Lettre - Le PQ a tué le PQ

Personne n’a tué le PQ. Le PQ s’est tué lui-même. Il a accumulé, au fil des années, tous les ingrédients pour le mener au suicide politique. À une mort certaine, inévitable, bien calculée.

 

Lentement, progressivement, il a abandonné son âme. Qui plus est, il a même vendu son âme au plus offrant ; il a vendu son idéal pour un plat de lentilles ; il a tergiversé, reculé, démotivé, rejeté, démobilisé les troupes. Il a accepté dans ses rangs des carriéristes, des opportunistes, des illusionnistes. Il a joué sur plusieurs tableaux à la fois sans jamais se décider à prendre le bon, le vrai, l’unique qui lui aurait permis non pas de faire mieux, mais de faire autrement. Il a méprisé les meilleurs, les batailleurs, les combattants visière levée et il a écouté les « mièvreux », les mielleux, les caméléons, les doubles visages, les sans épine dorsale.

 

L’indépendance était le moteur de son action politique. Lentement, il en a fait une remorque fourre-tout, un poids lourd encombrant, allant jusqu’à s’en délester momentanément, afin de s’emparer du pouvoir. Le maudit pouvoir ! L’indépendance s’est muée en gouvernance souverainiste, en feuille de route imprécise et floue, en slogans aguicheurs, en propagandes et publicités trompeuses, en plans volontairement imprécis.

 

Les consultations et les tournées en mode d’écoute ont pris le haut du pavé, espérant retrouver ce qu’il avait lui-même évacué : la cause qui fait l’unité. Le PQ des origines était près du peuple et sculpté par et dans le peuple. Le PQ était dans les salles bondées, enfumées, enthousiastes et enflammées. Il était fonceur, parleur, cimenté autour d’une idée, d’un rêve, d’une réalité en devenir. Au fil des ans, usé, infiltré, désorienté, il a abandonné et est devenu muet, désarticulé, désuni, fragmenté. Le PQ n’est plus le PQ. Il s’est tué lui-même. Il s’est donné la mort en s’emmitouflant dans les langes de la facilité. Il était né pour la liberté. Il meurt dans l’abandon et la désaffection généralisée.
 

2 commentaires
  • alain petel - Inscrit 5 mai 2014 06 h 26

    Drôle de règne

    Débuté par un assassinat et terminé par un suicide, deux morts inutiles.

  • Yves Côté - Abonné 6 mai 2014 02 h 45

    Mes respects...

    Mes respects, Monsieur Turcotte !
    Il reste assez de gens debout pour ne pas se coucher de douleurs et de déception.
    Ce qui ne nous tue pas nous renforce... Et même la mort du PQ, ce qui m'apparaît plus probable que jamais aux réactions étroitement partisanes de dimanche, ne sera pas la nôtre.
    Vive le Québec libre !