Lettre - À la défense de la connaissance de l’histoire

« Ce serait mentir aux élèves que de ne pas leur dire que l’histoire, c’est des interprétations. Tous les historiens savent ça. » Alors si l’on se fie au raisonnement de Mme Louise Proulx, présidente de l’Association québécoise pour l’enseignement en univers social, la fondation de Québec par Champlain c’est une interprétation, la déportation des Acadiens c’est une interprétation, la bataille des plaines d’Abraham, c’est une interprétation. Mais ne nous arrêtons pas là : la Première et la Seconde Guerre mondiale sont des interprétations, l’holocauste c’est une interprétation. Les protagonistes ne sont donc que des interprètes !

 

« Enseigner le passé pour le passé, ça ne dit pas grand-chose aux élèves. Ils vont tout apprendre par coeur pour l’examen et oublier ensuite. L’histoire c’est autre chose que des faits et dates. » Alors pourquoi commémorons-nous le 1er juillet et le 11 novembre ? Ne sont-ce pas des faits et dates ? Est-ce que les élèves apprennent à lire et écrire pour les examens et oublient ensuite ?

 

La réalité est que tout le monde aime se faire raconter des histoires, vraies et fausses. La popularité des romans, des films, et des téléséries en est la preuve. Si vos élèves oublient ce que vous leur enseignez, alors changez de profession ! C’est grâce à des gens comme vous que le Québec compte 50 % d’analphabètes fonctionnels, que Jacques Cartier n’est qu’un pont, que Jean Lesage n’est qu’un aéroport et que René Lévesque n’est qu’un boulevard.

 

En terminant, le nom de votre association est inapproprié. Au lieu d’« univers social », il serait plus juste d’employer « trou noir social », c’est-à-dire : région de l’espace dont le champ de gravité est si intense que rien, pas même de la lumière, n’en peut sortir. Ce nom d’association représente davantage les limites de vos connaissances en épistémologie

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1 commentaire
  • Normand Ouellet - Inscrit 3 décembre 2013 10 h 42

    Interpréter: Faire parler les faits


    La terre tourne sur elle-même et gravite sur un axe autour du soleil. Nous avons ainsi un jour de 24 heures et une année de 365,25 jours. L’histoire devient simple et limpide dans les situations de consensus. Remarquez que nous pouvons avoir tous torts et faire consensus!

    Toutefois, plusieurs controverses ou incertitudes existent quant au sens à donner aux faits. Les conflits et les guerres ou les changements climatiques en sont des exemples. Dans ces cas, les gagnants de la guerre ou les puissants de ce monde seront ceux qui donneront la version officielle de l'histoire. Ainsi, l'interprétation des faits forge l'histoire et l'idée qu'il n'y ait qu'une vérité universelle est malmenée.

    C’est pourquoi, malgré le registre des faits, plusieurs croient que l'histoire est un construit de la réalité qui est rarement neutre et objectif car les idéologies et les intérêts donnent des ambiances aux faits pour construire l’histoire. Nous avons donc plusieurs versions des évangiles modernes! De plus, on capte certains faits et on en ignore d’autres selon notre perception. Le registre des faits est malheureusement toujours partiel.

    Dans notre société pluraliste, il devient de plus en plus difficile de partager la même interprétation des faits. C'est pourquoi l'enseignement de l'histoire aux futurs citoyens suscite tant de controverse. L'éducation est devenue une programmation.

    L’analyse des controverses est fort instructive pour décoder les divers partis pris sur les enjeux de notre monde et sur la puissance des acteurs en présence. Le débat sur la « Charte de la laïcité » est un autre exemple d’une controverse. La guerre idéologique consiste à convertir le plus de sujets possibles à une culture ou à une vision du monde qui devient alors, la perception majoritaire de la réalité construite. C'est en quelque sorte une sorte une guerre de religions ou d’idéologies. Tout comme Hollywood, plusieurs réseaux font un travail superbe pour nous divertir avec des histoires.