Lettre - Crucifix antilibéral

Je suis sidéré que le Parti libéral du Québec veuille conserver en plein Parlement un crucifix accroché là en 1936 par Duplessis pour marquer sa victoire contre les méchants libéraux impies.

 

Avec l’avènement de la démocratie libérale en Italie (1860), la papauté avait multiplié les condamnations doctrinaires du libéralisme et des libéraux, coupables notamment d’avoir instauré la séparation de l’Église et de l’État au nom du principe libéral « Une Église libre dans un État libre ».

 

La papauté détestait tellement les libéraux qu’elle préféra s’entendre avec le dictateur Mussolini, « L’homme envoyé par la Providence », comme l’appela le pape Pie XI. Ce furent les Accords du Latran (1929) entre le Vatican et le fascisme — « ce panthéisme politique », selon l’excellent diagnostic du prêtre antifasciste Luigi Sturzo.

 

En 1936, pour marquer sa victoire sur les libéraux (corrompus) de Taschereau et Godbout, Duplessis alla accrocher un crucifix là où, auparavant, il n’y en avait pas. Dans le droit fil des accords du Latran et du hideux « ordre nouveau » qui enténébrait le monde, c’était le début d’un nouveau cours des choses entre l’Église et l’État.

 

Ce crucifix de l’Assemblée nationale, qu’il suffirait de déplacer de quelques mètres, symbolise une victoire des années trente contre le principe même de séparation des Églises et de l’État.

 

Le chef libéral Philippe Couillard ferait bien de réfléchir à ces paroles du premier ministre libéral Giovanni Giolitti, au Parlement italien en 1904 : « L’Église et l’État sont deux parallèles qui vont leur chemin et ne se rencontrent jamais. »

 

 

11 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 10 février 2014 06 h 29

    Autre temps...


    Je ne pense pas que ce crucifix soit particulièrement antilibéral; il est plutôt là parce qu'il correspond à l'esprit du temps, soit celui d'un catholicisme, avec ses institutions, très présent dans notre société. La présence du crucifix à l'Assemblée législative ne posait alors aucun problème, voire était même naturelle. Autre temps, autres moeurs! Il n'y a plus sa place. Je serais même très porté à croire que le Christ serait fort content de ne plus y être...! Rendez à César...

    Michel Lebel

    • Bernard Terreault - Abonné 10 février 2014 08 h 59

      Pourtant, M. Lebel, il y avait alors déjà une très forte colonie juive, en particulier mais pas uniquement à Montréal, et aussi tout de même un certain nombres de boudhistes, de taoïstes, de musulmans, d'agnostiques, sans compter beaucoup de protestants peu à l'aise avec ces étalages de religiosité ostentatoire. Quand on pense qu'à cette époque on accablait encore les Juifs pour le crime de leurs lointains ancêtres supposément coupables de la crucifixion du Christ, ce geste de Duplessis était clairement ostentatoire autant que discriminatoire et PAS DU TOUT "naturel" comme vous le prétendez. La preuve en est qu'avant Duplessis, aucun politicien québécois n'avait autant utilisé la religion à des fins électoralistes.

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 février 2014 10 h 18

      Je vous ai connu plus respectueux des faits, monsieur Lebel -- même si nos avis divergent souvent. Le crucifix a été très clairement installé par l'UN pour rire des positions du PLQ du temps. On peut sans doute retrouver les journaux de l'époque pour le démontrer. Je vous invite à le faire pour tenter d'illustrer votre position.

      Si l'esprit du temps était tant que cela au catholicisme, pourquoi avoir attendu près de 60 ans (1867-1936) pour l'installer au Salon vert (devenu bleu depuis)?

    • michel lebel - Inscrit 10 février 2014 13 h 21

      @ Sylvain Auclair,

      Je ne prétends pas connaître la vérité historique au sujet du pourquoi exact de la présence du crucifix à l'Assemblée. Je laisse cette question aux historiens que le sujet pourrait intéresser. Je n'ai émis qu'une hypothèse plausible au sujet de cette présence. Pas plus!


      Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 février 2014 14 h 29

      Monsieur Lebel,

      Vous n'avez pas émis une hypothèse, mais, étant donné le contexte, vous avez affirmé que M. Provencher avait tort.

