Lettre - La réalité des librairies

Lettre à madame Françoise David, députée de Gouin, porte-parole de Québec solidaire

 

Madame David,

 

Vous avez accordé vendredi au cours d’un point de presse votre appui à 250 employés de Renaud-Bray, engagés dans une grève générale illimitée qui touche 11 de nos 30 points de vente, et avez lancé un appel général à délaisser nos librairies. Le présent conflit de travail a un impact sur l’ensemble de notre réseau et compromet à l’heure actuelle la rentabilité de l’entreprise et le maintien des 1000 emplois qui en dépendent, en plus de risquer des conséquences dramatiques sur l’ensemble de la chaîne du livre, pénalisant directement auteurs, éditeurs, distributeurs et libraires indépendants. Votre appel à un boycottage est totalement irresponsable.

 

Vous siégez à la Commission de la culture et de l’éducation, et devriez donc être au fait de la réalité que vivent les librairies québécoises : les ventes de livres au Québec ont baissé de 9 % entre 2008 et 2012. Les librairies au Québec vivent une situation difficile et précaire, et en plus, plusieurs facteurs extérieurs contribuent à réduire la rentabilité des librairies : le ralentissement de l’économie, l’essor du numérique, les changements dans les habitudes des consommateurs, et évidemment, les ventes en ligne.

 

Lors de la tenue d’une commission spéciale sur la réglementation du prix du livre, en août dernier, vous étiez présente quand la directrice générale de l’Association des libraires au Québec, Mme Katherine Fafard, est venue confirmer que le salaire moyen d’un libraire non propriétaire au Québec s’élève à 12 $/heure. Le salaire horaire moyen des employés en grève est de 13,48 $/heure. Ces conditions sont assorties d’avantages sociaux non négligeables : jusqu’à cinq semaines de vacances payées, huit jours de congé personnels, un régime d’assurance collective et la contribution de l’employeur aux REER des employés.

 

Votre intervention hostile à l’entreprise ne fait qu’accroître les tensions et la confusion. En matière de relations de travail, la réalité de Renaud-Bray est complexe et le renouvellement des conventions collectives de ses employés s’effectue en différents temps et avec plusieurs unités, elles-mêmes représentées par des centrales syndicales différentes et rivales.

 

La direction de Renaud-Bray est convaincue qu’il est dans l’intérêt de tous de trouver un terrain d’entente à la satisfaction des deux parties plutôt que de miser sur la confrontation.
 

 

Blaise Renaud - Président, Renaud-Bray, Montréal, le 9 novembre 2013

6 commentaires
  • Daniel Gagnon - Abonné 9 novembre 2013 10 h 04

    Petit amazon, pris dans la pattes d'un plus gros amazon, crie au secours!

    Monsieur Renaud ne vend pas que des livres, il y a moult chandelles et petits objets payants dans ses surfaces... (Amazon vend maintenant aussi des chaussures en ligne!)

    Ceci dit, le livre ne va pas bien et le ministre Maka Kotto fait dodo dans son placard alors que le géant carnassier Amazon avec ses bottes de sept lieux bouldoze tout en avant de lui et ravage les petits.

    Nos librairies sont notre souffle, notre distinction, c'est important de tout faire pour les défendre.

    Mais ce salaire de famine, payé par Monsieur Renaud, a été de tout temps un salaire aussi ridicule et honteux, méprisant pour un employé du livre, non?

    Déjà la librairie Renaud-Bray se conduisait comme une entreprise brutale et insensible, bien avant la crise actuelle, non?

    Cette réputation de pingrerie et de gestion rapace est restée.

    Et maintenant que Monsieur Renaud-Bray crie à l'aide, et fait du chantage sur le dos de ses pauvres employés, comment voulez-vous qu'on le croie?

