Lettre - L’échec de 1982, un mythe?

L’histoire est une science inexacte, et la mémoire est une faculté qui peut jouer des tours. Sommes-nous en train de laisser s’imprégner dans notre inconscient collectif un mythe différent des faits historiques ?

 

Les années 1981 et 1982 furent marquées par le rapatriement de la Constitution et les débats et négociations qui s’en sont suivis. L’accord final fut négocié entre les provinces anglophones sans la présence du Québec. Pierre Karl Péladeau pense que nous devrions mettre le drapeau du Québec en berne afin de souligner cet événement.

 

Une analyse plus serrée des faits peut cependant nous amener à d’autres conclusions.

 

L’équipe québécoise était composée entre autres de Claude Charron, Claude Morin et René Lévesque. Les trois nous ont fait grâce de volumes où ils traitent de cet épisode. De ces lectures ressort un fait : nos trois négociateurs n’étaient guère disposés à signer la future constitution canadienne. Quelqu’un peut-il m’affirmer sans rire qu’il y avait une chance que René Lévesque signe la Constitution canadienne en compagnie de Pierre Trudeau, de Jean Chrétien et de la reine d’Angleterre ?

 

Les provinces anglophones ont peut–être adopté la seule attitude possible face à la stratégie de négociation québécoise. Pour faire image, ils se sont peut-être comportés comme le mari qui ne va pas réveiller sa femme qui a décidé de dormir au salon un soir de brouille.

 

Aussi, nous nous sommes inquiétés beaucoup depuis ce temps de la façon dont les faits sont arrivés en gardant l’impression malheureusement fausse d’avoir été bernés. Mais on s’est très peu questionné sur la valeur de la Constitution canadienne.

 

Le temps ayant passé, peut-être vaudrait-il la peine de la regarder d’un peu plus près, afin de voir si, finalement, elle n’était pas si mauvaise ? Elle contient une Charte des droits et libertés, et la disposition de dérogation qui nous permet de l’enfreindre sous certaines conditions. Bref, au-delà de la façon, y a-t-il un contenu dont nous pourrions être fiers, un « beau risque » à prendre, n’en déplaise à Pierre Karl Péladeau ?

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15 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 avril 2014 06 h 58

    Pour tous

    Pour tous canadiens uniquement canadien, la constitution est un +.

    Le problème arrive quand tu te sens autrement que seulement canadien ou pas nécessairement canadien ou pas complètement canadien ou pas canadien du tout. Ce choix demeure personnel et continuera de l'être.

    Évidemment qu’il y a dans la constitution des éléments qui ne nous rebutent pas, nous vivons au Canada tout de même; un pays que nous avons bâti au travers vents et marées, de gré et de force, avec et sans l’appui des autres. La question demeure : «Représente-t’il encore ce que nous avons voulu en faire, ou l’a-t’il jamais été, ou même y parviendra-t’il un jour ?

    Est-ce que c'est effectivement «chez-moi ?»

    La réflexion est malheureusement un processus qui, une fois engagé, ne s'arrête pas.

    Bonne journée.

    PL

  • Paul de Bellefeuille - Abonné 22 avril 2014 07 h 55

    Vendre la peau de l'ours...

    Vous avez parfaitement raison. Il faudrait regarder de plus près. Encore faudrait-il que le Fédéral nous donne un accès complet aux archives sur la question de la Constitution de 1982. Ce qui n'est pas le cas. Et l'accès à certaines informations par la Grande-Bretagne à ce sujet tend à confirmer nous doutes. Le livre, La bataille de Londres, nous le prouve éloquemment. Alors que le Canada fasse preuve de transparence et à ce moment nous pourrons vraiment nous faire une opinion sur la qualité de cette Constituion de 1982. Pour le moment, la fardeau de la preuve appartient au gouvernement fédéral. Pas demain la veille!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 avril 2014 10 h 44

      Les échanges entre Bora Laskin et les Brittaniques donnent en effet l'impression qu'il y a eu conspiration contre le Québec. Mais ce fait ne constitue pas en soi une preuve que la constitution de 1982 et la charte soient objectivement défavorables au Québec. Cela doit se juger sur pièce. Or tout le monde ne partage pas le point de vue de PKP selon qui la Charte ouvre la voie aux attaques contre les acquis de la révolution tranquille... auquel l'argument du complot, vrai ou pas, n'ajoute rien.

