Lettre - Préoccupations divines

Admettons très hypothétiquement que les dieux existent et que les multiples religions ne soient pas de pure fabrication humaine élaborées laborieusement par la peur de la mort et la tendance à confondre désirs et réalité (ce qu’une intelligence et une curiosité intellectuelle même moyennes amènent généralement à conclure). Comment les croyants peuvent-ils raisonnablement croire que leurs dieux pourraient être le moindrement préoccupés par le fait qu’ils portent ou non un signe quelconque de leur foi durant leurs heures de travail ?

 

N’est-ce pas ramener les préoccupations de ces êtres suprêmes au ras des pâquerettes ? S’il n’y a nul prosélytisme dans le port de signes religieux, pourquoi n’entend-on pas davantage de croyants songeant à s’en désaffubler momentanément pour gagner leur vie dans le service public comme ils le font vraisemblablement dans leur bain ou leur lit ?

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24 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 17 février 2014 01 h 12

    Bien dit.

    Je pense que les humains ont tendance a faire souvent ce qu'on appelle de l'anthropomorphisme..

    • Victor R. Aubry - Abonné 17 février 2014 11 h 07

      Combattre l'anthropomorphisme au Québec est donc un objectif de la Charte des valeurs: beau programme politique. Une priorité électorale !

      Puisque le texte de Luc Gagné dépasse en hauteur l'intelligence moyenne de tous les esprits crédules qui croient en Dieu, ses arguments lumineux en faveur de la Charte des valeurs démontrent à quel point celle-ci est nécessaire...
      Tant pis si les fondateurs des sciences modernes étaient presque tous croyants: Max Planck, Ernst Schrodinger, Wolfgang Pauli, Michael Faraday, Ampère, Edison ...
      « La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle. »
      Albert Einstein

      « Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène. »
      Louis Pasteur

      "On ne peut être confronté à la loi et à l'ordre de l'univers sans conclure qu'il doit exister une conception et un but derrière tout ça... "
      Wernher von Braun

      Mais Luc Gagné de Gatineau a beaucoup plus de crédibilité.

      Julien Bédard

    • Cyril Dionne - Abonné 17 février 2014 13 h 35

      @ Julien Bédard

      Désolé, mais Albert Einstein ne croyait pas dans un dieu personnel comme tous nos croyants issus des religions monothéistes.

      « Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler "religieux" ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. »

      (Albert Einstein : le côté humain" édité par Helen Dukas et Banesh Hoffman, lettre du 24 mars 1954)

      En ce qui concerne Wernher von Braun, celui-ci était un nazi.

      En passant, plus de 87% des scientifiques croient en l’évolution telle que présentée par Charles Darwin. En plus, 73% ne croient pas en Dieu et 21% ont des doutes sérieux tant qu’à la véracité de son existence. Aussi, 95% de la communauté scientifique ne croit pas au créationniste ou en la théorie du « Intelligent Design ».

  • Cyril Dionne - Abonné 17 février 2014 01 h 55

    Est-ce que les dieux sont aléatoires ?

    Excellent commentaire. ;-)

    On pourrait rajouter ceci.

    Qu'arrivera-t-il à nos dieux, s'ils existent évidemment, lorsque notre étoile (Soleil) s'éteindra et que la vie sur la Terre ne sera plus qu'un souvenir lointain sans conséquence dans le déroulement aléatoire de l'univers ? Est-ce que ceux-ci continueront d'exister ou bien tout cela n'était que des expériences de pensée pour nous aider à vivre ? Et si on porte des symboles ostentatoires créationnistes, est-ce que ceux-ci, par miracle, évitera que le Soleil perdre de sa densité afin de ne pas se refroidir pour devenir un géant rouge ?

    Est-ce que quelqu'un pourrait répondre à ces questions fondamentales ?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 17 février 2014 10 h 06

      Si Dieu existe comme créateur de l'Univers, il doit voir l'ensemble de son œuvre de manière globale et comme parfaite en soi.