    • Marc Provencher - Inscrit 10 février 2014 15 h 07

      @ M. Lebel : «[Le crucifix] est plutôt là parce qu'il correspond à l'esprit du temps.»

      Oui, c'est bien cela : à l'esprit des années trente.

    • michel lebel - Inscrit 10 février 2014 16 h 21

      @ Sylvain Auclair,

      Non! Je voulais simplement dire que la présence du crucifix correspondait vraisemblablement à l'esprit des années trente. Pas plus! Je n'ai jamais dit ou pensé que M. Provencher avait tort!

      Michel Lebel

    • Gaetane Derome - Abonnée 10 février 2014 18 h 14

      @ M.Lebel,

      Moi,je vous suis difficilement..Vous etes d'accord pour qu'on enleve le crucifix du salon bleu et pourtant vous defendez les signes ostentoires des autres religions comme le hijab.Un peu de coherence serait bienvenue.

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 10 février 2014 09 h 57

    Les Libéraux

    Il n'y a pas que l'Église qui déteste les Libéraux : représentants des marchands et des banquiers depuis 150 ans, ils se sont faits une réputation peu enviable au Québec. Pointés du doigt dans le cadre des disputes sur la Charte de l'identité, ils ont été forcés, pour ne pas être considérés comme des paria et des traîtres au peuple, à y aller de quelques déclarations symboliques insignifiantes, comme de laisser crucifix.

    Plutôt absurde toute cette discussion. Peut-être ont-ils eu tort, mais les Libéraux, comme l'actuel gouvernement qui a préféré repousser la décision plutôt que de retirer le crucifix par décret, ont l'air de croire que le peuple préfère ce symbole tragique d'unité pour couronner notre Assemblée à une conception de notre société qui soit moderne, dynamique et fondée sur la liberté des individus de s'associer pour mettre en place des projets.

    Le crucifix, symbole vétuste de l'illusion collectiviste des Québécois.

    • Marc Provencher - Inscrit 10 février 2014 13 h 57

      @ A. Lamy-Théberge: «Pointés du doigt dans le cadre des disputes sur la Charte de l'identité...»

      Je constate que, un peu comme M. Drainville avec la soi-disant "Charte des valeurs", vous avez rebaptisé la Charte de la laïcité "Charte de l'identité" pour plus de commodité.

      Sauf que, comme je me tue à le dire tant aux péquistes qu'aux multiculturalistes (ces deux corporatismes identitaires), et que je vous dis également à vous, neutralité et identité sont des contraires. De même, citoyenneté (fait politique) et identité (fait culturel) sont deux choses et pas une. Entre les deux, il y a le même genre de différence qu'entre être Israélien et être Juif: c'est souvent la même personne, mais vue sous deux angles car il y a un Je et plusieurs Nous.

      Vous aurez compris que s'il faut «déplacer ce crucifix de quelques mètres», comme je le suggère plus haut, c'est exactement pour la même raison - hautement symbolique - qui fait que l'on doit retirer son signe religieux juste avant de pénétrer dans l'enceinte parlementaire (quitte à le remettre juste en sortant).

      Partout ailleurs dans les bâtiments parlementaires, ça va: ma laïcité n'est pas du tout mur-à-mur comme celle des séparatisses. Cela dit, même limité au Parlement, je suis conscient qu'il s'agit pour les croyants d'un dur sacrifice. Mais sacrifice raisonnable, car la neutralité de l'État est le principe même qui permet qu'au sein de la société, dans la vaste sphère de la vie sociale, des cultes différents puissent se côtoyer dans une relative concorde. Le principe «Des Églises libres dans un État libre» protège autant les Églises contre la politisation du spirituel que l'État contre la spiritualisation du politique.

      J'estime que seule, la neutralité laïque dans la sphère restreinte de l'État peut à terme assurer la concorde entre les différentes formes que prend la vie spirituelle des citoyens.

  • Victor Raiche - Inscrit 11 février 2014 06 h 41

    Quot capita...

    Le ‘mal’ québecois : quot capita tot census ! (Terence)

    Le président du Carnaval évoque l'idée de pousser le canot à glace jusqu'au rang de tradition du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. Qu'en pensez-vous?
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