. - à une minorité d’individus issus de ces minorités. Il y a là un difficile, mais nécessaire, exercice d’équilibriste à relever afin d’assurer le bien-commun à la satisfaction du plus grand nombre tout en minimisant les effets négatifs chez le plus petit nombre.

    Mme Marois et son parti ont-ils fait montre d’opportuniste? Se sont-ils engagés sur un terrain glissant? Oui. Mme Marois a-t-elle tout fait pour éviter les associations boiteuses et les propos intolérants que le débat a fait naître? Non. Les stratèges du PQ ont-ils voulu créer un sentiment de crainte et d’insécurité identitaire pour mousser l’attrait du parti? Peut-être.

    Mais la mise en garde de Mme Marois est tout-à-fait à propos. À l’instar d’un Jean Chrétien faisant un lien entre pauvreté et adhésion aux groupes extrémistes, Mme Marois affirme une hypothèse qu’il faut avoir le courage d’analyser, à l’extérieur des balises du politiquement correct.