      Avec 9 milliards de planètes habitable dans l'Univers, même si Dieu connaît chaque âme de sa création, l'individu n'existe pas au yeux de Dieu. Notre souffrance et notre disparition étant planifier ainsi...

      Cela demande donc beaucoup d'abnégation que de croire en Dieu.

      Je préfère croire en l'humanité. L'humanité étant une multitude....les symboles ostentatoires peuvent servir certaines philosophies.

      Bref, il n'y a rien de fondamental avec les symboles ostentatoires, notre soleil n'y est pour rien. Tout ceci est fait par l'humanité et pour l'humanité.

    • Max Windisch - Inscrit 17 février 2014 10 h 21

      @M. Dionne,

      Une chose qu'on sait, c'est qu'il y a un potentiel de conscience dans l'univers et, qu'on le veuille ou non, la trace la plus convaincante qu'on en ait à ce jour, elle réside en nous, humains. Il est légitime de se demander d'où nous vient cet héritage, fût-ce du plus profond de l'être, et s'il nous confère une responsabilité.

      La question de la fin de l'humain est effectivement importante, puisqu'elle interroge la mémoire, la continuité des choses (dans le monde physique, c'est d'autant plus frappant quand on considère les distances et les durées en jeu). Il est hasardeux de parler de l'évolution comme d'un phénomène purement aléatoire... déjà avec un modèle où chaque avancée dépend clairement de la précédente, on aimerait voir un modèle statistique crédible des probabilités que le pur hasard ait réalisé tout ça en si peu de temps. Le fait est que la chose serait encore impossible à ce jour, puisqu'on ne connaît pas encore plusieurs des mécanismes présumés, et donc encore moins leur probabilité. Rappelons que "l'origine des espèces" ne contenait que des observations historiques, mais pas l'ombre d'un calcul de probabilité quant aux moyens imaginés.

  • Max Windisch - Inscrit 17 février 2014 01 h 59

    poser les bonnes questions

    M. Gagné, en tant que croyant, d'abord laissez-moi vous dire que le mépris dans lequel baignent votre première phrase et sa parenthèse est peu invitant, et injuste (un peu à la manière de cette croyance populaire selon laquelle l'humain aurait beaucoup évolué en quelques millénaires - relire Homère ou Sophocle pour comprendre les limites de cette perception). Mais soyons charitables, et échangeons tout de même.

    Pour moi, les questions que vous posez ne sont pas celles qui intéressent les croyants, qui, pas plus bêtes que vous, ne songeraient pas à mépriser leur Dieu.

    Mais la croyance est une chose intangible et fragile, surtout quand elle passe sous les gros sabots du commerce, de la technologie et de toutes les affaires qui s'imposent à nous, fortes de leurs dollars, de leur visibilité, de s'en tenir aux choses facilement vérifiables. Pourquoi leur avons-nous cédé de plus en plus le droit d'envahir nos vies, et qu'est-ce qui a bien pu du même coup nous rendre si frileux face à la moindre imagerie croyante?

    On a toujours perçu dans la vie une lutte entre les affaires du monde et celles de l'esprit. On traverse une de ces périodes de l'histoire où on a réussi à nous faire croire que seules les affaires du monde étaient vraies. Une fois qu'on a cédé là-dessus, toutes les religions tombent.

    Le fait est que si on savait, on n'aurait pas besoin de croire. Mais l'essentiel, on ne le sait toujours pas. Étant donc réduits à croire, il reste à savoir en quoi. Les religions apportent leurs réponses. Parce qu'on vit dans ce monde-ci et pas dans un autre, elles ont un peu recours à des images (bien modestement, quand on compare). On s'y baigne pour apprendre, pour échanger, pour se conforter. La culture occidentale avait respecté jusqu'à maintenant l'idée que cette forme d'expression était légitimement humaine, et ne contrevenait pas en soi au bon fonctionnement des affaires courantes d'un État laïc.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 17 février 2014 11 h 09

      À moins de diluer le projet de laïcité et lui enlever ses fondements historiques et philosophiques (très imprégné de la lutte anti-cléricale et contre l'obscurantsime anti-scientifique), je dirais que notre État comme la plupart des États occidentaux ne sont pas présentement laïques mais bien déconfessionnalisés. Le Canada et le Québec ne sont mêmes pas officiellement laïques, ne l'oublions pas. La Constitution canadienne se base sur la suprémacie de Dieu. C'est cette même suprémacie qui a justifié le génocide et l'acculturation des peuples autochtones, cette suprémacie justifie encore dans les cercles conservateurs la lutte contre les théories évolutives et climatiques.

