Lettre - La poste canadienne au temps du chemin de fer

Au moment où la direction de Postes Canada annonce que d’ici cinq ans, elle cessera complètement de livrer le courrier à la porte au profit des boîtes postales collectives, il n’est pas inutile de rappeler combien les chemins de fer canadiens ont contribué à l’essor de la livraison du courrier au pays. Rappelons que les services postaux ferroviaires ont perduré pendant 130 ans.

 

Au Canada, le courrier a été acheminé par train à partir de 1840. Le ministère des Postes obligeait les compagnies privées de chemin de fer à offrir ce service de livraison. Puis, 11 ans plus tard, en 1851, est apparu le premier timbre-poste canadien.

 

En 1856, entre Québec et Windsor, le courrier était acheminé en deux jours (à titre d’information, en 1894 la vitesse moyenne des trains de marchandises était de 27 km/h !). Par la suite, le service a été étendu vers l’est et l’ouest du pays. Le chemin de fer a surtout amélioré la livraison postale entre Montréal et les centres régionaux, mais aussi entre les centres régionaux et les localités environnantes. En 1884, 61 % des localités étaient desservies par le courrier — parfois plusieurs fois par jour ! —, et en 1914, 79 % des localités bénéficiaient du service postal ferroviaire. À cette date, la poste mettait moins d’une journée à relier Montréal et chacune des régions du Québec. Toutefois, dans les régions éloignées des grands centres urbains, comme la Gaspésie, le courrier était livré par bateau et deux fois par mois seulement. En fait, dès qu’on s’éloignait du chemin de fer, le rythme de livraison du courrier postal changeait abruptement. Les campagnards n’ont pas baissé les bras. À force de se plaindre, les populations rurales ont réussi à obtenir des routes postales rurales. De 1908 à 1913, on en a créé plus de 1850 afin de rejoindre 65 000 habitants. On comptait 1289 bureaux de poste en 1885 et 2587 en 1914 ; 16 millions de lettres ont été livrées en 1885, et plus de 116 millions en 1914. L’apogée de la poste par chemin de fer coïncide toutefois avec les années 1950, durant lesquelles 36 millions de kilomètres étaient parcourus par les bureaux de poste.

 

Le déclin de la livraison postale ferroviaire a été causé par le développement du transport routier et aérien. La décision qui a été annoncée la semaine dernière par Postes Canada doit donc être comprise comme une nouvelle phase dans l’histoire de la livraison du courrier au Canada.


Éric Dussault - Québec, 16 décembre 2013

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