Lettre - Le débat des chefs: silence, on tourne

Aucun n’a pris l’initiative de parler de la protection de langue française ; n’est-ce pas essentiel pour un peuple minoritaire en Amérique, à plus forte raison dans ce contexte de mobilité internationale et de mondialisation où la lingua franca du marché, l’anglais commercial, s’impose ? Montréal s’anglicise, des anglophones ne voient pas la nécessité d’exiger le français en milieu de travail à Montréal, nous sommes au Canada après tout !

 

De plus en plus de propriétaires de commerces ne jugent pas important d’accorder du temps à leurs employés afin qu’ils bonifient leurs compétences linguistiques en français. Les nouveaux arrivants francophones sont confrontés à l’exigence absolue du bilinguisme pour tout type de travail, d’autres convaincus d’être arrivés au Canada, pays bilingue « coast to coast » se demandent s’il est nécessaire d’envoyer leur CV en français à Montréal. Pendant ce temps, aucun chef ne parle de protéger le fait français, d’accompagner par des mesures financières flexibles et des ressources humaines, les PME (majoritaires au Québec) pour qu’elles offrent des cours de français en milieu de travail, pour qu’elles bonifient la qualité du français dans l’affichage de leurs produits et services, et d’aucuns ne pointent les grandes entreprises pour qu’elles cessent ce boycottage affligeant du français langue de travail.

 

Le mépris n’aura qu’un temps, disaient Lamothe et Péloquin. Vraiment ? Et que dire du visuel le long des autoroutes et des boulevards de la métropole : les Home Sense, Winners, Target, Walmart, Home Depot, bienvenue au Québec province francophone.

 

Le Parti libéral n’est certes pas celui qui se donnera cette mission de promouvoir le fait français ; leurs votants n’y voient aucun intérêt ! Nous le savons. Et cela m’inquiète profondément pour l’avenir des Québécois francophones, pour l’avenir de mes petits-enfants. Et je me demande pourquoi les anglophones du Québec qui sont nos concitoyens, que nous respectons, que nous apprécions, pourquoi ceux-ci en retour nous méprisent à ce point.

7 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 26 mars 2014 02 h 58

    Le mépris

    Madame Martin,ils nous méprisent parce que nous sommes faibles.Nous sommes faibles parce que nous sommes divisés. Nous sommes divisés parce que nous ne savons pas qui nous sommes; confus quant à notre identité, indécis quant à notre avenir et hésitants à nous reproduire...Clermont Domingue

    • Cyril Dionne - Abonné 26 mars 2014 07 h 53

      Vous touchez à l'essentiel. La division est notre faiblesse et la force de nos adversaires. Honte à Québec solidaire et Option nationale.

    • Yvon Martineau - Inscrit 26 mars 2014 08 h 47

      De plus, la relève n'est pas là! Les jeunes massacrent de plus en plus leur langue, et avec le peu qui en reste, ils s'en servent pour ''texter''! Je prédis qu'un jour ils ne seront même plus capables de texter tellement le peu de mots qui leur restera ne leur permettra de communiquer que par signes! Ils devront rejoindre le monde merveilleux des sourds-muets!
      Autre point important: à l'évidence il n'y a plus que l'argent qui compte en ce bas monde et rien d'autre.

  • Jean Richard - Abonné 26 mars 2014 10 h 24

    Protection ou valorisation ?

    La loi 101 a eu sa raison d'être et nous a permis pendant un certain temps de croire que le français progressait au Québec. Contrairement à ce qui se passait au milieu du siècle dernier, les enfants d'immigrants parlent maintenant français, et souvent un meilleur français que les petits pure-laine.

    Il se pourrait toutefois que la protection du français joue contre... le français. C'est un peu comme avec les enfants : ceux qui sont trop protégés, trop couvés, deviennent facilement les plus vulnérables.

    Il est loin d'être certain que la protection du français passe par un autre épisode de protectionisme. Il faudrait plutôt s'attaquer à un mal plus sérieux : sa dévalorisation. Permettez-moi une autre comparaison avec les enfants : les enfants qui ont un problème d'estime de soi se dirigent souvent vers l'échec. Or, le français au Québec (et malheureusement en France pour la jeune génération) a justement un problème d'estime de soi.

    Le Québec des années 70 et début des années 80 a connu une certaine effervescence culturelle. Ça vous dit quelque chose Vigneault, les Gens de mon Pays, Charlebois, Lindberg, Ferland, Jaune, Harmonium, la Cinquième saison, Raoul Duguay, la Bitte à Tibi... Même la frileuse France applaudissait. Hors du Québec, la francophonie voyageait aussi. Brassens était chanté en castillan bolivien ou chilien, Nina Simone et Joan Baez s'y risquaient avec bonheur en français.

    La grande question : quoi de la loi 101 et de l'effervescence culturelle francophone a le plus fait pour le Québec ?

    Aujourd'hui, en 2014, la langue et la culture ne font étrangement plus partie des vraies affaires d'une campagne électorale. Les vraies affaires, ce sont l'anglais en 6e année, le port du voile pour les fonctionnaires et la loi 101 dont on ne remet pas en question la pertinence, mais plutôt l'explosivité. La morosité culturelle ? Connais pas... Ou plutôt, la culture, c'est une industrie alors là...

    • Clermont Domingue - Abonné 26 mars 2014 13 h 42

      Très bonne analyse,monsieur Richard.*Les enfants d'immigrants parlent maintenant francais et souvent un meilleur francais que les petits pure laine*La loi du moindre effort ne convient pas à l'apprentissage du francais,une langue belle mais difficile. Nos petits princes nés de nos enfants-rois sont souvent incapables de l'effort requis pour tel apprentissage. Les immigrants élèvent leurs enfants autrement.Ne serait-ce pas pourquoi ils s'élèvent souvent au-dessus de nos petits de souche? Clermont Domingue

  • Monique Bisson - Abonné 26 mars 2014 11 h 16

    Vivre, étudier et travailler en français

    Le combat linguistique, je choisis délibérément cette expression, sera toujours à mener pour un Québec français en Terre d'Amérique et nécessitera de toutes et de tous un engagement sans fin. Alors, merci, Mme Martin, de relancer ce débat durant la campagne électorale, puissent les stratèges des partis politiques vous entendre.

    C'est pourquoi, il faut appuyer avec force, dans nos régions respectives, les organismes de promotion et de défense du français tels le Mouvement Québec français et Impératif français. Ainsi, en Outaouais, Impératif français a été obligé de corriger le manque de jugement des candidates et candidats, même celui du PQ, qui acceptent que l'Université McGill implante une faculté satellite de médecine qui offrira la formation générale, soit le quart de la formation médicale, en anglais seulement.

    Vous comprenez sûrement, maintenant, pourquoi je parle de combat linguistique!

    Monique Bisson, Gatineau

  • Gaetane Derome - Abonnée 26 mars 2014 13 h 46

    Oui parlons de ce combat.

    En effet,le Quebec risque une assimilition tout comme on le voit pour les francophones dans le ROC.Ceux qui vont parfois chez nos voisins de l'Ontario vous dirons comme moi que les jeunes franco-ontariens ne parlent presque plus en francais,ils ont ete assimiles par la masse anglophones autour d'eux.Quel dommage quant on regarde ces familles, dont les grands-parents ne parlent que francais et les petits-enfants parlant anglais,qui ne peuvent plus communiquer.