      Un État laïque et républicain ne peut supporter aucun signe religieux dans sa sphère d'influence, qu'ils soient affichés sur des bâtisses ou des individus. Par contre, il est tout à fait légitime et reconnu pour les croyant-e-s d'afficher leurs signes religieux dans les sphères non-étatiques.

      De mon point de vue agnostique, les croyances religieuses modérées n'empêchent pas un dialogue social et moral constructif, même que j'aurais tendance à penser que ces croyances peuvent les favoriser. À vous lire, je dirais que vous vous situez dans cette veine. Par contre, l'intégrisme et la pensée unique en matière de convictions religieuses amènent de facto l'individu à se fermer à tout point de vue qui lui est étranger. Ces convictions fondamentalistes et souvent obscurantistes ont peu à voir avec la spiritualité ou une pratique des «choses de l'esprit». Ces convictions extrémistes sont très souvent politiques, à portée juridique et infantilise les femmes et elles visent à forger un monde temporel qui correspond aux convictions de la dite communauté.

      L'État laïque vise, d'une part, à libérer la sphère étatique du religieux et d'autre part, vise à combattre les intégrismes religieux pour amener les diverses religions sur le terrain de la raison.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2014 12 h 09

      M. Windisch, le problème avec les religions est qu'elles donnent des réponses au lieu de nous laisser libre de poser d'autres questions. Elles arrêtent, ou au minimum ralentissent, l'évolution de la pensée.

      Ce ne sera jamais le temps de poser des réponses, mais il est toujours temps de poser des questions !

      Celui qui a trouvé sa réponse ne cherche plus et donc, n'avance plus !

      PL

    • André Martin - Inscrit 17 février 2014 12 h 28

      La religion donne des réponses, dites-vous...

      Parlons-en de la réponse qu'a reçue Galilée, à l'époque, en publiant le résultat d'une certaine recherche...

      Ou parlons-en de la réponse que fournit l'islam au fait qu'à sa naissance, aucune femme n'est jamais affublée d'aucun voile — ou de quoi que ce soit d'autre, et qui peut-être justifierait qu'Allah la préfère voilée pour le restant de ses jours, en admettant bien sûr ce dernier se soit donné la peine de nous apparaître pour en débattre...

    • Max Windisch - Inscrit 17 février 2014 13 h 30

      @M. Rozzi,

      Je n'en ai pas contre l'idée de mieux affirmer ou définir la laïcité, ni celle de faire échec du mieux qu'on peut à l'intégrisme. Mais je dénonce le contexte politique, peu propice à un énoncé serein et juste. Je doute de l'exactitude et de la justesse absolue des définitions choisies; en tout cas je trouve beaucoup trop absente de la proposition gouvernementale une perspective positive sur l'ensemble des pensées religieuses dignes de ce nom. L'idée de neutralité, pour moi, surtout si elle exige des religions qu'elles se retirent encore davantage de l'espace public (d'où elles sont déjà pratiquement éliminées), devrait inclure une dose de regard bienveillant. Sinon, ça peut éveiller la suspicion que peut-être agit-on sous l'emprise d'une autre forme d'intégrisme, d'esclavage de la pensée, sans trop s'en rendre compte. C'est mon impression. S'il est juste de toujours rappeler les sévices odieux infligés par des religieux par exemple, n'est-il pas également nécessaire, pour le bénéfice d'une position éclairée et complète, de repenser à tout le travail bienveillant que des gens avaient accompli pour nous, et à tous les nouveaux problèmes que leur départ a causé (pensons aux hôpitaux etc.)? Qu'aurait eu à dire un Michel Chartrand, par exemple, dans ce débat?