  • michel lebel - Inscrit 22 avril 2014 08 h 09

    Mission impossible!

    Les mythes ont la vie dure! Essayez de convaincre un souverainiste québécois que la Charte des droits et libertés est une bonne chose pour les citoyens! Bonne chance pour cette mission impossible! Idéologie, quand tu me tiens!

    Michel Lebel

    • Simon Chamberland - Inscrit 22 avril 2014 13 h 30

      La charte à trudeau a été une bonne chose pour l'avocasserie. Pour le peuple qui se fait paie pour l'administration de la justice sans y avoir accès, c'est moins certain.

    • Michel Dion - Abonné 22 avril 2014 14 h 06

      Le Québec avait déjà sa Charte des droits et libertés de la personne dès 1975. Plus tard, celle de Trudeau avec sa «suprématie de Dieu» qui fait du Canada une quasi théocratie, n'a rien apporté rien de plus, sauf des aberrations. Mais essayez donc d'expliquer ça à quelqu'un qui est bien attaché à son idéologie fédéraliste!

    • michel lebel - Inscrit 22 avril 2014 17 h 24

      @ Michel Dion,

      Le Canada n'est pas une théocratie! Secundo, la Charte des droits du Québec peut être modifiée comme une simple loi, pas la canadienne. Enfin avec les chartes canadienne et québécoise, les citoyens du Québec ont un double protection, ce qui me semble un plus!


      Michel Lebel

    • Simon Chamberland - Inscrit 22 avril 2014 20 h 45

      M. Lebel,

      La charte à Trudeau est surtout une protection des emplois dans le domaine judiciaire. Pour ceux qui paient cher ce système mais qui n'y ont pas accès, parce que la Charte multiplie les recours et délais, c'est simplement un fardeau financier.

      La charte à Trudeau fut le début d'un gouvernement par et pour les juges qui sont, pour votre information, non-élus. Les sparages des avocats devant les juges, c'est des combats de coqs pour savoir qui sera le prochain élu dans la caste des juges.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 avril 2014 06 h 48

      M. Lebel, teindre le terme «idéologie» négativement est renier la valeur de toutes les avancées «idéologiques» qui nous ont porté jusqu'à ce jour. Par chance, l'ordre établi a toujours été vaincu par ces idéologies nouvelles; sans ça, nous croirions que la terre est encore plate.

      Évidemment, je ne m’attendais pas à mieux d’un supporteur perpétuel de «l’ordre établie», même s’il oublie que cet ordre établie fut instauré par une nouvelle idéologie.

      Être assis sur vos positions durant un marathon ne vous donne-t’il pas l’impression de reculer ?

      PL

  • Michel Dion - Abonné 22 avril 2014 08 h 59

    Dites-moi donc sans rire...

    «Quelqu’un peut-il m’affirmer sans rire qu’il y avait une chance que René Lévesque signe la Constitution canadienne...». À votre tour, M. Bellerive, dites-moi donc sans rire que Claude Ryan - vous pourriez au moins lire son livre beige - aurait signé cette constitution. Peut-on en dire autant de Robert Bourrassa qui a tenté en vain de faire inclure les cinq demandes traditionnelles du Québec dans l'accord du Lac Meech? Pourriez-vous seulement me les énumérer? L'histoire n'est pas une science exacte, dites-vous? En effet, elle devient même tout à fait inexacte sous la plume d'un propagandiste fédéraliste qui va jusqu'à en faire disparaître les faits marquants!
    Puis-je vous faire remarquer qu'aucun premier ministre du Québec, souverainiste comme fédéraliste, n'a voulu signer cette constitution? Personne n'a voulu avoir l'odieux de cimenter ce document qui ignore jusqu'à notre existence comme Nation. Quant à la Charte des droits et libertés, elle ne nous apportait rien de neuf, puisque le Québec avait déjà la sienne, qui avait au moins la vertu d'être exempte d'aberration comme celle de la «suprématie de Dieu» dans le préambule de la Charte canadienne. Seul un inconséquent comme Philippe Couillard pourrait avoir la tentation de la signer.
    Les mythes naissent de gens comme vous qui désirent rester dans leur zone de confort en ignorant les problèmes réels et complexes. Non, M Bellerive, notre histoire et notre situation comme Nation ne sont pas reposantes du tout, mille regrets... Faire comme si elles l'étaient serait une dangereuse bêtise. Pour ce qui est de votre approbation de l'attitude insensible à notre égard des provinces anglophones, je ne saurais trop trouver le mot juste pour la qualifier!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 22 avril 2014 11 h 22

