Lettre - Il y a un Couillard dans le potage

Vous souvenez-vous de ce jour de mars 1992 où le président Clinton a cru mystifier tous les Américains et se tirer d’affaire en soutenant le plus sérieusement du monde qu’il avait effectivement fumé de la marijuana dans sa folle jeunesse, mais qu’il ne l’avait pas inhalée ? Le monde entier a pouffé de rire en choeur devant pareil funambulisme intellectuel. C’est cette pitoyable anecdote qui m’est revenue à l’esprit lorsque le chef libéral, Philippe Couillard, a cherché à rapprocher sa position de l’opinion publique en soutenant avec un stoïcisme déguisé en leadership qu’il ne signerait pas le bulletin de candidature d’une femme vêtue d’un tchador, mais permettrait ce signe religieux aux employés de l’État. En vertu de quel principe ? Celui du refus de recourir à la clause dérogatoire pour limiter les libertés individuelles. Ainsi, ce qui est acceptable pour un fonctionnaire ne le serait pas pour un candidat libéral.

 

Déployant les mêmes prodiges de contorsions argumentaires, Philippe Couillard a obtenu de Fatima Houda-Pepin que son projet de loi sur la neutralité de l’État et l’intégrisme n’interdise pas le port de signes religieux ostentatoires par les gardiens de prison, policiers, juges et procureurs de la Couronne. Sa députée rebelle se contenterait de les « encadrer », pour ce que ça peut bien vouloir dire.

 

Tout cela pour se conformer encore une fois à l’intégrisme de son chef en matière de liberté de religion. Est-ce à dire que sous un gouvernement libéral, on pourrait bientôt voir des policiers de la Sûreté du Québec de confession sikhe arborant fièrement leur turban et leur dague, comme c’est le cas dans les rangs de l’Ontario Provincial Police et de la Gendarmerie royale du Canada ? Et que « l’encadrement » consisterait à déterminer la couleur du turban et l’emplacement de l’insigne de police ?

 

Tout ça en vertu d’une loi du PLQ sur la neutralité de l’État ? À bien y penser, je crois que l’abstinence inhalatoire de Bill Clinton n’était pas si invraisemblable que ça.


Christian Gagnon - Montréal, le 19 novembre 2013

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