  • Vincent Collard - Inscrit 9 novembre 2013 13 h 14

    Oui au boycottage

    Renaud-Bray n'a aucune crédibilité pour parler au nom des libraires qui en arrachent: il fait partie du problème! Les chaînes comme RB et Chapters sont des nuisances pour les véritables librairies (indépendantes) et leur font une concurrence déloyale qui en a d'ailleurs fait fermer quelques-unes. J'ai particulièrement sur le coeur l'installation, il y a maintenant une dizaine d'années, de sa succursale de la Plaza St-Hubert juste en face de l'excellente librairie Raffin, qui a dû déclarer faillite avant d'être heureusement rachetée et rouverte. J'ai résisté plusieurs fois à la féroce envie de poser certains gestes que la présente tribune ne me permettrait pas de décrire. Je me suis contenté de ne plus jamais mettre les pieds dans un Renaud-Bray. J'invite tout le monde à suivre mon exemple.

  • Sylvain Auclair - Abonné 9 novembre 2013 14 h 11

    Réglez

    Il vous suffit de régler. Pendant le lock-out du Journal de Québec, j'ai boycotté Archambault. Je vais vous boycotter tant que vous serez en grève. Il faut quand même que la grève fasse financièrement mal aussi à l'employeur, non?

  • Caroline Moreno - Inscrit 10 novembre 2013 06 h 48

    Quel rôle?

    Lors du lancement d'un de mes romans, dans une librairie Renaud-Bray, la librairie n'avait pas même commandé mon livre!

    Par la suite, la librairie commandait deux exemplaires de mes romans qu'elle s'empressait de faire disparaître dans ses rayonnages. Quand les livres se vendaient, ils n'étaient pas renouvelés.

    Inutile de dire que je n'ai jamais bénéficié des fameux coups de cœur R.-B.

  • Georges LeSueur - Inscrit 10 novembre 2013 16 h 38

    Pourquoi s'étonner ?

    Les livres se vendent moins ? Rien de surprenant. Ils ne font que suivre le cortège des petites démissions constatées chez les quotidiens d'information : Les tirages diminuent, les parutions du dimanche disparaissent...
    Nous sommes ensevelis sous les différents types de communications.
    La TV dont la qualité technologique s'est considérablement améliorée au cours des décennies, offre en plus un nombre de plus en plus important de canaux et opportunités de films et spectacles divers. Sans parler des jeux vidéos pour ados.
    Chacun, de plus, se coule dans la peau d'un écrivain et rédige SON livre. Il suffit d'une once de notoriété pour qu'il (ou elle) multiplie l'expérience. Et Costco vous offre toute cette production à prix coupé pour des lecteurs plus férus des VIP que de véritable littérature.
    D'autre part, internet demande à ses fidèles une présence forte chaque jour. Courriels, infos, documentation, clubs dits "sociaux" sont des orgres du temps disponible(ou non) que nous leur consacrons. Alors, les librairies ....
    C'est le signe des temps.
    Je ne suis pas d'accord avec l'appel au boycott de Mme Françoise David. Elle est toujours bien intentionnée mais vise à côté. C'est comme pour la Charte...
    Mais c'est une autre histoire...

    • Daniel Gagnon - Abonné 11 novembre 2013 10 h 57

      Monsieur LeSueur,

      Avec votre vision fataliste le livre disparaît... et les libraires, et les imprimeurs, et les écrivains, etc.

      Pourtant l’affaire n’est pas conclue. C’est un moment particulièrement important dans le domaine du livre et il suffit de le réglementer pour l’encadrer.

      C’est depuis toujours ce qu’on demande aux lois, une protection afin d’aider le milieu culturel (on aide le monde automobile, pourquoi ne pas aider le monde culturel?)

      La nouvelle ère technologique est arrivée avec ses nouveautés et surtout aussi avec ses dégâts. Nous y sommes, mais ne nous laissons pas avaler par elle, mettons-la à notre portée, pour notre profit.

      Vous présentez le monde du livre comme enfermé dans une évolution implacable, irrévocable, comme une affaire décidée, vous parlez d’un ton résolu, décidé.

      Pour vous contredire un peu, Monsieur LeSueur, j’ai lu récemment qu’une grande enquête sur livre aux États-Unis avait conclu que la position du livre papier s’était stabilisée, malgré l’afflux et l’engouement pour le livre électronique.

      Donc le livre va rester, et les librairies et les libraires aussi.


      Daniel Gagnon, membre fondateur de l'Union des écrivaines et écrivains québécois