Lettre - La peur et le Québec: regard d’un immigrant

Il y aura bientôt 34 ans que je suis arrivé au Québec. Si vous faites un petit calcul, vous noterez que c’était pendant le référendum de 1980. J’étais alors un enfant et je me demandais bien ce que voulaient dire les « Oui » et les « Non » affichés sur les balcons (une tradition perdue…). Au lendemain du « Non », dans la cour d’école, un de mes camarades m’avisa que j’avais été chanceux, car si le « Oui » avait gagné, il aurait fallu retourner chez nous (France). Ce fut là une conversation qui m’a marqué !

 

En vieillissant et en m’intéressant à la politique québécoise, j’ai pris la mesure de la campagne de peur qu’il avait dû y avoir durant ce référendum. Il était évident que nous n’aurions pas été « déportés » ! Mais 34 ans plus tard, dans une campagne électorale où la question nationale est bien présente, c’est comme si j’étais revenu dans ma cour d’école. La peur reste l’arme principale de ceux qui s’opposent à une idée « nationale » du Québec. Et toujours avec succès, à ce que je peux noter.

 

Pourtant, pendant les 34 ans que j’ai habité ici, j’ai appris à aimer le Québec. Je n’ai jamais eu le sentiment que c’était un petit peuple refermé sur lui-même. Je n’ai jamais eu le sentiment que les Québécois étaient incapables de relever des défis collectifs. Alors, je ne peux qu’être très triste de voir mes concitoyens continuer à réagir positivement à une élite politique qui essaie constamment de lui faire croire le contraire. Et quand on est comme moi un immigrant, on réalise de plus en plus qu’il y a un réel risque de « cassure » : comment s’identifier à un peuple qui a peur de se définir collectivement ? Et il n’est pas nécessaire de voter pour l’indépendance pour ça. Simplement développer la fierté d’avancer collectivement plutôt que d’être un ensemble d’individus vivant à l’intérieur d’une même juridiction politique. Pouvoir se promener dans la rue et savoir que l’on partage avec nos concitoyens quelque chose de plus grand que la somme de nos individualités. Et après 34 ans au Québec, c’est mon plus grand souhait, ma principale vraie « affaire ».

9 commentaires
  • Philippe Stephenson - Inscrit 25 mars 2014 06 h 31

    Qui est à blâmer?

    Mais, c'est parce que...c'est justement le parti souverainiste principal qui tente de définir de façon plus exclusive ce que sont les valeurs québécoises, afin de les imposer sur les minorités, plutôt que de permettre aux valeurs culturelles d'évoluer, et de s'exprimer en société sans intervention de l'État.

    En ce faisant, ils ont misé sur la peur de l'Autre, en croyant que cela leur donnerait un gouvernement majoritaire. S'il y a une notion comme quoi un Québec indépendant serait plus refermé sur lui-même, c'est bien la faute des souverainistes - surtout lors de cette élection!

    • Gilles Delisle - Abonné 25 mars 2014 08 h 30

      M. Stephenson,
      Le court texte de M. Alvarez va bien au-delà de la partisannerie politique. Dommage que vous n'ayez rien compris.

    • Philippe Stephenson - Inscrit 25 mars 2014 10 h 39

      Du texte de M. Alvarez : « La peur reste l’arme principale de ceux qui s’opposent à une idée « nationale » du Québec. »

      Ça doit donc être le PQ qui s'oppose à une idée nationale du Québec, en semant une crainte (légitime) chez les minorités religieuses quant à leur avenir si le Québec leur impose ses supposées valeurs nationales.

  • Yvette Lapierre - Inscrite 25 mars 2014 15 h 23

    Merci M. Alvarez

    Comme vous avez bien résumé l'espèce de malaise ambiant, cette peur sournoise et indéfinissable qui hante l'univers politique actuel!

    Le "vivre ensemble" de la société du Québec est plutôt flou, inconsistant. Quand donc sauront nous qui nous sommes?

  • Adam Turcotte - Inscrit 26 mars 2014 02 h 13

    Français

    Vous êtes un immigrant d'origine et de langue maternelle française. De ce fait, vous faites déjà partie du «nous» ethnique des séparatistes. Ce qui n'est pas le cas des allophones et anglophones

    • Geoffrey Thorpe - Inscrit 26 mars 2014 13 h 44

      Je suis un immigrant anglophone (de la Nouvelle-Zélande) et fièrement indépendantiste. Je suis désolé, mais vous dites n'importe quoi.

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 26 mars 2014 03 h 27

    M. Stephenson, vous êtes un vrai sophiste!

    Seriez-vous au service de quelqu'un? M. Alvarez n'est pas du tout en train de parler du PQ, alors je ne vois pas pourquoi vous l'emmenez sur ce terrain de partisanerie. Seriez-vous en mission? On ne cherche pas de coupable ici, on essaie de comprendre ce qu'est le peuple québécois. Existe-t-il réellement? Et s'Il existe, a-t-il la capacité de se définir lui-même ou est-il encore immature? Je crois que c'est l'intention de M. Alvarez. Sinon, nous sommes en démocratie, vous choisirez qui vous voudrez le 7 avril.
    Moi non plus je ne m'identifie pas à un peuple qui ne vit que pour 9 milliards de péréquation.

  • Daniel Laroche - Inscrit 26 mars 2014 06 h 41

    comment s’identifier à un peuple qui a peur de se définir collectivement

    C'est ça la problème. M. Alvarès avez-vous remarqué que la langue et la culture française est en très grande assimilation partout au Canada. Il ne resta à peine que 20% de francophones au Canada.
    http://ici.radio-canada.ca/regions/saskatchewan/20
    http://ici.radio-canada.ca/regions/alberta/2014/02
    Voyez-vous la francophobie au Canada!

    Alors, je comprends que vous ayez de la difficulté à vous idendifier à un peuple qui a peur de devenir libre, fier et Souverain.