Montréal, une tour de Babel

Lorsque je vais en visite chez des amis, en bon commensal, je me plie à certaines règles élémentaires de bienséance. Le respect de mes hôtes m'oblige à respecter leurs façons de faire. S'ils prennent les fromages avant le dessert, je ferai de même sans mot dire et sans sortir mon code des bonnes manières à table. Ils sont chez eux, un point c'est tout.

Mais lorsqu'on vient chez moi, ça me déplaît de voir mes invités me dire que les ustensiles sont placés de façon malséante et qu'ils voudraient les voir disposés à leur gré.

Ainsi, il me déplaît de voir des sikhs exiger le respect de leurs traditions religieuses même si elles ne cadrent pas dans un contexte où le respect des autres requiert de la souplesse. Gurbaj Multani ne subirait nulle foudre d'un dieu digne de louange s'il devait, pour le bien collectif, se soustraire momentanément à quelque respect de symbole désuet dans un milieu qui ne lui donne aucune signification.

Je ne me suis pas affublé d'un foulard rouge autour du cou pour écrire ces lignes; seulement, le respect d'un amphitryon exige qu'on se conduise chez lui comme lui-même le fait. Le multiculturalisme n'est pas chose mauvaise, au contraire, il permet de renouveler les structures démographiques quand les premières souches coloniales n'y arrivent pas et de faire évoluer les cultures au contact d'autres cultures.

Or, dans le cas présent, il s'agit d'une culture qui crie au crime de lèse-Charte canadienne pour ne pas avoir à intégrer la culture qui l'accueille. Tous ont des droits, certes, dont celui de la liberté de culte. Mais les droits de l'un s'arrêtent où commencent ceux d'un autre et deviennent des devoirs. Ils ont le devoir de respecter les us du plus grand nombre par le relativisme culturel. Après tout, la démocratie n'est-elle pas le pouvoir du plus grand nombre?

Il est désolant de constater que bon nombre de cultures immigrantes reproduisent exactement, et à plus petite échelle, ce qui les avait poussés à fuir leurs origines. N'a-t-on pas dû séparer les réfugiés serbes et croates à la base militaire de Valcartier à cause d'incidents raciaux? Et pourtant, la guerre qui les faisait s'insurger les uns contre les autres avait cours à plus de 7000 kilomètres.

Montréal ressemble de plus en plus à une tour de Babel où toutes les cultures s'enclavent à l'abri les unes des autres. Le quartier chinois, le quartier latin, le quartier juif, etc., morcellent le territoire en seigneuries culturelles, vassales de la Charte.