Lettre - L’affaire PKP: l’occasion d’un devoir de mémoire

Dans tout ce bruit autour de PKP, où des comparaisons sont faites avec Murdoch de Londres, Bloomberg de New York ou Dassault de Paris, pourquoi diable personne ne rappelle-t-il pas notre propre Trudeau et son coup de force contre Radio-Canada ici même à Montréal en octobre 1969 ?

 

Rappelons les faits. Dans une harangue passionnée devant 4000 partisans en liesse réunis au Queen Elizabeth, le premier ministre du Canada — et patron de la télévision nationale — apostropha nommément les dirigeants de celle-ci, Laurent Picard et George Davidson, les sommant de produire « des opinions objectives » au service « d’un Canada fort et uni », à défaut de quoi il n’hésiterait pas à « mettre la clé dans la boîte ». Ponctuée d’un « vous savez, faut pas penser qu’on le fera pas ! », cette menace sur nos libertés fut accueillie par des applaudissements nourris. Au-dehors, aucune protestation organisée ne se fit entendre ni du public ni de nos parlements, ce qui conforta Trudeau quant au succès de son opération. C’est ce qu’on appela à l’époque le discours du « Finies les folies ».

 

Plutôt que de se livrer à de vaines supputations sur ce que pourrait faire éventuellement sur le plan des libertés un PKP qui aurait lui aussi à son tour perdu le nord (ce dont je doute souverainement), pourquoi ne pas se rappeler — pour enfin le dénoncer — ce qui s’est réellement produit chez nous en 1969 ? Le brouhaha actuel n’aurait pas été inutile s’il aboutissait à rouvrir nos mémoires et à briser le silence sur ce coup de force dont les conséquences sur les libertés ont été bien réelles — et le sont sans doute encore aujourd’hui. Ne jamais oublier demeure le meilleur moyen d’éviter que quiconque tente de nous refaire un mauvais coup.

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