Lettre - La situation du français à Montréal

Tout comme l’éditorialiste Antoine Robitaille dans Le Devoir du 17 avril, Boucar Diouf dans La Presse de samedi dernier (12 avril 2014), s’inquiétait de la situation du français à Montréal et demandait au premier ministre élu de protéger le français à Montréal.

 

Après avoir lu son texte, j’ai décidé d’aller voir quelle était la situation du français à Montréal à partir de données probantes. Les données présentées ici sont les plus récentes de l’Office de la langue française, soit celles de 2006.

 

La proportion de personnes de langue maternelle française sur l’île de Montréal était de 49 % et de 65 % dans la Région métropolitaine de recensement de Montréal (RMR). La RMR de Montréal va bien au-delà de l’île de Montréal, de Saint-Jérôme à Saint-Constant, de Lavaltrie à Les Coteaux.

 

Dans le numéro du 15 avril 2014 de L’actualité, on utilise la RMR, ces deux données étant souvent confondues. Ce laxisme donne un portrait beaucoup plus optimiste du français à Montréal. Sur l’île de Montréal, à côté des 49 % de francophones, il y avait en 2006 17 % d’anglophones et 34 % d’allophones. (« Faits saillants du suivi démolinguistique », 2011, p. 5.

 

De plus, dans la RMR, les allophones utilisent le français environ 50 % du temps. Leur fréquentation des médias francophones est l’indicateur le plus bas, autour de 40 %, ce qui est un indice de leur faible participation à la culture francophone. Chez les autres groupes, l’utilisation du français est encore plus faible.

 

Les cris d’alarme sont donc tout à fait justifiés, d’autant que les données datent de 2006. Depuis lors, la situation du français à Montréal ne s’est certes pas améliorée !


L'auteure est professeure de sociologie retraitée, cégep Édouard-Montpetit

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16 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 19 avril 2014 06 h 07

    Il y a de cela...

    Il y a de cela plusieurs années, je participais à des manifestations pour un Québec français; Bill 63, loi 22, les écoles à St-Léonard avec Raymond Lemieux, l'université McGill etc... C'était à la fin des années 60. Déjà à cette époque nous avions conscience de la fragilité de notre statut dans cette mer anglophone. Alors imaginé un peu aujourd'hui alors que nous ne cessons de décroître nous les francophones... Lors d'une de ces marches pour le français, un de mes amis journaliste à La Presse m'avait dit ceci: "le jour ou à Montréal le français sera minoritaire, les autres villes du Québec seront de petites bourgades et le français sera une langue folklorique". Sur le coup je n'ai pas attaché plus d'importance qu'il fallait à cela, cet ami étant un fervent indépendantiste je me suis dit; il dramatise, hélas, le véritable drame c'est que si cela continue il aura eu raison. Il nous faut continuer à être non seulement vigilant mais exigeant aussi, travailler en français, être servis en français, vivre pleinement en français. Pour ceux qui amènent l'argument du bilinguisme comme atout pour mieux gagner sa vie, je dirai ceci; l'un n'empêche pas l'autre. J'ai débuté sur le marché de l'emploi en 64, une septième année d'étude scolaire était ce que je possédais, Cette langue seconde, celle qui semble être la fin du monde pour certain, je l'ai apprise dans la rue. Pour mon travail, je suis allé à quelques reprises en Angleterre, aux USA et j'y ai méme vécu un certain temps et en anglais, tout ça et davantage avec ma petite 7ième année d'étude. Alors, avant de penser à l'apprentissage d'une seconde langue, commençons par être plus exigeant pour nous-même, à bien parler et écrire notre langue maternelle. Je vis à Gatineau et chaque jour j'entend : des "rais" associés à des "si", ou encore des personnes qui disent avoir été "porter" quelque part un être humain, comme si ce dernier était une chose. Soigner son langage, c'est aussi cela se respecter soi-même.

  • François Beaulé - Abonné 19 avril 2014 06 h 31

    Dénatalité et forte immigration

    Il y a des limites à l'intervention gouvernementale dans une démocratie. La loi 101 est déjà fortement répressive. Peut-on aller tellement plus loin dans la répression linguistique? Rappelons que René Lévesque avait quitté l'Assemblée nationale momentanément lors du vote de la loi 101. Il n'aimait pas cette loi et la voyait comme un mal nécessaire.

    La ville, l'île et la région de Montréal s'anglicisent inéluctablement à mesure que les vieux francophones disparaissent. La natalité des Québécois est insuffisante depuis 40 ans. Le PQ et la loi 101 ont faussement sécurisé les francophones depuis près de 40 ans. Le véritable déterminant de l'anglicisation de Montréal n'est pas la faiblesse des lois ou le manque de répression linguistique.

    La langue préférablement parlée à Montréal change du français à l'anglais parce que la majorité des Montréalais n'est pas de langue maternelle française sur l'île. Et demain dans la région. La population de Montréal change. Les francophones sont remplacés par des anglophones et des allophones. La faible natalité et la forte immigration causent les changements démographiques. Et la nouvelle majorité choisit l'anglais malgré la loi 101.

    • Jean Richard - Abonné 19 avril 2014 11 h 37

      « Le PQ et la loi 101 ont faussement sécurisé les francophones depuis près de 40 ans. »

      Vous avez probablement un peu raison sur ce point.

      Sans nier l'importance et la pertinence de la loi 101, il faut se demander si elle ne s'est pas transformée en une sorte d'antibiotique. En médecine, il y a des cas où les antibiotiques sont incontournables, mais mal prescrits, ils se transforment en ennemis de la santé, privant l'organisme de sa capacité à développer des anticorps et pire, entraînant à moyen terme la prolifération de souches résistantes.