      Entre Lévesque et Ryan et les autres, par la suite, la différence est que le premier participait à une négociation en vue de finaliser un projet de constitution, alors que les suivants n'ont eu le choix qu'entre y adhérer en l'état ou obtenir des modifications. Le pouvoir du premier était pas mal plus considérable et il a cru jusqu'à la dernière minute pouvoir s'en servir pour aller à l'encontre du projet fédéral



      Théoriquement, il ne voulait pas la signer, mais l'écrire, grâce à cette alliance avec les provinces destinées à déjouer le projet fédéral. L'amère déconvenue dont il fit alors preuve rend peu plausible qu'il se fût agi d'un échec planifié destiné à renforcer la fièvre souverainiste. Il a vraiment perdu cette partie-là. De là à dire que sa défaite ait été celle du Québec tout entier, cela ne peut être déduit simplement des circonstances du rapatriement ni même des intentions qui pouvaient animer Pierre Trudeau.

      Il faut lire la Charte canadienne pour apprécier justement dans quelle mesure elle est défavorable aux intérêts du Québec. Lire et interpréter correctement, ce que la cour suprême a fait tout récemment, notamment, pour empêcher l'ingérence du politique dans la nomination du juge Nadon. Quant à l'idée de suprématie de Dieu, elle ne signifie pas l'attachement à une religion positive mais à un principe de justice universel auquel on s'engage à donner préséance par-delà les intérêts conflictuels qui doivent être conciliés. Il conviendrait sans doute de la retirer, mais pas du tout l'effet qui était désiré expressément... et qui n'a rien à voir avec la religion.

    • Michel Dion - Abonné 22 avril 2014 13 h 50

      @ Richard Maltais Desjardins
      Que c'eût été Lévesque ou n'importe qui d'autre, aucun représentant du Québec n'aurait eu de pouvoir contre la volonté de Trudeau et des premiers ministres des neuf autres provinces. Aucun de ceux-ci n'était intéressé à ce qu'une province ait un statut particulier parce qu'elle est le foyer de la seule nation française en Amérique du Nord. Ce refus de faire toute concession au Québec était trop facile, il suffisait d'affirmer haut et fort que Lévesque était de mauvaise foi. Il y a des gens qui y ont cru et continuent à colporter cette idée.
      Certains mensonges semblent plus vrais que la réalité. Trudeau voulait briser toute velléité d'obtention d'un quelconque statut particulier pour le Québec. Il a à plusieurs reprises affirmé que les Québecois ne formaient pas une nation, et le fils Trudeau continue même à le répéter. Voilà, ce qui est la vérité!
      Le jugement sur la nomination du juge Nadon n'a absolument rien à voir avec la Charte canadienne des droits et libertés. Ces règles sur la nomination des juges à la Cour suprême existaient bien avant la constitution de 1982. Par ailleurs, les jugements sur le kirpan et la souccah juive ont très bien démontré que l'affirmation de la «suprématie de Dieu» dans le préambule de la Charte n'est pas si anodine, elle a des conséquences! À l'époque, ce sont les provinces de l'Ouest qui ont insisté pour qu'elle apparaisse dans la Charte. Pour dire ce que vous dites à son sujet, l'affirmation de la «primauté du droit» aurait suffit.

  • Paul Leduc - Abonné 22 avril 2014 15 h 12

    Merci de ne pas avoir été négociateur, Monsieur Bellerive

    Car c'est là que le principe des deux nations fondatrices a été anéanti. D'un des deux peuples, nous sommes devenus une ethnie égale à toutes les autres. Le ROC avait en tête de poursuivre et réaliser le rêve de Durham. Le concept du multiculturalisme démontre de plus en plus ses effets pervers et assurera une assimilation complète de la nation canadienne-française à moyen terme. La clause nonobstant, pourtant exigée par les provinces de l'ouest, et qui pourrait permettre la survie de français, n'est pas utilisée par le Québec qui serait alors accusé d'être hitlérien ou quelque chose du genre. Pour que cette constitution soit fidèle de la tradition, elle doit être amendée pour véritablement reconnaître NOTRE nation.

    Paul Leduc