    • Cyril Dionne - Abonné 17 février 2014 14 h 02

      @ Max Windish

      « L’idée que Dieu est un homme de race blanche avec une longue barbe, qui se trouve dans le ciel et qui cause la chute de chaque objet est ridicule. Mais que si par dieu, l’on entend l’ensemble des lois physiques qui gouvernent l’univers, alors il y a clairement un tel dieu. Mais ce dieu est émotionnellement insatisfaisant… car il ne fait pas beaucoup de sens de prier à la loi de la gravité ». (Carl Sagan)

      « Est-ce que la foi consiste à transformer la religion en des vérités inébranlables par le pouvoir dogmatique des institutions et le passage du temps? La foi est-elle la grande décrocheuse, la grande séductrice pour échapper à la nécessité de penser et d’évaluer les éléments de preuve? La foi est-elle la croyance, en dépit de, peut-être même à cause de l’absence de preuves »? (Richard Dawkins)

      Ou bien, « la foi est-elle la capitulation de l’esprit et de la raison? Est-ce que c’est l’abandon de la seule chose qui nous rend différents des autres mammifères »? (Christopher Hitchens)

      « Vous ne pouvez pas convaincre un croyant de rien, car sa croyance n’est pas fondée sur des preuves. Elle est basée sur un besoin inné de croire ». (Carl Sagan)

      Mais, il ne faudrait jamais oublier que de « ce qui est affirmé sans preuve, peut être aussi nié sans preuve » (Christopher Hitchens) et que « les déclarations extraordinaires exigent des preuves extraordinaires ». (Carl Sagan)

      Pour finir, « je ne veux pas juste croire, je veux comprendre ». (Carl Sagan) Et « la religion est pour moi une bureaucratie entre l’homme et dieu dont je n’ai pas besoin ». (Bill Maher)

      M. Windish, pourquoi pas accepté tout naturellement que l'univers progresse en suivant une tangente aléatoire et que la vie sur cette planète est due à une probabilité entropique.

      Et pourquoi ne pas dire tout simplement qu’on ne sait pas même si ceci n'est pas trop réconfortant.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2014 07 h 11

    Problèmes

    Voyez-vous, c'est normal qu'un humain s'adresse à une force supérieure à lui, ça vient avec le territoire de l'humanité.

    Le problème advient quand un humain s'imagine que cette force lui répond !

    PL

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 février 2014 07 h 52

    … savent !

    « S’il n’y a nul prosélytisme dans le port de signes religieux, pourquoi … ? » (Luc Gagné, Gatineau)

    Pourquoi donc ?

    Bien que plusieurs raisons-motifs y militent, il est bien de retenir : ceux qui relèvent d’une croyance souterraine émergente silencieuse, et ; ceux dont personne n’y voit ou n’y croit !

    De ces motifs, plusieurs osent croire connaître ce que d’autres …

    … savent ! - 17 fév 2014 -

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 17 février 2014 09 h 27

      «Savent» ???

      Je n'ai aucune idée où vous voulez aller avec votre argumentaire, mais je dois tout de même vous avertir que «Personne ne Sais !»

      Il fut un temps où nous «savions» que la terre était plate.

      Il fut un temps où nous «savions» que les étoiles étaient des trous dans la voute céleste.

      Il fut un temps où nous «savions» que le centre de l'Univers était la terre.

      Il fut un temps où nous «savions» qu'l n'y avait pas d'autres planêtes ailleurs dans le cosmos ailleurs qu'autour de notre soleil.

      Il fut un temps où nous «savions» que la fin du monde arriverait le 12 du 12 2012

      C'est énorme la quantité de choses que nous «savons» en cette journée du 17 fév 2014 !

      La meilleure et la plus profonde réponse que j'ai entendu de ma longue vie et celle qui relance la recherche ? «Je ne sais pas !»

      Bonne journée.

      PL