      Confier la langue et la culture francophone à la médecine des législateurs, politiques et partisans, ça n'a pas nécessairement aidé cette langue et cette culture à se dynamiser de l'intérieur, à se redéfinir face aux autres langues et cultures, redéfinition incontournable pour qui voulait transmettre aux plus jeunes ce qui pour les générations plus âgées était une valeur.

      Parce que la spécificité de la langue et de la culture francophone n'est plus une valeur chez les jeunes, il est normal d'observer une érosion de l'intérieur. On croit que la menace vient uniquement de l'extérieur (l'immigration et l'impérialisme culturel anglosaxon) alors qu'elle vient aussi de l'intérieur – et non d'une moindre façon. La loi 101 s'attaquait à la menace extérieure. Elle a fait son travail, mais elle restera totalement impuissante face à l'érosion interne. Aucune loi ne viendra redonner le statut de valeur à la langue et à la culture chez les jeunes.

    • François Ricard - Inscrit 19 avril 2014 14 h 09

      M. Jean Richard,
      C'est grâce à la loi 101 si nous pouvons, au moins dans les grandes entreprises, travailler en français.
      Ctte loi devrait aussi s'appliquer aux entreprises sous législation fédérale et les petites entreprises.
      Et je suis tout-à-fait d,accord avec vous. Nous avons négligé le côté culturelle . Comme si la culture N'vait pas d'importance.
      Dans les années '70 et '80, cette culture était surtout véhiculée par Radio-Canada.
      Depuis les années '90, à cause de décisions politiques et économiques, Radio-Canada a cessé de jouer ce rôle. Et la télé privée n'a pas pris la relève.
      Vraiment navrant.
      Le PQ aurait pu charger Télé-Québec de cette missiion.

    • Daniel Gagnon - Abonné 21 avril 2014 15 h 22

      Monsieur Ricard, on voit en effet rétrécir le pays francophone comme une peau de chagrin...

      Et vous avez raison de mentionner un artisan très actif, hostile sans le paraître parfois, Monsieur Harper, aidé en cela par le Commissaire aux langues officielles Graham Fraser, l'auteur de 'I am sorry, I don't speak French'...

      Les coupes constantes dans le résean de Radio-Canada vise le déculturation des francophones et leur affaiblissement sur le plan politique.

      À petit feu, nous évoluons vers la fin de notre majorité chez nous, et nous allons perdre de vue l'identité de la ville de Montréal et sa spécifité légitime.

      Le Docteur Couillard, en alliance avec Ottawa, va hélas continuer de laisser se dégrader le tissu francophone et nous conduire hypocritement vers une situation de minoritaires dans notre propre maison.

    • Daniel Gagnon - Abonné 21 avril 2014 21 h 33

      Les coupes constantes dans le réseau de Radio-Canada visent le déculturation des francophones et leur affaiblissement sur le plan politique.

  • Martin Pelletier - Inscrit 19 avril 2014 07 h 01

    49-17

    A première vue, ces chiffres devraient indiquer une domination du français.
    Le problème est dans le 34% qui ne va pas du sens de la majorité.
    Combien de Chinois dans votre vie à Montréal avez-vous rencontrés qui parlaient français? De Jamaicains? De Russes? De Coréens? D'Américains? D'Iraniens? De Nigérians? D'Indiens? De Pakistanais?
    Pourquoi ces communautés, à Montréal depuis des décennies, n'apprennent-ils pas la langue nationale de Québec?

    • Michel Bédard - Inscrit 21 avril 2014 21 h 41

      Je partage votre point de vue. Jamaicains, Russes, Coréens, Américains, Iraniens, Indiens, Pakistanais, quand je les croise, je leur parle aimablement et obstinément en français. Il ne faut jamais verser dans la complaisance en notre demeure, et parler anglais si on connait cette langue.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 22 avril 2014 12 h 31

      En fait, leurs enfants sont souvent très à l'aise en français. Et je rencontre justement de plus en plus de Chinois, d'Iraniens, de Russes qui parlent français, même si parfois maladroitement, mais qui font l'effort, et dont les enfants ont le Français pour langue d'usage.

      Il est vrai que pour ceux originaires du sous-ontinent indien, dont la langue seconde était déjà l'Anglais, il en est le plus souvent autrement. Mais leurs enfants à eux aussi, issus du système scolaire francophone, sont le plus souvent parfaitement à l'aise en Français.

      Il y a un risque grave à ne pas reconnaître nos succès, qui a souvent pour conséquence de les miner et de mettre leur pérennité en jeu.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 19 avril 2014 07 h 30

    Montreal

    Que faire quand il est déjà trop tard avec les allophones et que même la jeunesse francophone privilégie souvent l'anglais «culturel».

    La prochaine étape sera t-elle la revendication par la majorité sur cette île d'un statut de district bilingue ?

    On aime ça de même.

    • Pierre Bernier - Abonné 19 avril 2014 12 h 23

      Dans l'état actuel du droit ce scénario est fondé.

  • André Martin - Inscrit 19 avril 2014 08 h 17

    Pour vous rassurer...

    En campagne électorale, le nouveau premier ministre trouvait le français "secondaire" en milieu de travail. Un lapsus, dit-il, qu’il a bien tenté de corriger par la suite. Le problème est qu’un lapsus est très révélateur sur le fond de la pensée de celui qui le commet — surtout s’il s’échappe de la bouche d’un politicien réputé aussi « intelligent » que Philipe Couillard.